« Netanyahou préfère étendre la guerre à toute la région pour rester au pouvoir »

Correspondance téléphonique de Palestine, le 2 août.

Le 3 août, le bombardement par l’armée israélienne de l’école Al-Nassr (ouest de Gaza) qui tenait lieu de refuge a fait 30 morts, tous des civils et la plupart étaient des enfants (photo AFP).
Par correspondant
Publié le 8 août 2024
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« À l’intérieur même de l’État israélien, plusieurs commentateurs considèrent qu’en donnant l’ordre d’exécuter Ismaël Haniyeh, principal négociateur du Hamas, reconnu comme tel dans le monde entier, Netanyahou a surtout cherché à donner des gages à la partie de la population israélienne qui soutient son gouvernement et la guerre. Il sait que cela n’arrêtera pas la résistance, mais c’est aussi un moyen de la déstabiliser.

Il sait qu’il peut compter sur l’appui des Américains pour les livraisons d’armes, mais ne se soucie guère des civils israéliens qui pourraient subir les répliques iraniennes ou libanaises. Le sort des otages retenus à Gaza est, depuis le début, très loin de ses préoccupations.

Le Hamas veut garder les otages en vie parce qu’ils sont une monnaie d’échange et Netanyahou préfère les voir morts (tout en instrumentalisant leur situation) parce qu’il veut aller le plus loin possible dans le nettoyage ethnique de Gaza.

Dans l’incapacité d’écraser la résistance à Gaza, il cherche à restaurer le prestige de la dissuasion israélienne. En outre, il veut accomplir des exploits personnels afin d’apparaître comme un « héros » auprès de la rue israélienne, tant qu’il ne parvient pas à atteindre aucun des objectifs de la guerre, en particulier les objectifs militaires.

Il voudrait que les yeux de la communauté israélienne soient désormais occupés par la question de la guerre attendue sur plusieurs fronts, et que les familles des otages ne se préoccupent pas de manifester pour libérer les leurs. La preuve en est qu’une manifestation prévue quelques jours après le bombardement de Beyrouth a été annulée par crainte d’une attaque du Hezbollah.

La guerre dévastatrice à Gaza continue, la population est victime directe du « droit d’Israël de se défendre » et de « l’armée la plus morale du monde », qui est en réalité une armée raciste spécialisée dans le meurtre des enfants et de civils.

Le nombre de morts, notamment d’enfants tués directement par les bombardements ou du fait des maladies qui se répandent, des privations, de l’impossibilité d’être soigné devrait atteindre selon la revue médicale britannique The Lancet près de 200 000 morts.

Dans le même temps les attaques contre les villages palestiniens, menées par les milices sionistes coloniales, violentes, qui considèrent la Bible comme un titre de propriété augmentent en Cisjordanie, avec le soutien systématique de l’armée, donc de fait du gouvernement. Comment croire que tout cela pourra rester impuni ?

Au final, Netanyahou mène Israël vers l’abîme.

La maîtrise des assassinats ciblés n’a pas été appliquée pour répondre à l’opération du 7 octobre. Netanyahou saisi l’occasion pour lancer une campagne génocidaire de nettoyage ethnique, avec l’approbation et la complicité active (livraisons d’armes, répression contre les mouvements défenseurs de la cause palestinienne, désinformation…) des États-Unis et de leurs alliés européens. Toute cette situation aurait pu être évitée s’il avait trouvé un accord avec le Hamas sur la question de l’échange de prisonniers et d’un cessez-le-feu à Gaza. Mais il préfère étendre la guerre à toute la région pour rester au pouvoir. »

 
« Ceux qui n’ont pas été tués par la machine de guerre israélienne ne sont pas épargnés par le siège et le bouclage de Gaza »
 
Dans son rapport publié le 28 juillet, le Centre palestinien pour les droits humains de Gaza (PCHR) « met en garde contre les conséquences catastrophiques de la fermeture continue des points de passage de la bande de Gaza, qui a empêché l’acheminement de cas urgents et vitaux de patients et de personnes blessées au cours de l’escalade de la guerre menée par les forces d’occupation israéliennes dans la bande de Gaza. »
 
Le rapport précise que « ceux qui n’ont pas été tués par la machine de guerre israélienne ne sont pas épargnés par le siège et le bouclage complet de Gaza, laissant des milliers de blessés et de malades condamnés à une mort certaine, en particulier après la destruction et l’effondrement délibérés du système de soins de santé et l’affaiblissement des ressources restantes pour sauver des vies. »
 
Le rapport indique que les autorités israéliennes refusent toute évacuation du territoire à « 14 000 malades et blessés du fait de la guerre, dont les conditions sont jugées extrêmement critiques et pour lesquels aucun traitement n’est disponible à Gaza ». 
 
Parmi eux, on compte 4 454 patients gravement atteints de maladies cardiaques, oculaires et gastro-intestinales ; environ 4 500 blessés de guerre ; 4 380 patients atteints de cancer ; et 620 patients souffrant d’insuffisance rénale… Des centaines de patients sont morts silencieusement et en dehors des statistiques, plus de 50 médecins hospitaliers spécialistes ont été tués dans les bombardements ou par des snipers. Le rapport montre que le génocide en cours passe notamment par la destruction minutieuse, précise, volontaire du système de santé palestinien.