Ukraine 2014-2024 : dix ans de guerre
Un sommet pour la paix en Ukraine s’est tenu le week-end dernier. Pour la « paix », vraiment ?
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Un sommet pour la « paix » en Ukraine s’est tenu, le week-end dernier avec plusieurs dizaines de pays représentés. Certains comme l’Arabie saoudite, le Kenya ont regretté l’absence d’une invitation à la Russie.
La Chine n’a pas participé. Quelques jours auparavant, Poutine avait présenté un plan de « paix », basé sur la reconnaissance par l’Ukraine que le Donbass et la Crimée faisaient partie de la Russie.
Lors du sommet, Zelensky a dénoncé les propositions de Poutine. Il a déclaré qu’il allait présenter – après discussions avec les puissances occidentales – un plan de « paix ». Macron, pour sa part, en réaffirmant les exigences de l’Ukraine pour récupérer le Donbass et la Crimée, indique de ce fait qu’il poursuit sa marche de va-t-en-guerre. Cela suit ses annonces pour l’envoi d’instructeurs et de Mirages à l’Ukraine.
Plusieurs commentateurs ont d’ailleurs fait remarquer que l’emploi du mot « paix » représentait une inflexion dans la situation.
Au lendemain du sommet, l’administration américaine a annoncé de nouvelles livraisons d’armes à l’Ukraine.
Lundi, le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, a estimé que « le chemin vers la paix passe par plus d’armes pour Kiev ».
Dix ans de guerreL’impérialisme américain, dominant l’Otan, a toujours gardé un œil sur l’Ukraine. En effet, lors de la chute du mur de Berlin, un accord entre Gorbatchev et Bush avait été passé sur la base d’un non-élargissement de l’Otan. À l’époque, en 1990, l’Alliance transatlantique était composée de seize pays, aujourd’hui il y en a plus de trente. Pays frontalier de la Russie, composé d’une population mixte russo-ukrainienne, l’Ukraine était déjà un enjeu de taille pour les États-Unis. Pour ces mêmes raisons, elle l’est pour Poutine. L’Ukraine aurait dû se soumettre à la politique de la Russie. Sauf qu’en 2013, le président favorable à la Russie, Ianoukovytch, refuse un accord avec l’Union européenne, au profit d’un accord avec la Russie. Immédiatement, des manifestations loin d’être spontanées sont organisées à Kiev. Bien entendu, l’immense majorité de la jeunesse et de la population qui déferlent alors dans les rues n’est pas pro-impérialiste, au contraire elle cherche à conquérir sa liberté et sa souveraineté. Au contraire les organisations qui encadrent ce mouvement sont, pour une part, fascistes et surtout des ONG financées directement par les États-Unis. Cela n’est un secret pour personne que l’International Renaissance fundation a été l’axe de financement et d’organisation des mobilisations. Dans le même temps, les militants de Svoboda, groupe fasciste, abattent la statue de Lénine à l’entrée du marché Bessarabsky, dans le centre de Kiev. Fin 2013 – début 2014, les manifestations se font de plus en plus violentes, des occupations de bâtiments administratifs se multiplient dans l’ouest du pays comme à Lviv en février 2014 où six policiers sont abattus et les assaillants prennent le contrôle du siège de l’administration régionale. Les affrontements sont très violents entre la police qui réprime férocement et des milices qui s’arment contre le gouvernement. Dans cette situation, le président s’enfuit en Russie. Les chefs des mobilisations prennent sa place. La situation se tend alors à l’est de l’Ukraine. La population majoritairement russophone s’oppose aux destructions des statues de Lénine. De même, l’attaque contre l’utilisation de la langue russe comme langue officielle provoque la réaction de la population dont le russe est la langue maternelle. Des comités et des brigades d’autodéfense se constituent. Mais Poutine « veille » : il envoie immédiatement des soldats banalisés