« Émancipation des femmes et révolution »

Le Centre d’études et de recherches sur les mouvements trotskyste et révolutionnaires international (Cermtri) vient de réimprimer deux de ses "Cahiers" sur le combat des femmes pour leur émancipation.

Émancipation des femmes et révolution deux publications du Cermtri à nouveau disponibles.
Par Le Cermtri
Publié le 14 septembre 2025
Temps de lecture : 4 minutes
Ce travail collectif en deux volumes revient sur le combat des femmes pour leur émancipation. C’est ce chemin d’émancipation, à travers la participation à la lutte révolutionnaire, que ces deux Cahiers retracent à partir de documents peu connus et conservés, pour beaucoup, au Cermtri.

Le Cahier n° 172 rend aux pionnières, trop peu connues, la place qui est la leur dans la lutte pour le progrès humain. Avec la Commune de Paris, ce ne sont plus des pionnières qui rejoignent les combattants pour la révolution ! Ce sont des centaines de femmes, essentiellement des ouvrières, qui constituent leurs comités, organisent l’instruction des enfants, s’occupent des blessés.

Le développement du capitalisme exige davantage de main-d’œuvre. Dans le même temps, dans la classe ouvrière bien sûr, mais également dans la petite bourgeoisie, les femmes doivent travailler pour contribuer à l’entretien de la famille. C’est un bouleversement.

La place que va prendre la question des femmes et de leurs droits, naît, évidemment, de cette contradiction entre la participation croissante dans la production et l’absence totale de droits démocratiques.

Une contradiction illustrée de façon saisissante lors de l’élection municipale de Douarnenez en mai 1925. Une élection municipale où Joséphine Pencalet, ni électrice, ni éligible évidemment, va être élue conseillère municipale.

Et cela parce qu’en 1924, les femmes qui travaillent dans les conserveries de Douarnenez se sont mises en grève. Cette grève n’est pas la première. En 1905, une grève des ouvrières des conserveries avait arraché le salaire à l’heure et non plus à la tâche. En 1924, les femmes débrayent pour obtenir un meilleur salaire horaire.

C’est en combattant pour l’émancipation du travail que les femmes, ouvrières, syndiquées, obligèrent l’État à reconnaître leurs droits.

Et c’est ainsi que le combat de classe arracha, en 1907, le droit pour les femmes de voter et d’être éligibles aux élections prud’homales alors qu’elles n’avaient pas le droit de voter aux élections politiques. C’est ce paradoxe qui marque le XXe siècle.

Les femmes font une double journée (et la journée de travail excède, alors, largement huit heures) et, dans le même temps sont traitées comme des citoyennes de seconde zone. Par la République, comme par ses ennemis !

Alors que la Révolution française avait instauré le mariage civil et, concomitamment, le droit à divorcer au motif que « la faculté de divorcer résulte de la liberté individuelle dont un engagement indissoluble serait la perte », le Code Napoléon de 1804 referme le couvercle un moment ouvert et refait de la femme, une mineure.

Ce n’est qu’en 1975 qu’un mariage pourra être rompu « par consentement mutuel ». Et si la France, fille aînée de l’Église, est un des pays dans lequel les femmes devront attendre le plus longtemps pour leurs droits, la situation est la même dans beaucoup d’autres pays.

Une situation qui nourrit une révolte profonde et trouve son expression dans la création d’associations, de comités pour l’égalité des droits. Tout un mouvement féministe, se voulant représentant « des femmes » se développe pour l’égalité des droits.

Dans sa huitième conférence pour la libération des femmes (1921), Alexandra Kollontaï analyse : « Les féministes tentèrent naïvement de reporter la lutte pour les droits de la femme du plan stable de la lutte de classes au plan de la lutte entre les sexes (…). Étant donné que les féministes bourgeoises employaient toute leur énergie à prouver que la femme n’était en rien et dans aucun domaine inférieure à l’homme, elles négligèrent totalement la spécificité biologique de la femme, spécificité dont la société devait tenir compte (…). Lorsque les féministes apprirent que les femmes qui travaillaient comme débardeurs au port étaient obligées de transporter de lourdes charges, elles furent extrêmement émues et écrivirent dans leurs revues ce qui suit : “Une nouvelle victoire à mettre au compte de la lutte pour l’égalité des droits des femmes. Des femmes dockers transportent côte à côte avec leurs collègues masculins des charges allant jusqu’à 200 kg.” »

On comprend que ces féministes n’aient trouvé aucun soutien auprès des ouvrières ! Ces dernières, confrontées à l’exploitation, essayent de se défendre, et cherchent, contrairement aux féministes, l’appui de « leurs collègues masculins » pour obtenir une protection sociale.

Ces questions seraient-elles dépassées aujourd’hui ? Est-ce qu’il fallait attendre d’arracher l’égalité des droits pour combattre dans l’armée prolétarienne ? Est-ce que l’égalité des droits est un préalable à l’engagement dans la lutte sociale ?

Ces femmes, à qui la société refusait les droits démocratiques, ont pris toute leur place dans la lutte contre l’exploitation. Avec d’autant plus d’ardeur qu’elles n’avaient que leurs chaînes à perdre.

Pas plus pour les femmes que pour la société, il n’y a de cloison étanche entre revendication démocratique et lutte révolutionnaire !

La militante américaine noire, Angela Davis, l’a magnifiquement expliqué dans son livre, Une lutte sans trêve : « Au moment de l’émergence du féminisme noir, on demandait régulièrement aux femmes noires de se positionner par rapport au mouvement noir et au mouvement féministe et de dire lequel leur paraissait le plus important. Ce n’était évidemment pas la bonne question. Il aurait davantage convenu de s’interroger sur les recoupements et les connexions entre les deux mouvements (…). Il nous faut apprendre à dépasser ces catégories (…). Insister sur les convergences entre les luttes contre le racisme aux États-Unis et les luttes contre la répression des Palestiniens par Israël constitue, de ce point de vue une démarche féministe. »

Ce deuxième cahier ne parle pas seulement de la grève des Penn Sardin. Il parle des femmes qui, contre les dirigeants de l’Internationale socialiste, ont combattu, en 1914, la boucherie impérialiste. Il parle des organisations internationales socialistes.

Il raconte comment la révolution d’octobre 1917 a plus fait, en quelques années, pour les femmes, qu’aucun gouvernement partout ailleurs et pourquoi son programme, un programme que le stalinisme a foulé aux pieds, est toujours d’actualité. Il parle de la place qu’ont prise les femmes, sur tous les continents dans la lutte contre le colonialisme.

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