Le mouvement ouvrier américain contre le génocide
Il y a un an, sous la pression de ses adhérents et de nombreux syndicats de base, l’Association nationale des enseignants (NEA) a été amenée à rejoindre dix autres syndicats dans le réseau syndical national pour le cessez-le-feu. Ce mouvement n'a fait que grandir.
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La NEA (National Educatoion Association, Association nationale des enseignants) est la plus grande fédération syndicale aux États-Unis. Autonome de la confédération syndicale américaine AFL-CIO, elle a un caractère d’organisation professionnelle, fournissant du matériel pédagogique à ses adhérents, tout en les représentant dans les négociations collectives avec leurs employeurs.
Il y a un an, sous la pression de ses adhérents et des prises de position de nombreux syndicats de base, la NEA a été amenée à rejoindre dix autres syndicats dans le réseau syndical national pour le cessez-le-feu, avec des syndicats connus pour leur caractère très revendicatif (le syndicat de l’automobile UAW, celui de l’électricité UE, le syndicat d’infirmières NNU, de personnels navigants commerciaux AFA, de dockers ILWU…). (Lire ci-dessous.)
Un an après, aux États-Unis, le rejet du génocide n’a fait que grandir : d’après les derniers sondages, 60 % des Américains désapprouvent maintenant « l’opération militaire israélienne à Gaza » (selon les termes du sondage), contre seulement 32 % qui la défendent. En octobre dernier, les sondages donnaient 48 % contre le génocide, et 42 % pour : le rejet du génocide atteint un niveau sans précédent chez les Américains.
Le caucus (regroupement interne à une organisation) Teachers for Palestine a donc proposé une résolution au congrès du NEA pour que cette dernière cesse de relayer le matériel, notamment pédagogique, de l’ADL (Anti-Defamation League, ligue contre la diffamation) auprès de ses adhérents.
L’ADL est une organisation dont le but officiel est de combattre l’antisémitisme, mais qui est ouvertement sioniste et conçoit du matériel pédagogique en ce sens en direction des élèves américains. Cette révolution a été adoptée par le Congrès, mais la direction nationale a décidé de ne pas la mettre en œuvre. Vous lirez ci-contre le communiqué adopté par le caucus, soulignant, malgré la décision de la direction nationale, la victoire que constitue le vote du congrès.
Le 23 juillet, le syndicat de juristes NOLSW, membre de la fédération de l’automobile UAW, décidait d’exiger un embargo sur les armes à destination d’Israël, la fin des opérations militaires et du soutien aux guerres par le gouvernement américain, notamment en Palestine et en Iran, la rupture des relations avec le syndicat israélien Histadrout, et la défense de ses membres attaqués pour avoir défendu la Palestine.
« Les Enseignant·e·s pour la Palestine revendiquent une victoire contre le racisme et la haine, malgré la décision du Conseil d’administration de la NEA »Les enseignant·e·s pour la Palestine sont profondément déçu·e·s par la décision du Conseil d’administration de la National Education Association (NEA) d’annuler le vote majoritaire de sa récente convention visant à Le vendredi 18 juillet, le Conseil d’administration de la NEA a voté pour ne pas donner suite à la résolution non contraignante numéro 39, qui appelle à mettre fin à l’utilisation par la NEA des documents, formations professionnelles et données de l’ADL. Céder à la pression exercée sur la NEA par des groupes extérieurs de droite comme l’ADL nuit au pouvoir syndical. “C’est une violation fondamentale de la démocratie syndicale et cela a causé un grand tort aux enseignant·e·s juif·ve·s et arabo-américain·e·s qui ont conçu et défendu cette motion”, a déclaré Judy Greenspan, enseignante juive et autrice de la motion. “Nous appelons la NEA à déterminer comment elle compte protéger ses membres palestinien·ne·s et arabo-américain·e·s, ses membres juif·ve·s, ainsi que tou·te·s les membres qui soutiennent la solidarité palestinienne, face aux attaques racistes de l’ADL.” Le samedi 5 juillet, 7 000 représentant·e·s élu·e·s d’organisations affiliées locales du plus grand syndicat du pays ont décidé démocratiquement que la NEA “ne participera pas aux programmes de l’ADL ni ne fera la promotion des formations professionnelles proposées par l’ADL”. Conformément aux règles de fonctionnement de la NEA, l’étape suivante consistait pour le Conseil d’administration à voter sur la mise en œuvre de la résolution numéro 39, qu’il a considérée comme un boycott. Les enseignant·e·s pour la Palestine, un caucus officiellement reconnu par la NEA, ont proposé cette résolution car l’ADL n’est pas le partenaire pour la justice sociale qu’elle prétend être. L’ADL commet régulièrement des actes de racisme anti-palestinien en déshumanisant le peuple palestinien, en cherchant à effacer et censurer les récits palestiniens dans les écoles, et en ciblant les enseignant·e·s qui défendent les droits des Palestinien·ne·s. Leurs actions racistes incluent également des attaques contre les personnes noires, autochtones et queer, et compromettent à la fois la liberté d’enseigner et le droit d’apprendre. L’ADL n’est pas une source fiable en matière de droits civiques, et affaiblit la lutte contre l’antisémitisme en publiant des statistiques erronées et en assimilant toute critique d’Israël à de l’antisémitisme. Malgré le vote du Conseil, l’adoption de la résolution numéro 39 par les délégué·e·s constitue un événement historique. “Cela marque un tournant au sein de la base militante, vers une nouvelle position qui soutient les droits palestiniens et s’oppose à la normalisation d’un soutien inconditionnel à Israël dans l’enseignement primaire et secondaire. La prise de conscience des dommages causés par l’ADL ne disparaîtra pas, et les membres de la NEA sont désormais mieux outillés pour lutter contre les fausses narrations diffusées par l’ADL, ainsi que pour mener des campagnes similaires au niveau local ou à celui des états”, a déclaré Hannah, membre juive des Enseignant·e·s pour la Palestine. Les Enseignant·e·s pour la Palestine saluent le vote de principe historique de l’assemblée des délégué·e·s pour protéger tous les membres. Bien que le travail soit loin d’être terminé, cela constitue une étape importante pour pousser le plus grand syndicat du pays à affirmer que toutes les personnes méritent un environnement sûr pour apprendre, grandir et s’épanouir. |
