« Faire pression sur notre gouvernement pour un appel à un cessez-le-feu et à un embargo sur les armes destinées à Israël »

La parole à Medea Benjamin, cofondatrice de l’organisation américaine Codepink (en français : Code rose ou femmes pour la paix)

Medea Benjamin (Photo correspondant IO)
Par la rédaction d'IO
Publié le 21 juillet 2024
Temps de lecture : 3 minutes

Medea Benjamin a été présentée comme « l’une des combattantes américaines les plus engagées – et les plus efficaces – pour les droits de l’homme » par le New York Newsday, et « l’une des dirigeantes les plus en vue du mouvement pour la paix » par le Los Angeles Times. Elle a été l’une des 1 000 femmes exemplaires de 140 pays nommées pour recevoir le prix Nobel de la paix au nom des millions de femmes qui accomplissent un travail essentiel pour la paix dans le monde.

En quoi consistent les actions de Codepink ?

Nous faisons pression sur notre gouvernement, en particulier sur les membres du Congrès, pour qu’ils appellent à un cessez-le-feu et à un embargo sur les armes destinées à Israël. Nous nous rendons au Congrès tous les jours. Vous savez, il est intéressant de constater que les gens ordinaires peuvent se rendre au Congrès aux Etats-Unis. Il suffit d’entrer dans les bâtiments et de se rendre dans leur bureau. Je dirais que nous avons un accès extraordinaire, mais pas une influence extraordinaire parce que l’influence vient des grands groupes financiers.

Nous y allons tous les jours pour être présents, pour les interroger, pour montrer sur les médias sociaux à quel point certains d’entre eux sont sans cœur, qu’ils soutiennent le massacre de tous les Palestiniens et qu’ils n’en ont rien à faire.

Je pense que cela a ouvert les yeux de beaucoup de gens aux Etats-Unis et dans le monde entier sur l’identité de ces membres du Congrès qui sont censés nous représenter, mais qui représentent des groupes de pression comme l’AIPAC1AIPAC : lobby créé en 1963 aux Etats Unis pour soutenir les intérêts d’Israël. et l’industrie de l’armement.

Nous avons également réussi à modifier les positions de certains membres du Congrès. En particulier lorsque nous travaillons avec leurs électeurs locaux, car s’ils sont redevables aux grands intérêts financiers, ils se soucient également de leur réputation et de leurs électeurs. Ainsi, en travaillant avec les groupes locaux et au niveau national, nous avons réussi à forcer certains de ces membres du Congrès à se prononcer en faveur d’un cessez-le-feu et à adopter de meilleures positions sur d’autres textes législatifs concernant Israël.

Avez-vous le soutien de Rachida Tlaib2Membre des Socialistes démocrates d’Amérique, première femme d’origine palestinienne élue au Congrès américain. au Congrès, qui s’est impliquée dans le soutien au peuple palestinien contre le génocide ?

Oui, nous travaillons en étroite collaboration avec Rachida Tlaib et son bureau. Et avec un certain nombre d’autres membres du Congrès. Deux semaines après le 7 octobre, 18 membres du Congrès ont signé une résolution appelant à un cessez-le-feu. Ces 18 membres se sont montrés très fermes sur cette question. Depuis, une centaine de membres du Congrès réclament un cessez-le-feu. La situation s’est donc certainement améliorée, mais elle n’est pas encore à la hauteur de nos espoirs.

Netanyahou a été invité à s’adresser au Congrès ?

Effectivement, nous sommes consternés que les dirigeants des partis démocrate et républicain aient invité Netanyahou à s’exprimer devant une session conjointe du Congrès. Il est tout simplement consternant que le procureur général de la Cour pénale internationale souhaite que des mandats d’arrêt pour crimes de guerre soient délivrés à l’encontre d’un homme qui a pourtant été invité à s’exprimer ici. Ce sera la première fois que quelqu’un s’adressera quatre fois au Congrès. C’est sans précédent. Nous aurons des manifestations massives ici à Washington.

Ce sera le 24 juillet, et de nombreux membres du Congrès protesteront d’une manière ou d’une autre : soit en ne se présentant pas, soit en boycottant la visite, soit en entrant et en sortant. Mais nous avons déjà l’engagement de plusieurs dizaines de membres du Congrès pour protester contre sa visite.

Propos recueillis le 7 juillet, à Washington DC