Affaire Epstein : The Power of Money
L’affaire Epstein secoue le monde. De nombreux documents publiés depuis 2024 révèlent un réseau complexe de contacts et de transactions avec le milliardaire pédocriminel et son entourage.
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L’affaire Epstein secoue le monde. De nombreux documents publiés depuis 2024 révèlent un réseau complexe de contacts et de transactions avec le milliardaire pédocriminel et son entourage. Malgré le caviardage auquel s’est livré le ministère de la Justice des États-Unis, les millions de mails diffusés contiennent suffisamment d’éléments pour provoquer une crise sans précédent. Des dizaines de dirigeants politiques du monde entier, des magnats de la finance, des cabinets d’avocats, des célébrités, sont incriminés.
En Angleterre, un membre de la famille royale, le prince Andrew, est accusé d’avoir participé aux orgies organisées par Epstein. Morgan McSweeney, le chef de cabinet de Keir Starmer, Premier ministre, a été contraint de démissionner pour avoir « conseillé » de nommer Peter Mandelson comme ambassadeur à Washington, malgré les liens connus de celui-ci avec Epstein. Cette démission fragilisant Keir Starmer lui-même. De plus, il est indiqué que cet ambassadeur aurait transmis à Jeffrey Epstein des informations susceptibles d’influer sur les marchés, notamment lorsqu’il était ministre dans le gouvernement travailliste de Gordon Brown, entre 2008 et 2010.
En Norvège, un ancien Premier ministre, des diplomates dont une ambassadrice en Jordanie, un membre de la famille royale et un organisateur du Forum de Davos sont également impliqués.
La France aussi est aux premières loges : outre les rabatteurs habituels d’adolescentes et des jeunes femmes formant les proies habituelles du prédateur Epstein, les noms d’Olivier Colom, ancien diplomate français et ancien conseiller de Sarkozy à l’Élysée ; de Fabrice Aidan, diplomate français qui a fui les États-Unis lorsque le FBI a voulu lui demander des comptes sur sa consultation de sites pédocriminels et qui malgré tout a été maintenu dans le corps diplomatique.
Ce qui éclate au grand jour
Pourquoi donner de l’attention à ce scandale compromettant « les grands de ce monde », il y en a déjà eu et il y en aura d’autres ? C’est vrai, mais cette affaire arrive dans une situation particulière, où à travers le refus du génocide du peuple palestinien, la résistance de la classe ouvrière et de la jeunesse des États-Unis aux campagnes de l’ICE déchaînées par Trump contre les immigrés, et d’autres événements, les caractères complètement décadents, néfastes et fauteurs de guerre, de l’impérialisme et du régime de la propriété privée, apparaissent au grand jour et de manière brutale à la grande masse des exploités.
L’aspect sexuel de cette affaire, malgré son caractère écœurant, où ceux qui possèdent peuvent tout se permettre, comporte un versant primordial qui n’est pas mis en avant par la presse et pour cause. Tout le monde voudrait s’en tirer avec la condamnation morale du prédateur. Maintenant qu’il s’est « suicidé en prison », comme l’un de ses principaux complices français, l’affaire pourrait en rester là.
Mais examinons de plus près le profil de certains de ceux qui sont incriminés dans cette affaire tentaculaire :
– Jeffrey Epstein lui-même dont la fortune immense a toujours revêtu un caractère assez mystérieux. On sait seulement qu’il s’est enrichi en créant un fonds d’investissement rejoint par quelques puissants personnages lui ayant confié la gestion de leurs fortunes ;
– Ghislaine Maxwell, sa compagne et complice principale, est la fille d’un grand magnat de la presse anglo-saxonne, enrichi dans la vente de tabloïds à scandales ;
– pas besoin de présenter Bill Clinton ou Trump qui jusqu’au bout ont tenté par tous les moyens de le défendre ;
– l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak dont le fils a largement bénéficié des mannes d’Epstein ;
– Mona Juul, démissionnaire de son poste d’ambassadrice de Norvège en Jordanie, importante artisane des accords d’Oslo dont les Palestiniens paient encore les tragiques conséquences ;
– on a déjà mentionné Morgan McSweeney, directeur de cabinet de Starmer, un des principaux soutiens à Trump et à Netanyahou, et Peter Mandelson, lui aussi limogé, ancien ministre de Gordon Brown, lequel avait succédé à Tony Blair pour poursuivre une politique de liquidation des acquis de la classe ouvrière anglaise ;
– Jack Lang qui, en autre forfaiture, comme député du PS, a été un des rédacteurs, de la loi ayant permis l’adoption en 2009 (sous le mandat Sarkozy) du traité de Lisbonne par le Congrès (Sénat et Assemblée nationale réunis) alors qu’il avait été rejeté par la majorité du peuple français au référendum de 2005. Il avait aussi, avec Badinter et d’autres élus du PS, par le vote pour ou l’abstention, permis son adoption qui nécessitait une majorité qualifiée que Sarkozy n’aurait pas obtenu sans leur concours.
Une collusion nauséabonde
L’arbre de l’ignoble trafic sexuel mené par Epstein et l’indécent faste de sa vie, faite de voyages en jet pour rejoindre ses résidences ou ses yachts luxueux, ne cacherait-il pas la forêt d’une collusion généralisée ? Collusion, entre les puissants financiers qui vivent dans un monde irréel où grâce à leurs fortunes, ils peuvent tout, absolument tout acheter, et les membres du personnel politique au plus haut niveau, transformés en vils courtisans, qui leur facilitent la tâche tout en profitant des miettes qui leur sont concédées, en argent ou en avantages. Pour cela ils sont prêts à tous les reniements, toutes les trahisons, tous les parjures pour donner à leurs patrons la possibilité de traiter directement avec eux sans même passer par les États pour lesquels ils travaillent.
Rappelons-nous qu’avant 1789, en France, malgré la misère et la famine, plus de 6 % du budget de l’État était destiné à la liste royale, soit le train de vie de la Cour, ses excès et les pensions concédées par le roi à la noblesse. La prise de conscience de ces faits par le peuple avait eu les conséquences que vous connaissez.
