« La guerre au cœur du continent européen »
La guerre entre la Russie et l'Ukraine, quatre ans de barbarie ! Des millions de morts, de blessés, de réfugiés. Nous republions des extraits de la déclaration du Secrétariat international de la IVe Internationale du 26 février 2022, soit deux jours après le début du conflit.
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Depuis le 24 février 2022 avec l’entrée des troupes de Poutine en Ukraine, la guerre ravage l’est de l’Europe. Depuis lors, Poutine comme les dirigeants impérialistes, jouent leurs partitions sur le dos des peuples d’Ukraine et de Russie. « Les deux camps sont en train de brûler, mais la question est de savoir lequel brûle le plus vite. C’est la même course, un peu cynique, qui se joue depuis 2022 », résume élie Tenenbaum, directeur du centre de sécurité de l’Institut français des relations internationales (Ifri).
Le grand jeu de poker menteur est toutefois sous-tendu par une réalité très prosaïque : « personne n’est vraiment prêt » côté européen à un cessez-le-feu qui impliquerait un déploiement de troupes en Ukraine, observe M. Tenenbaum.
Le 19 février, le chancelier Friedrich Merz est l’un des rares responsables politiques européens à avoir dit tout haut dans l’édition du 20 février du quotidien Le Monde ce que beaucoup de chefs militaires pensent tout bas : « Cette guerre ne prendra fin que lorsqu’un des deux camps sera épuisé, militairement et économiquement. »
Nous republions ci-après des extraits de la déclaration du Secrétariat international de la IVe Internationale du 26 février 2022, soit deux jours après le début du conflit.
Il y a quatre ans« La guerre au cœur du continent européen »
Alors que les guerres et interventions militaires impérialistes se déclenchent aux quatre coins de la planète, que les exigences de l’impérialisme notamment américain, visent à écraser les peuples sous son talon de fer, que le militarisme s’étend sous l’égide de l’impérialisme américain, avec l’accord stratégique de Biden avec l’Australie et le Royaume-Uni contre la Chine, avec le partenariat stratégique avec les Émirats et l’État d’Israël contre le peuple palestinien, avec le renforcement et l’extension de l’Otan, le développement de la guerre en Europe est un nouvel élément de la situation mondiale dont on ne peut mesurer à cette étape les conséquences. Avec l’entrée en Ukraine des troupes de la fédération de Russie, la guerre est de retour sur le Vieux Continent, avec son cortège de morts, de blessés, de populations terrorisées par les bombardements et cherchant à fuir, sans savoir où aller. (…) Depuis des mois, la tension s’exacerbait entre Poutine et Biden, le véritable chef de l’Otan, sur la question de l’élargissement de l’Otan à l’Est et notamment à l’Ukraine. Poutine avait dit qu’il entendait rayer l’Ukraine de la carte. Il a expliqué que « l’Ukraine contemporaine a été entièrement et complètement créée par la Russie, par la Russie communiste bolchévique. Ce processus a commencé presque immédiatement après la révolution de 1917, et Lénine et ses camarades ont agi de façon vraiment peu délicate avec la Russie : ils ont pris à celle-ci, lui ont arraché une partie de ses territoires historiques ». Il exprime là, à coups de nationalisme grand-russe, avec son passé d’agent stalinien du KGB, toute son hostilité à la révolution d’Octobre. L’Ukraine n’a pas été créée mais libérée par la révolution d’Octobre. L’histoire commune de la Russie et de l’Ukraine remonte au Xe siècle, lorsque fut fondé le premier empire russe à Kiev. Comme beaucoup d’autres pays de la région, les territoires ukrainiens ont été occupés par les Mongols, les Polonais, puis l’Ukraine fut partagée entre l’Empire autrichien et l’Empire russe. La révolution d’Octobre, parce qu’elle a osé exproprier le capital, a permis de mettre fin à cette « prison des peuples » qu’était l’empire tsariste, en plaçant tous les peuples à égalité. (…) Il est une certitude : Poutine ne veut pas restaurer l’URSSIl n’est pas l’héritier de la révolution d’Octobre. Il est l’héritier des méthodes de gangster du stalinisme dont il a été un agent du KGB. C’est la politique réactionnaire de la bureaucratie qui, après avoir détruit le parti bolchevique, a torpillé l’URSS. Poutine n’agit pas pour défendre le peuple russe ou les populations russophones du Donbass, mais pour la défense des intérêts de la petite clique des oligarques mafieux dont il est le chef. (…) Il le fait au moment où les états-majors des groupes monopolistes tendent toutes leurs forces pour réaliser au nom de la transition énergétique le plus grand bouleversement de l’économie mondiale ; au moment où il apparaît que la carte des approvisionnements de matières premières issues des décennies précédente ne correspond plus aux nouveaux besoins du tournant vers le « tout électrique », et au moment où tous tentent de se repositionner en fonction des besoins futurs dessinant ainsi les cartes des conflits. En ce sens, la guerre en Ukraine est annonciatrice de nouveaux conflits