Congrès de l’Union générale des travailleurs de Guadeloupe (UGTG) : « Debout en ordre de marche ! »

Début décembre 2024, s'est tenu le congrès de la première organisation syndicale de Guadeloupe, cheville ouvrière qui permet de cimenter le lien entre les organisations syndicales de salariés avec les organisations culturelles, associatives, politiques face à l’Etat colonial.

Le conseil syndical de l’UGTG issue du congrès. (Correspondant)
Par Gérard Bauvert, Miguel Martinez
Publié le 12 janvier 2025
Temps de lecture : 3 minutes

Le 17e congrès de l’UGTG s’est déroulé les 5, 6 et 7 décembre 2024. Il a réélu à l’unanimité Maïté Hubert M’Toumo secrétaire générale de la première organisation syndicale du pays. A la fin de son congrès, l’UGTG a organisé une séance publique qui a rendu compte des travaux devant plusieurs centaines de militants et d’organisations ouvrières de Guadeloupe et de la Caraïbe, d’invités internationaux. Ils ont été conviés à prendre la parole ainsi que le valeureux collectif des avocats. Il a rendu un vibrant hommage à Maître Gilles Dever, décédé le 28 novembre, défenseur inlassable de la cause palestinienne et des militants guadeloupéens.

Maïté Hubert M’Toumo donne son appréciation sur les débats et enjeux de ce congrès.

« Nous avons analysé pendant ce congrès que nous avons dû partir au combat dès le début du mandat et que trois ans après, nous l’avons terminé en étant toujours dans la lutte. Rappelons que tout au début nous avons dû organiser la bataille contre l’obligation vaccinale (piqûres forcées) mais qu’il s’agissait en réalité d’un combat pour la défense des libertés les plus fondamentales.

Nous devons comprendre cela et le faire comprendre auprès des travailleurs de la Santé et de l’Action sociale qui ont initié la résistance, et tout à fait naturellement les autres unions et secteurs syndicaux les ont soutenus en apportant leur solidarité. Cette situation a duré pratiquement presque deux ans. C’est ainsi que s’est exprimée une solidarité concrète portée par le peuple guadeloupéen sur le terrain politique.

Mais nous avons constaté que pendant que nous étions en train de lutter contre l’obligation vaccinale, les patrons en ont profité pour attaquer les travailleurs dans d’autres secteurs. Nous nous sommes organisés en faisant en sorte qu’ils aient également la capacité de mener la bagarre et que face au patronat, il n’était pas possible de faiblir.

Nous avons analysé que la société guadeloupéenne se trouve depuis quelques années dans une situation de décrépitude totale, avec de grandes difficultés : emploi, eau, chlordécone, maladies vectorielles, école. La question des salaires est particulièrement vive alors que le coût de la vie est de plus en plus cher.

En face de nous, il y a une répression féroce et un patronat de plus en plus violent. Donc nous voulons mettre la pression, la pression des travailleurs et du peuple qu’il faut fédérer parce que nous n’avons plus les moyens de vivre. C’est normal que certains aient fait marche arrière dans un contexte où la peur et la corruption se développent.

Nous ne sommes pas parfaits, nous avons eu des faiblesses comme tout le monde, mais notre rôle c’est de conscientiser, de continuer ce travail de conscientisation des travailleurs que nous avons initié et de poursuivre la lutte. »

C’est dans cette situation tendue que l’UGTG a rappelé ce qui la fonde : « la lutte de classes sur une ligne de masse » que le congrès a décidé d’engager sur-le-champ le combat pour l’application de deux accords qui, par leurs exigences et les revendications qu’ils expriment remettent en cause l’exploitation et le système de domination coloniale. En un mot la «  Pwofitasyon ».

Des résolutions ont ainsi été consacrées au respect de l’accord de méthode signé en 2021 avec l’Etat et celui de 2009 issu de la grande grève générale de 44 jours (« Accord Bino  »), grève qui a donné naissance au LKP dont Elie Domota est le porte-parole.

La place centrale de l’UGTG dans l’existence, le renforcement du LKP a été soulignée à plusieurs reprises. L’UGTG, première organisation syndicale du pays, est la cheville ouvrière qui permet de cimenter le lien entre les organisations syndicales de salariés avec les organisations culturelles, associatives, politiques face à l’Etat colonial.

Le congrès a montré une grande liberté de discussion, sans concession, dans la meilleure tradition de la démocratie syndicale permettant de préciser pas à pas le chemin à suivre. Egalement au cœur des préoccupations et des échanges la situation internationale – tout particulièrement la défense du peuple palestinien et celle du peuple haïtien1Les organisations syndicales de Haïti n’ont pu quitter leur pays plongé dans le chaos. La CNOAH notamment a fait parvenir un message au congrès de l’UGTG., peuple frère martyrisé par les gangs mafieux à la solde des puissances impérialistes (USA, Canada, France, etc.).

Le congrès en solidarité avec le peuple et les militants kanak emprisonnés a trouvé également un écho très important en particulier à l’occasion de la prise de parole de la représentante du STKE, organisation syndicale de Kanaky.

Des responsables syndicaux de la Martinique (Usam, UGTM), de la Guyane (UTG) ont également pris la parole et d’autres encore. De nombreuses organisations syndicales et politiques de Guadeloupe se sont exprimées lors de la séance publique. A cet endroit notons l’accueil particulièrement chaleureux réservé à la délégation du Comité international contre la répression (pour la défense des droits politiques et syndicaux) pour son action ininterrompue depuis 20 ans. Une résolution internationale adoptée par le congrès enregistre une place particulière du combat contre la répression et l’attachement de l’UGTG à maintenir les liens avec l’Alliance des travailleurs des peuples de la Caraïbe (ATPC), l’Entente internationale des travailleurs et des peuples (EIT) ainsi que d’autres formes de liaisons internationales.

L’UGTG est effectivement debout et en ordre de bataille sur tous les terrains.