À propos d’une conférence « Liberté pour la Palestine » le 4 juin, au siège du PCF, à Paris
Une conférence sur la Palestine s’est réunie au siège national du PCF. Y ont pris la parole, entre autres, Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, et Ahmed Saeed Al Tamimi, membre du comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).
- Actualité politique et sociale, Palestine

Le journal L’Humanité consacre une double page, ce jeudi 5 juin, à propos de la conférence « Liberté pour la Palestine » qui s’est réunie au siège national du parti communiste français (PCF), le mercredi 4 juin. Une conférence à laquelle ont participé Fabien Roussel, secrétaire général du PCF, Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, Ahmed Saeed Al Tamimi, membre du comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), des représentants de la Ligue des droits de l’homme (LDH) ou encore des représentants de Médecins du monde…
Le quotidien n’hésite pas à titrer : « Ce 4 juin, le Parti communiste français et l’organisation palestinienne organisaient une conférence, à Paris. Cinquante-huit ans jour pour jour après la reconnaissance des frontières de la Palestine, ils réclament la fin des massacres et de la colonisation par Israël. »
Ce dont il est question, il y a 58 ans, jour pour jour, c’est de la résolution 242 adoptée par le Conseil de sécurité de l’organisation des Nations unies (ONU), plusieurs mois après la guerre des Six-Jours qui, en juin 1967, a permis à l’État d’Israël de prendre le contrôle de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza, ainsi que de la péninsule du Sinaï et du Golan Syrien. Cela n’a donc rien à voir avec une prétendue reconnaissance des frontières de la Palestine.
Dans son interview, Ahmed Saeed Al Tamimi affirme, à propos de l’organisation de cette conférence au siège du PCF : « Nous avons choisi ce lieu, car le Parti communiste français a toujours soutenu le peuple palestinien. ».
On se demande comment est-il possible, pour un Palestinien, d’écrire une chose pareille : en novembre 1947, le plan de partition de la Palestine par la résolution 181 de l’ONU organise le vol de plus de la moitié des terres à la population palestinienne, avec le concours actif à l’époque de Staline. Rappelons que, parmi les 33 votes pour de la résolution 181, il y a l’URSS et tous les pays d’Europe de l’Est sous domination de l’ex-Union soviétique. Depuis le PCF n’a jamais dévié de cette ligne.
Quant à l’OLP elle-même, dirigée par le président non élu de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, dont la préoccupation essentielle est de maintenir l’ordre dans les camps de réfugiés palestiniens et d’écraser toute opposition, elle a cessé d’être reconnue par les Palestiniens dans leur majorité, comme leur légitime représentant. Aujourd’hui, rares sont les Palestiniens, à l’exception de ceux liés à l’Autorité palestinienne, à revendiquer la création d’un État, dont ils savent pertinemment qu’il sera sous contrôle de l’État israélien.
Le journal L’Humanité rapporte : « Les représentants de l’OLP ont tous salué l’avancée diplomatique promise par le président français. ». De quelle avancée diplomatique s’agit-il réellement ?
Lors d’une conférence de presse à Singapour, fin mai 2025, Macron a déclaré que la reconnaissance de l’État de Palestine n’est « pas simplement un devoir moral, mais une exigence politique ». Répondant à une question, Macron a parlé de « la création d’un État palestinien, consécutive à la libération des otages, à la démilitarisation du Hamas, à la non-participation du Hamas dans celui-ci, à la réforme de l’Autorité palestinienne, mais d’un État palestinien qui reconnaîtra Israël, son droit à vivre en sécurité et la création d’une architecture de sécurité dans toute la région, sont le seul aboutissement souhaitable pour la sécurité de tous et le seul qui garantira la paix dans la région. »
Dans le projet de Macron, il n’est pas question de droits égaux, il n’est pas question du désarmement des colons pogromistes de Cisjordanie. Il n’est surtout pas question de demander aux Palestiniens ce qu’ils veulent ! En clair, l’État de Palestine visera essentiellement, comme c’était déjà le cas de la totalité des projets précédents, à assurer la sécurité d’Israël. Pas un mot sur la colonisation de la Cisjordanie, pas un mot sur l’apartheid mais une liste de conditions imposées aux Palestiniens… L’objectif, dans tous les cas de figure est de poursuivre, sous des formes renouvelées, l’encamisolement des Palestiniens et interdire l’affirmation du droit au retour.
En outre, comment peut-on se ranger derrière Macron qui, en ce moment même, continue à fournir des armes comme c’est le cas avec la cargaison de 14 tonnes d’équipements militaires pour la fabrication de fusils-mitrailleurs ?
Enfin, un dernier mot sur la déclaration de Sophie Binet.
Le journal L’Humanité rapporte les propos de la secrétaire générale de la CGT : « A Londres, ils sont parfois 1 million, des centaines de milliers en Allemagne, aux Pays Bas, a listé Sophie Binet. Et en France, où en sommes-nous ? », regrette la secrétaire générale de la CGT.
Pour notre part, nous posons la question : « Et en France, que font les dirigeants de la CGT, de FO et des autres confédérations ? ». Pas grand-chose, sinon rien. Des déclarations creuses qui ne sont jamais suivies d’actions organisées pour, ne serait-ce que, gêner Macron et chercher à contraindre le gouvernement israélien à arrêter. Dans les manifestations organisées chaque week-end ou presque, depuis 20 mois, nombreux sont ses propres militants qui considèrent que la CGT brille par son absence. La confédération n’a rien fait pour mobiliser ses structures dans ces manifestations.
Il faudra attendre une initiative prise par un syndicat de base, le syndicat CGT des dockers de Fos-sur-Mer, qui bloque les livraisons d’armes de Macron, pour qu’enfin, Sophie Binet affirme « le besoin de gagner une mobilisation massive réunissant toutes les forces politiques et syndicales ». Il aura fallu attendre 20 mois.
Et, encore, disons-le sans détour : une mobilisation massive, oui, mais pour exiger quoi ? D’appuyer la démarche de Macron et du prince héritier saoudien pour la reconnaissance d’un État palestinien ? Ou exiger la rupture de toutes les relations commerciales, diplomatiques, culturelles, associatives avec l’État israélien, comme la CGT l’avait fait contre l’Afrique du Sud de l’apartheid, une mobilisation massive pour imposer le cessez-le-feu et l’acheminement de l’aide humanitaire d’urgence ? La décision prise par le syndicat CGT des dockers du Golfe de Fos, qui refuse de décharger les armes à destination d’Israël, montre qu’il est possible pour le mouvement ouvrier d’organiser concrètement ce combat.