armés sur tous les continents. L’Otan n’est pas une issue pour les peuplesLors de l’effondrement de l’URSS, toutes les fractions nationales du bureau politique du parti communiste d’Union soviétique ont emprunté des discours nationalistes, pour prendre le pouvoir dans les différentes républiques de l’ex-URSS. Mais le discours nationaliste ne peut masquer que la politique de privatisations massives, l’ouverture au capital étranger, la destruction des conquêtes d’Octobre 1917, la « mafiosisation » ont bradé la souveraineté nationale de ces républiques. Dans cette situation, les impérialismes – notamment l’impérialisme américain – au compte des trusts se sont jetés sur ces pays pour les piller. Pour ce faire, l’impérialisme américain disposait déjà d’un instrument : l’Otan. Loin de chercher à pacifier l’Europe, l’impérialisme américain a poussé à la militarisation du continent en développant l’Otan de manière considérable. Après la chute de l’URSS, l’Otan est passée de 16 à 30 pays membres, notamment vers l’est de l’Europe entourant ainsi la Russie de tous côtés. Car pour l’impérialisme, notamment américain, il fallait affaiblir la Russie afin de pouvoir y pénétrer plus en profondeur en-core, et la piller comme toutes les autres républiques de l’ex-URSS. (…) L’Otan n’est pas une issue pour les peuples. Le peuple ukrainien est pris en otage entre l’Otan et Poutine. Rappelons que c’est l’Otan qui est intervenue dans la guerre violente et barbare de dislocation de la Yougoslavie, bombardant des semaines durant la Serbie, frappant la population et toutes les installations militaires et civiles. Rappelons également que c’est l’Otan, sur la base des exigences américaines, qui a attaqué l’Afghanistan, en 2001. Cette guerre a ravagé ce pays, où plus de 200 000 civils ont été tués par les frappes américaines. Et qui aujourd’hui, sous le régime des sanctions, voit la famine s’étendre à toutes les populations afghanes. L’Union européenne au service des États-UnisUtilisant la guerre comme la pandémie, les gouvernements en Europe, paniqués par l’ampleur du choc qui va les opposer à leurs peuples soulevés contre les conséquences de la crise du système et contre les conséquences de l’inflation, cherchent à réaliser l’union nationale sous le mensonge de défendre l’Ukraine. Il faudrait que tout le monde se rassemble derrière Macron, président de l’Union européenne, derrière Scholz en Allemagne première puissance économique de l’Union européenne. Il faudrait, au nom du péril de la guerre en Europe ne plus revendiquer, ne plus se défendre des attaques des gouvernements. Les dirigeants de l’Union européenne se sont rangés derrière les États-Unis pour multiplier les sanctions contre la Russie. Ces sanctions vont d’abord et avant tout frapper dramatiquement les peuples de la Russie déjà appauvris par la politique de Poutine. Il suffit pour s’en convaincre de regarder les sanctions imposées à l’Iran, de même nature que celles prises contre la Russie aujourd’hui, elles n’ont que très secondairement frappé le régime mais massivement la population d’Iran. (…) L’impérialisme c’est le militarismeC’est le développement exponentiel des budgets d’armement au compte des grands groupes du secteur militaire. Le développement de l’Otan en Europe a pour résultat de surarmer les pays d’Europe : au compte des profits de l’industrie d’armement, et au détriment de la population laborieuse qui s’appauvrit. (…) L’industrie d’armement, à l’époque de l’impérialisme, est un facteur déterminant du fonctionnement de l’économie capitaliste. Elle est un besoin vital du capital confronté à la crise de son système. Et à tout moment la guerre peut exploser dans un marché mondial en plein bouleversement. (…) D’où l’inquiétude d’un certain nombre « d’experts » sur les risques d’explosions sociales car personne n’oublie les développements révolutionnaires de 2019-2020 en Algérie, au Liban, au Chili, mais aussi les manifestations aux États-Unis après la mort de George Floyd et les mobilisations en Europe, qui se poursuivent encore aujourd’hui contre les mesures prétendument sanitaires. Car tous les gouvernements du monde (qu’ils se soient prononcés pour les états d’urgence sanitaire ou qu’ils aient été négationnistes de la pandémie) ont utilisé la pandémie pour instaurer des mesures liberticides et poursuivre leur politique de contre-réformes. (…) Aucune « union nationale » !Pour la IVe Internationale, répétons-le, aucune « union nationale » n’est acceptable avec les gouvernements au service des capitalistes fauteurs de guerre, mais au contraire il est plus que jamais nécessaire de préserver l’indépendance de classe des travailleurs et de leurs organisations. L’histoire nous a montré que les travailleurs ne sauraient renoncer sous aucun prétexte à défendre leurs intérêts totalement irréconciliables avec la classe capitaliste. Cette précieuse leçon vaut en temps de « paix » comme en temps de guerre. Ni l’Otan ni Poutine ! Le Secrétariat international de la IVe Internationale, le 26 février 2022 |
