Les prisonniers palestiniens traités dans des conditions inhumaines dans les prisons israéliennes

Le 29 juillet, les médias israéliens informent que neuf soldats israéliens ont été arrêtés pour avoir abusé sexuellement et torturé un détenu palestinien de la bande de Gaza dans la prison de Sde Teiman située dans le désert du Neguev.

Des Israéliens d'extrême droite ont tenté de forcé les portes de la prison et manifestent devant la prison où sont incarcérés neuf soldats accusés d'avoir abusé sexuellement un détenu palestinien à la prison de Sde Teiman dans le désert du Néguev, à Netanya, le 30 juillet. (AFP)
Par François Lazar
Publié le 5 août 2024
Temps de lecture : 3 minutes

Cette mesure inédite de la part de la justice israélienne fait suite à une multiplication de rapports émanant d’ONG, d’associations humanitaires, d’articles de presse, notamment aux Etats-Unis et de témoignages de prisonniers libérés. En mars 2024, le Syndicat des travailleurs arabes de Nazareth (Arab Workers Union) a publié une déclaration à destination de la Cour suprême israélienne pour demander l’ouverture d’une enquête sur les circonstances de la mort des travailleurs palestiniens de Gaza dans la prison de Sde Teiman. Le travail acharné du syndicat et des associations israéliennes de défense des droits de l’homme pour dénoncer les crimes commis dans les prisons, mais aussi la menace d’un recours devant les juridictions internationales ont conduit un tribunal israélien à inculper 9 soldats accusés d’avoir commis des tortures et sévices sexuels contre un prisonnier palestinien.

Ils sont plus de 10 000 originaires de Gaza à croupir dans des prisons israéliennes depuis octobre 2023. Travailleurs présents sur le territoire israélien après l’opération du Hamas, ils ont été incarcérés sans jugement, n’ont aucune nouvelle de leurs familles depuis 9 mois.

Le 4 avril, le quotidien israélien Haaretz citait un médecin de l’hôpital de campagne installé à côté de la prison de Sde Teiman, décrivant les conditions « déplorables et des violations de l’éthique médicale » pour les détenus de Gaza : « Nous sommes tous complices de la violation de la loi. (…) Deux prisonniers ont eu les jambes amputées en raison de blessures causées par les menottes ».

Des tortures et des sévices systématiques dans les prisons israéliennes à l’encontre des détenus palestiniens

Les faits sont connus et incontestables : le 6 juin, le New York Times décrivait l’horreur de la prison de Sde Teiman où les prisonniers sont maintenus les yeux bandés, menottés, avec l’interdiction de parler autrement que par des murmures. Ils ne peuvent se tenir debout ou dormir que lorsque cela est autorisé par leurs geôliers. Sur les 4 000 qui croupissent dans cette prison, 35 sont morts depuis octobre suite aux sévices subis ou aux multiples carences causées par les privations.

Un article du Washington Post du 29 juillet décrit la routine des passages à tabac, souvent conduits dans des cellules surpeuplées, souvent avec des bâtons parfois avec des chiens.

Pour ces journaux américains, expression de la politique américaine au Moyen Orient, il s’agit de montrer que la justice israélienne peut agir et condamner les faits les plus délictueux commis contre des prisonniers palestiniens, et est en capacité de préserver les droits de l’homme. Pour nombre de militants de l’intérieur, ce qui se passe aujourd’hui n’est pas suffisant. Ils exigent que la vérité soit faite sur les circonstances de la mort de chaque enfant, chaque femme à Gaza. Ils exigent que ceux qui ont commis des massacres soient jugés, que tous les criminels de guerre à Gaza soient jugés. Ils exigent que tous ceux qui participent et laissent faire la torture contre les prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes soient jugés.

Affrontement au sommet de l’Etat israélien

Plusieurs groupes de militants juifs intégristes, membres du parti du ministre Ben-Gvir, et par ailleurs chef de la police israélienne, ont cherché à prendre d’assaut le camp militaire dans lequel sont incarcérés les soldats inculpés. Lundi 29 juillet, le ministre de la Défense, Yoav Gallant a accusé le ministre de la Police Ben-Gvir d’avoir fait en sorte d’empêcher l’intervention de la police contre les manifestants. Gallant a aussitôt dépêché trois bataillons de l’armée pour protéger les lieux. Pour le militant palestinien de l’intérieur Ameer Makhoul, lui-même ancien prisonnier politique, les complicités étaient nombreuses à l’intérieur du camp pour laisser entrer les manifestants, qui sont les mêmes que ceux qui attaquent les convois humanitaires qui tentent d’entrer dans la bande de Gaza. Ameer Makhoul rappelle que la barbarie qui sévit dans les prisons israéliennes est le fait du pouvoir quasi absolu de Ben-Gvir, et d’une situation acceptée par l’ensemble de la classe politique israélienne. Pour lui, « le conflit interne israélien entre les organisations et les dirigeants politiques est devenu hors de contrôle (…) C’est la cohésion interne d’Israël, le contrat social sioniste qui est menacé », et qui pourrait être pour les Israéliens « plus dangereux que tous les fronts extérieurs ».