En Serbie, grève des universités et mobilisation

« Il ne s’agit plus seulement d’un mouvement étudiant, mais véritablement d’un mouvement citoyen qui touche toutes les couches de la société », nous explique une étudiante de Serbie.

Etudiants en grève et habitants se sont rassemblés à nouveau devant la Cour constitutionnelle, à Belgrade le 12 janvier.
Par Correspondante
Publié le 19 janvier 2025
Temps de lecture : 3 minutes

Jeudi 9 janvier, s’est tenue à Paris une réunion d’une cinquantaine de jeunes avec une étudiante serbe militante de la IVe Internationale, au cœur de la mobilisation qui paralyse les universités serbes depuis près de trois mois. Extraits de son intervention.

« Nous avons subi des décennies de privatisation, de restauration du capitalisme depuis les années 1990. Récemment, nous avons vu la mise en place de l’exploitation intensive de mines de lithium, et la privatisation par l’Union européenne d’un grand nombre d’entreprises.

Il est maintenant clair que le gouvernement serbe est inféodé aux intérêts de l’Union européenne, de l’Otan et de l’impérialisme américain. Pour ces raisons-là et bien d’autres, le peuple de Serbie est très mécontent de la politique menée depuis des années.

Il n’y avait besoin que d’une toute petite chose pour mettre le feu aux poudres

Ça a été l’effondrement d’un balcon, construit dans les années soixante et récemment reconstruit, qui a tué 15 personnes le 1er novembre. L’opposition libérale a d’abord organisé une grande manifestation, avec un but électoraliste. Ensuite, l’ensemble de la population serbe s’est mobilisé à 11 h 52 le matin pour rendre hommage aux morts.

À ce moment-là, les étudiants ont été attaqués par des groupes masqués. Ces groupes ont été identifiés par les médias, qui ont montré que certains d’entre eux avaient des responsabilités politiques. Après cela, la faculté des Arts dramatiques a été bloquée.

La première revendication, c’était que tout soit publié concernant l’effondrement du balcon : les contrats, les ministres qui les signent, les entreprises, etc.

La deuxième revendication, c’est l’arrestation et des poursuites contre tous ceux qui nous ont attaqués.

La troisième est l’abandon des charges et des poursuites envers tous les étudiants qui ont participé aux manifestations et aux blocus.

La dernière revendication est d’ordre social : 20 % d’augmentation du budget de l’Éducation, réduction de 50 % des frais d’inscription.

Il faut comprendre l’importance de cette revendication : en Serbie, c’est incroyablement cher d’étudier. Le coût de la vie, le coût du logement, etc., est absolument écrasant.

Une convergence avec l’intégralité du pays

Sur la base de ces revendications, toutes les universités du pays sont désormais occupées, mais également les lycées, ce qui est sans précédent. Lors de la deuxième semaine du mouvement, le président s’est adressé aux étudiants. Nous avons organisé une manifestation devant le palais présidentiel.

Quelques jours plus tard, les paysans sont venus en tracteurs dans le centre de Belgrade pour manifester avec nous, il y avait plus de 100 000 personnes. Puis, les syndicats des enseignants, des facteurs, des acteurs nous ont apporté leur soutien et nous ont rejoints en manifestation.

Il ne s’agit plus seulement d’un mouvement étudiant, mais véritablement d’un mouvement citoyen qui touche toutes les couches de la société.

À l’université, des commissions organisent le lien avec les facteurs, les enseignants, les agriculteurs, les acteurs, et leurs syndicats. Elles essaient de mettre en place des grèves à différentes échelles puisque notre objectif maintenant, c’est d’aller à la grève générale. Dans le cadre de l’occupation de la fac, nous organisons des assemblées générales qui décident de l’organisation de la grève.

Le mouvement, depuis le début, a refusé de s’inféoder à tous les partis politiques, parce que l’opposition libérale a conduit des manifestations depuis des années, et rien n’a jamais changé. Cependant, nous avons un parti, le Parti de la gauche radicale.

C’est un parti socialiste, qui ne peut pas se présenter à des élections, parce que cela coûte cher. C’est presque le seul parti accepté dans la mobilisation, les autres partis d’opposition ne sont même pas bienvenus à l’université.

Avec mes camarades, nous essayons de travailler à radicaliser ce mouvement, pour essayer de l’emmener le plus loin possible. Et ça marche, puisque maintenant les étudiants appellent à organiser une grève générale. »