« Le Venezuela à la croisée des chemins »

D’Obama à Biden, en passant par Trump et les gouvernements de l’Union européenne, tous ont contribué à la crise économique que traverse le pays. Un contribution de Alberto Salceda, responsable de la Coordination autonome internationale des travailleurs (CAIT).

Meeting de clôture de la campagne électorale de Maduro, candidat à sa réélection, à Caracas, le 25 juillet (photo AFP).
Par Alberto Salcedo
Publié le 11 août 2024
Temps de lecture : 5 minutes

Le dimanche 28 juillet s’est tenue l’élection présidentielle au Venezuela. D’Obama à Biden, en passant par Trump avec son habituelle brutalité et les gouvernements de l’Union européenne, tous ont contribué à la crise économique que traverse le pays. Les Etats-Unis, avec leur politique agressive et interventionniste, ont imposé des sanctions économiques, gelé les avoirs, précipitant la crise économique que le pays traverse aujourd’hui. Il sera très difficile pour le Venezuela de s’engager sur la voie de son redressement complet sans que ces sanctions ne soient levées.

Dans son premier bulletin officiel, avec 80 % des votes dépouillés, le Conseil national électoral (CNE) a rapporté que Nicolas Maduro a obtenu 5 150 092 voix (51,20 %) contre le candidat Edmundo Gonzalez, qui a obtenu 4 445 978 voix (44,2 %), et qui avait été promu par la responsable de la droite Maria Corina Machado. Cette même Maria Corina Machado a promu ces dernières années une campagne demandant l’intervention de troupes étrangères et un coup d’Etat contre le président Nicolas Maduro. En 2018, elle a demandé au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou le soutien nécessaire « pour apporter le changement ». Les 8 autres candidats disposeraient de 462 704 voix (4,6 %), avec une participation de 59 % des électeurs. Ces résultats incomplets indiqueraient une tendance « irréversible ».

L’opposition a ensuite dénoncé des irrégularités dans la transmission des procès-verbaux et l’expulsion arbitraire de leurs assesseurs des bureaux de vote, installant ainsi le discours de la fraude en coordination avec les médias américains et la droite internationale.

Il convient de rappeler que le prélude au processus électoral a été marqué par des négociations secrètes et discrétionnaires entre le gouvernement Maduro et les Etats-Unis, qui cherchent à se garantir le contrôle des ressources énergétiques du Venezuela, en particulier contre ses concurrents chinois qui s’implantent sur le continent. Avec la signature des accords de la Barbade, les sanctions ont été assouplies et de nouveaux accords ont été signés avec des capitaux étrangers, ouvrant la voie électorale, anticipant les élections présidentielles qui devaient se tenir à la fin de l’année.

Dans le processus électoral, non seulement les partis de droite ont été interdits, mais aussi les secteurs politiques de gauche qui se sont confrontés à la politique de régression des droits du travail du gouvernement Maduro. Le gouvernement s’est lancé dans une stratégie de flexibilité de facto du travail, permettant ainsi le licenciement de milliers de travailleurs. Ensuite, il est passé à une politique de bonus salarial. Le salaire minimum (pensions) au Venezuela est l’un des plus bas au monde. C’est l’équivalent de 3,56 dollars de l’heure, plus une prime de guerre mensuelle de 45 dollars. Le droit à la négociation collective est systématiquement violé avec l’application du mémorandum 2792. Tout cela, afin de générer la confiance parmi les capitalistes et de démontrer la volonté de s’entendre avec les employeurs, ce qui a conduit à la judiciarisation, à la criminalisation et à l’arrestation d’une centaine de syndicalistes comme tentative de freiner les protestations pour de meilleurs salaires et les violations des conventions collectives par l’administration de Nicolas Maduro.

Le Conseil national électoral proclame Maduro élu

Ce lundi, le Conseil national électoral (CNE) a donc déclaré Maduro vainqueur et l’a assermenté en tant que président réélu, avec 80 % des bulletins dépouillés. Comme la différence entre Maduro et Gonzalez Urrutia est de 704 114 voix, les 20 % restants des votes à comptabiliser, qui correspondraient à environ 2 514 694 voix, pourraient parfaitement modifier le résultat final de l’élection. Jusqu’au moment de la rédaction de cet article, toutes les feuilles de pointage n’ont pas été publiées.

