Allemagne : « L’AfD est notre adversaire – pour une alternative sociale, démocratique et pacifiste »

Déclaration du cercle de coordination de l’AGBSW, 8 juillet. L’AGBSW est un regroupement de syndicalistes autour de BSW (Alliance Sahra-Wagenknecht), parti constitué en rupture avec le parti Die Linke à cause de ses positions favorables à la guerre en Ukraine.

Grève générale et manifestations en Allemagne le 10 février des personnels des services publics pour l’augmentation des salaires (photo AFP).
Par correspondant
Publié le 18 juillet 2026
Temps de lecture : 5 minutes

« Nous, syndicalistes, membres du groupe Travail et syndicat au sein du BSW (AGBSW) et du BSW, déclarons ce qui suit :

L’AfD1L’AfD est un parti d’extrême doite, que ses résultats électoraux placent en position de conclure des alliances majoritaires dans plusiers Länder (régions) allemandes est et demeure hostile aux travailleurs et constitue notre adversaire politique. Elle défend les intérêts des secteurs nationalistes de la classe capitaliste allemande.

L’AfD n’est pas un parti de la paix. Elle soutient la politique de réarmement massif et de militarisation du gouvernement Merz. Une partie de l’AfD soutient également la politique de guerre contre la Russie.

L’AfD se range aux côtés de Benjamin Netanyahou et de Donald Trump dans le génocide du peuple palestinien et, désormais, au Liban. Certains de ses dirigeants soutiennent aussi l’intervention militaire de Trump contre le Venezuela ainsi que la guerre contre l’Iran. L’AfD a été le premier parti à soutenir le programme de réarmement de Trump et le premier à réclamer que 5 % du PIB allemand soient consacrés aux dépenses militaires. Comme le chancelier Merz, elle veut faire de la République fédérale d’Allemagne une puissance militaire dirigeante de l’OTAN en Europe. Elle souhaite également rétablir le service militaire obligatoire.

L’AfD, un parti antisocial et néolibéral

Sur le plan intérieur également, l’AfD adopte une orientation très claire. Comme Merz, elle estime que l’État social est excessivement coûteux et n’est plus viable. Elle veut, de surcroît, un « État social réservé aux Allemands ». Une telle conception est contraire non seulement aux principes de l’humanité et de l’État de droit, mais aussi à la Loi fondamentale2Constitution allemande..

Dans le même temps, l’AfD veut réduire encore davantage l’impôt sur les sociétés, alléger les cotisations patronales, diminuer les impôts des plus riches et refuse toute taxation de la fortune ou des successions. Une telle politique entraînerait de nouvelles réductions des prestations sociales et de nouvelles privatisations. Elle défend le maintien du « frein à l’endettement » et entend ainsi asphyxier financièrement encore davantage l’État social et les collectivités locales. Elle s’oppose également aux entreprises publiques de logement ainsi qu’au logement social. L’AfD est liée à Donald Trump, Elon Musk et à d’autres dirigeants d’extrême droite de grands groupes technologiques et financiers, qui souhaitent instaurer en Allemagne des zones sans conventions collectives ni syndicats, à l’image de ce qui existe chez Tesla.

L’AfD est un parti hostile au mouvement syndical. Elle combat des syndicats indépendants et combatifs, les conventions collectives fortes et la cogestion, tout en voulant limiter le droit de grève. Elle souhaite affaiblir ou supprimer la protection contre le licenciement, les limitations du temps de travail et d’autres droits protecteurs des salariés. Elle est favorable à un recours accru au travail intérimaire, aux emplois précaires et à une flexibilisation du travail dans l’intérêt des employeurs. Elle s’oppose à toute augmentation du salaire minimum. Elle veut réduire encore les prestations destinées aux chômeurs et aux personnes démunies et accroître la contrainte à accepter n’importe quel emploi, aussi mauvais soit-il. Tout cela exerce une pression supplémentaire sur les salariés et conduit à une dégradation des salaires et des conditions de travail.

