Palestine : 50 ans de la Journée de la terre (1976-2026)

Le 30 mars 1976, la grève générale qui paralyse les localités palestiniennes à l’intérieur d’Israël marque un tournant historique. Ce jour-là, les autorités israéliennes entendent mettre en œuvre l’expropriation de milliers d’hectares de terres en Galilée.

Des Palestiniens manifestent, le 30 mars 2023, dans le cadre de la 47e manifestation annuelle de la Journée de la Terre, à l'est de la ville de Gaza. (AFP) & Visuel d'appel à la manifestation pour les 50 ans de la Journée de la terre, en Palestine.
Par François Lazar avec nos correspondants en Palestine
Publié le 28 mars 2026
Temps de lecture : 2 minutes

Le 30 mars 1976, la grève générale qui paralyse les localités palestiniennes à l’intérieur d’Israël marque un tournant historique. Ce jour-là, les autorités israéliennes entendent mettre en œuvre l’expropriation de milliers d’hectares de terres en Galilée, autour de Sakhnin, Arraba, Deir Hanna, dans le cadre des plans de « judaïsation de la Galilée ». Lorsque les agriculteurs arrivent sur leurs terres pour les cultiver, ils trouvent des balises rouges indiquant « zone militaire interdite ». La réponse est inédite : un appel à la grève lancé par le Comité de défense des terres et repris dans tout le pays. La répression transforme cette journée en jour de sang : six manifestants palestiniens sont tués, des centaines d’autres blessés et arrêtés.

Pour la première fois depuis 1948, les Palestiniens de l’intérieur, rescapés de la Nakba et qualifiés de « citoyens » d’Israël, se dressent collectivement, non comme une minorité arabe qui revendique son intégration, mais comme partie du peuple palestinien luttant contre la colonisation de sa terre.

Le contexte de 1976 est celui d’une offensive frontale de l’État sioniste : confiscations massives de terres, renforcement du contrôle des villages arabes, interdictions de manifestations, campagne de peur visant à dissuader les ouvriers et employés palestiniens de se joindre à la grève. Les paysans menacés de perdre leurs terres, les ouvriers et les étudiants sont au premier rang. La grève est suivie massivement dans les villes de la Galilée, du Triangle et du Néguev, mais aussi dans les quartiers arabes des villes dites « mixtes ». C’est cette irruption de la population palestinienne de l’intérieur d’Israël, qui affirme son identité, qui marque un tournant dans la résistance à la colonisation, au point que de nombreux historiens parleront de « première Intifada » des Palestiniens de l’intérieur.

Cinquante ans plus tard, la signification de la Journée de la terre déborde largement le cadre des terres confisquées en 1976.

Comme le soulignait, Awad Abdel Fattah, ancien secrétaire général du parti Balad et coordinateur de la Campagne pour un seul état démocratique, « de plus en plus de Palestiniens, où qu’ils se trouvent entre la Méditerranée et le Jourdain, ont le sentiment de crouler sous un seul système de contrôle, de discrimination et d’oppression – un système d’apartheid colonial ». La politique mise en œuvre depuis des décennies (politiques de zonage qui étouffent les villages palestiniens à l’intérieur, extension continue des colonies et mise sous cloche des terres en Cisjordanie, blocus et destructions récurrentes à Gaza, projets d’« aménagement » dans le Néguev visant à concentrer et déplacer les Bédouins palestiniens citoyens d’Israël) a pris un cours de plus en plus violent avec le génocide à Gaza et les pogroms antipalestiniens devenus quotidiens en Cisjordanie.

Ce qui a commencé en Galilée comme lutte contre l’expropriation est devenu un symbole global de la résistance à un régime de dépossession permanente. Pourtant, la Journée de la terre n’est pas seulement un jour de mémoire. Chaque 30 mars, des manifestations ont lieu à Sakhnin, Arraba, dans le Néguev, en Cisjordanie, à Gaza et dans les camps de réfugiés, mais aussi dans les diasporas palestiniennes.

À l’intérieur d’Israël, à plusieurs reprises ces dernières années, des cortèges avec la participation significative de manifestants juifs, rappellent l’importance de la lutte pour la terre et pour les droits égaux.

Entre la mer et le fleuve, la question de la terre – qui a motivé la grève de 1976 – ne peut être séparée ni du statut des réfugiés et des déplacés, c’est-à-dire du droit au retour, ni du combat contre les formes actuelles de ségrégation, de nettoyage ethnique et de génocide revendiquées par l’essentiel de la classe politique israélienne.