sans insignes, accompagnés de responsables politiques qui vont encadrer le mouvement et le soumettre à ses visées. Le référendum proclame l’indépendance de la Crimée où les soldats russes ont débarqué. Dans le Donbass également des déclarations d’indépendance sont proclamées. La guerre alors entre l’armée ukrainienne et les milices pro-russes du Donbass entraînera la mort en moins d’un an de 14 000 victimes, principalement des civils. Les conditions de la guerre de 2022 sont en réalité déjà réunies : d’un côté Poutine pense qu’il a les mains libres et que les impérialistes le laissent faire. Le 28 mai 2017, Macron reçoit Poutine en visite officielle au château de Versailles, signe, pour la France, d’une attention particulière à l’intention d’un chef d’État. Ni Poutine, ni Otan-ZelenskyC’est durant cette période que Poutine resserre davantage sa mainmise sur la Russie, et avec son petit groupe d’oligarques finit par contrôler la quasi-totalité des entreprises, y compris dans le secteur privé. Il s’attaque aux droits syndicaux, limitant l’action des organisations de travailleurs puis s’attaque au système de retraite en allongeant la durée de cotisation et en reculant l’âge de départ. Zelensky n’est pas en reste. Arrivé au pouvoir avec le soutien de l’oligarque dirigeant un groupe de médias télévisés, dans lequel Zelensky jouait dans des séries, il prend des mesures anti-ouvrières : d’abord le secteur de l’exploitation agricole est ouvert aux capitaux étrangers, dans le pays « grenier à blé » de l’Europe. Zelensky suspend du Code du travail, l’Otan finance l’UkrainePrétextant de la guerre, Zelensky suspend le Code du travail, limite les droits des organisations syndicales et interdit onze partis politiques. Se prétendant défenseur des populations russophones du Donbass – dont il n’a absolument rien à faire – Poutine envoie son armée y intervenir au nom de la lutte contre le « fascisme ». L’impérialisme américain, l’Otan ainsi que les impérialistes secondaires en Europe y voient alors une opportunité extraordinaire pour mettre à genoux la Russie de Poutine, qu’ils ont piégée. Ils livrent de l’armement à l’Ukraine (au début de manière limitée) permettant à l’Ukraine de résister mais pas de l’emporter. Ils élargissent progressivement les volumes d’armement et de financement à l’Ukraine, se positionnant comme co-belligérants dans le conflit. Ils accentuent aujourd’hui à nouveau la pression contre la Russie avec des livraisons massives d’armes modernes. Zelensky a très justement déclaré : « L’Otan ne veut pas que la Russie gagne, mais il ne veut pas qu’elle perde ». L’impérialisme craint une chute de Poutine qui entraînerait la dislocation de la Russie avec des répercussions dans toute l’Europe et à l’échelle mondiale. Macron, comme d’autres dirigeants européens et américains ainsi que le chef de l’Otan – tout en entrouvrant la porte à de possibles négociations (le sommet en Suisse de ce week-end s’est conclu, tout en réaffirmant son soutien à l’Ukraine, sur la nécessité de l’ouverture d’une discussion avec toutes les parties prenantes, y compris la Russie) – appellent à la poursuite de la guerre. Des centaines de milliers de Russes et d’Ukrainiens sont déjà morts. Sans cessez-le-feu immédiat, ce sont des dizaines et dizaines de milliers qui vont encore mourir. Ni Poutine, ni l’Otan et Zelensky ! Arrêt des livraisons d’armes ! Non aux budgets militaires pour l’Ukraine ! Soutien aux centaines de milliers d’Ukrainiens et de Russes qui ont quitté leur pays pour ne pas aller à la boucherie ! Soutien aux mouvements des femmes en Ukraine comme en Russie qui réclament le retour de leur fils, de leur mari à la maison ! Cette jeunesse qui refuse la guerre, ces femmes qui luttent pour la vie sont la voie et la solution la plus réaliste : l’arrêt de cette guerre barbare. |