Le retard dans la publication, sans fournir d’explication adéquate, est une grave omission qui n’aide pas au climat de paix sociale que la majorité de la population vénézuélienne attend, car les chiffres fournis jettent le doute sur la réélection de Nicolas Maduro. Il y a eu des casserolades et des protestations dans certains secteurs populaires de Caracas, qui dans l’après-midi se sont étendues à différentes parties du pays dont le résultat est au moins 12 morts et 749 arrestations, selon le bilan du procureur de la République, Tarek William Saab. L’Observatoire vénézuélien des conflits compte 187 manifestations dans vingt Etats du pays.

Les tensions s’intensifient

En pleine crise politique, l’opposition de droite s’est mobilisée et s’est rassemblée devant le siège des Nations unies à Caracas et dans toutes les villes du pays. Les gens sont descendus dans la rue pour manifester à nouveau contre la proclamation du président Nicolas Maduro et la non-publication des résultats. Le gouvernement a également appelé à des mobilisations. Ils ont dénoncé le fait que derrière les manifestations « se dresse une tentative d’imposer un coup d’Etat ». Le président de l’Assemblée nationale, Jorge Rodriguez, demande une peine de prison pour Edmundo Gonzalez Urrutia et Maria Corina Machado, qu’il accuse d’être responsables d’une « conspiration fasciste ».

Nous sommes confrontés à une situation très contradictoire au sein du haut gouvernement et de ses différents groupes, ainsi que du secteur militaire, qui était imprévisible : ils ont serré les rangs autour de Maduro. Les mobilisations en cours risquent d’être une base de manœuvre pour ce secteur patronal et pro-impérialiste de Maria Corina Machado.

Bien sûr, nous condamnons toute feuille de route médiatique et diplomatique, interventionniste de l’impérialisme et de ses alliés. Dans des questions qui ne concernent que nous en tant que nation, les travailleurs et la société vénézuélienne ne méritent pas d’être à la merci des aspirations d’un personnage politique qui, comme Maria Corina Machado, est liée à des complots de coup d’Etat de toutes sortes. Nous appelons à réorienter le différend sur le terrain constitutionnel avec plus de démocratie. Pour cette raison, le CNE doit publier immédiatement le contrôle complet de tous les procès-verbaux.

Comme nous l’avons dit au CAIT, en tant que participants à l’Autre campagne, aucun des candidats ne représente les intérêts et les désirs de la classe ouvrière : un gouvernement qui fait retomber la crise sur les épaules des travailleurs ; une opposition qui cher-che à en finir avec ce qu’il reste de la nation. Ces élections se sont déroulées dans le contexte des pires misères, de l’inégalité et de l’état d’abandon de notre peuple. Ce fut une campagne vide de contenu et de propositions, sur le dos de la souffrance et des luttes du peuple travailleur.

Dans n’importe quel scénario politique à venir, nous devons revenir à la seule voie qui reste au peuple pour parvenir au changement. C’est l’organisation indépendante d’une référence politique des travailleurs pour défendre nos conquêtes et notre souveraineté formulées dans la constitution bolivarienne. En ce sens, nous appelons à la formation d’un pôle de résistance qui dresse un programme de défense du peuple travailleur et de la souveraineté nationale.

Les travailleurs ne supportent plus la détérioration progressive de leur niveau de vie et comprennent que les parties en conflit sont responsables de cette situation. Certains en demandant et célébrant des sanctions contre le pays, en demandant les interventions des organisations internationales pour configurer un coup d’Etat similaire à celui qui s’est produit en Bolivie. En tant que peuple travailleur et nation indépendante, libre et souveraine, nous rejetons, condamnons l’ingérence de l’impérialisme et de ses institutions contre notre pays, et tous autres gaspillages des ressources publiques, pillant les institutions, exhibant leur richesse et leur gaspillage au milieu de l’appauvrissement national. Ce peuple exige des actions pour la récupération de la protection sociale, des salaires, des pensions et des retraites dignes.

Non à l’ingérence de l’impérialisme et de ses institutions contre notre nation !