404 voix contre, 1 voix pour…
C’est le résultat, jamais vu sous la Ve République, du vote en première lecture de la partie recettes du budget de l’État à l’Assemblée nationale.
- Actualité politique et sociale, Budget 2026, Ve République

Depuis des semaines, le gouvernement, son désormais principal soutien, le PS, reprennent en chœur ce refrain lancinant : « Il faut un budget pour le pays. Nous devons bâtir un compromis ». Ralliant de fait le camp gouvernemental, reniant le mandat des législatives de 2024, Faure a passé un deal avec Lecornu. Un pacte de non-censure qui ne dit pas son nom mais qui en a tout le contenu pour sauver le gouvernement, sauver Macron, pour que rien ne bouge et que tous conservent leur place jusqu’à l’échéance de la présidentielle de 2027.
Mais les choses ne se déroulent pas aussi simplement…
Trois semaines de débats interminables à l’Assemblée, de tractations souterraines et de combines dans les couloirs dans une Assemblée sans majorité, plus disloquée que jamais, pour qu’au bout du compte, il ne se trouve qu’un seul député pour approuver un budget qui ne convenait à personne (du moins à cette étape…). Pas même au gouvernement qui n’a rien fait pour dissuader les macronistes, c’est-à-dire ses propres troupes, de s’abstenir…
Les faits sont là : même s’il poursuit sa route au Sénat avant de revenir à l’Assemblée, le budget a été battu. Sans appel.
Une défaite écrasante pour le gouvernement et ses soutiens, qu’ils soient officiels ou pas.
Et ce résultat inédit sous la Ve République (une voix, une seule voix pour !), révèle s’il en était encore besoin, le caractère plus que jamais suspendu à un fil de ce pouvoir ultra-minoritaire, archi rejeté, totalement illégitime.
En toute logique, et d’un strict point de vue démocratique, une conclusion toute simple s’impose. Ce gouvernement doit tomber, avec son budget.
Et le chef de l’État, Emmanuel Macron, responsable du coup de force permanent contre la volonté majoritaire, doit dégager.
En toute logique…
Parce que du côté des dirigeants PS, la musique est pour le moins différente. Après avoir présenté le fait que Lecornu renonce au 49.3 comme une victoire socialiste de tout premier plan, voilà Jérôme Guedj (chef de file du PS pour les discussions sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale) qui envisage et espère sérieusement qu’en dernière instance le gouvernement recoure au… 49.3.
Il dit qu’il ne s’agit pas de « passer en force » (ben voyons…) mais de « figer l’état du compromis, en épargnant à ceux qui y ont participé de le voter ». Dans l’art de la magouille et de la trahison, il faut s’incliner : on est face à un maître !
Au sommet du PS, il y a de la ressource. Olivier Faure, qui n’est pas en reste, dit aujourd’hui : « Nous avons besoin de faire avancer le pays et je crois que nous allons y arriver. (…) Il ne s’agit pas de dire que nous allons trouver un consensus, il n’y aura pas de gens qui seront totalement heureux de ce budget »…
Commentaire, très juste, d’Éric Coquerel : « On dirait du Lecornu ou du Montchalin dans le texte. Maintenant qu’il se met à parler comme un groupe macroniste, la vraie question est pourquoi il ne rentre pas dans le gouvernement tant qu’à faire ? »
Budget de guerre
On a tout dit sur le caractère férocement antisocial des dizaines de milliards de coupes que Lecornu entend coûte que coûte faire passer. Ce n’est pas qu’un budget de rigueur d’une violence et d’une sauvagerie inédites contre les travailleurs et la jeunesse. C’est un budget de guerre, un budget pour la guerre.
Sébastien Lecornu qui cherche une voie de passage, a annoncé hier des discussions avec les formations politiques représentées au Parlement, avec les syndicats et les patrons autour de thèmes dits prioritaires. De manière très significative et révélatrice, il a annoncé dans le même temps un vote séparé dès la semaine prochaine sur la sécurité et le renforcement des armées.
Faut-il rappeler qu’en 2023 la loi de programmation militaire a décidé 413 milliards sur cinq ans pour la défense ? Seuls les groupes LFI et PCF avaient alors voté contre.
Tous les budgets sont en chute libre. Tous sauf celui de l’armée, de la guerre. Pas assez au goût du Premier ministre qui veut augmenter le budget militaire de 6,7 milliards supplémentaires dès cette année. Il faut bien obéir aux ordres de Trump qui exige que chaque État membre de l’Otan augmente ses dépenses militaires pour atteindre le niveau de 5 % du PIB.
Il y a les « classes défense » pour militariser la jeunesse, la circulaire de l’ancienne ministre de la Santé aux ARS pour leur enjoindre de se préparer à des conflits de haute intensité. Il y a eu tout récemment les déclarations du chef d’état-major des armées appelant à préparer « nos » enfants à la guerre, à se préparer à l’économie de guerre… Déclarations évidemment confirmées par l’exécutif qui parle maintenant de service militaire « volontaire », le tout relayé par une propagande déchaînée.
Voilà où voudraient nous entraîner tous ceux qui face au rejet de la grande majorité font tout ce qu’ils peuvent pour sauver ce pouvoir détesté et ce régime à l’agonie. S’organiser, se rassembler pour les stopper, les dégager est la tâche du moment.