Au fond, l’AfD est un parti antisocial et néolibéral, qui défend les intérêts du capital contre ceux des travailleurs. Son nationalisme ne sert qu’à masquer cette réalité. (…)

Le jeu des coalitions

Le risque existe de voir, à l’avenir, une coalition gouvernementale entre l’AfD, la CDU et la CSU, c’est-à-dire avec les partis avec lesquels elle partage le plus grand nombre de positions politiques. Une telle alliance signifierait un démantèlement encore plus profond de l’État social et de la démocratie, notamment en matière économique et sociale.

L’AfD rejette les écoles à journée continue et les crèches comme institutions éducatives. Elle est opposée à une école publique commune pour tous, favorable au développement des établissements privés principalement fréquentés par les milieux privilégiés et hostiles aux programmes d’intégration. Elle combat les politiques facilitant la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle, notamment pour les mères, ainsi que l’égalité entre les femmes et les hommes. Elle défend une conception réactionnaire, patriarcale et dépassée de la famille et du rôle des femmes.

Enfin, l’AfD veut supprimer le droit individuel d’asile garanti par la Loi fondamentale aux personnes persécutées politiquement et mène des campagnes racistes contre les migrants. Son mot d’ordre est la « remigration », c’est-à-dire le renvoi forcé des immigrés vers leur pays d’origine, même lorsqu’ils vivent, travaillent et sont intégrés en Allemagne depuis des décennies et y ont fondé une famille. À l’image de Donald Trump et des opérations de l’ICE aux États-Unis, elle veut expulser les immigrés.

Pourtant, ce sont précisément les politiques de guerre de Trump qui contraignent des millions de personnes à fuir leur pays. Au lieu de harceler les migrants et de les pousser dans la clandestinité, nous revendiquons une politique active d’intégration ainsi qu’une politique visant à mettre fin aux guerres, aux guerres civiles, à l’oppression, à la pauvreté et à la destruction de l’environnement dans les pays d’origine, c’est-à-dire une politique qui s’attaque aux causes des migrations forcées.

L’AfD critique certes le rétrécissement du pluralisme des opinions, mais elle annonce simultanément vouloir intervenir dans les universités et les écoles et promouvoir des dispositifs de dénonciation. Elle souhaite prendre des mesures sévères contre les personnes qu’elle considère comme appartenant à la gauche radicale dans les administrations, les entreprises et l’ensemble des services publics, au moyen de suppressions de financements, de licenciements, d’interdictions professionnelles, d’un durcissement de la législation ainsi que d’un recours accru à la police et aux services de renseignement. Elle ne défend pas la liberté d’expression pour tous, mais uniquement pour les positions de droite, tout en voulant intensifier la répression contre les forces de gauche et internationalistes, notamment celles qui expriment leur solidarité avec la Palestine. (…)

L’AfD n’est pas un parti comme les autres. Elle s’appuie sur une conception ethno-biologique du peuple, sur des idéologies nationalistes d’inspiration völkisch3Nationaliste, populiste et raciste. et fasciste ainsi que sur des traditions et des organisations héritées du nazisme. Elle tolère ouvertement dans ses rangs des forces d’extrême droite et antidémocratiques, y compris à des postes dirigeants et dans des fonctions électives. À ce titre, elle représente une menace pour l’État démocratique et social fondé sur la Loi fondamentale.

Pour toutes ces raisons, l’AfD est résolument notre adversaire politique ainsi que celui de toutes les forces sociales et démocratiques. Notre objectif est de la combattre sur le terrain politique, par les arguments, le débat démocratique, les mobilisations et la construction d’une alternative crédible, et non par des politiques d’exclusion ou des blocages qui ne feraient que la renforcer.

Nous ne pouvons cependant pas davantage soutenir un gouvernement formé par la CDU/CSU, le SPD et les Verts, comme l’a décidé le congrès du parti Die Linke en le présentant comme un prétendu « rempart contre l’extrême droite ».  Une telle orientation reviendrait à poursuivre les politiques de guerre et le démantèlement social. Une stratégie de « cordon sanitaire » menée aux côtés des forces responsables des dérives du pays, de la colère grandissante de la population et de la progression de l’AfD ne peut que renforcer encore davantage cette dernière.

Le BSW a proposé la désignation d’un « ministre-président au-dessus des partis », gouvernant dans les parlements régionaux avec des majorités variables. Pour notre part, nous ne pouvons soutenir qu’un gouvernement qui défende et développe les acquis sociaux et démocratiques tout en mettant fin à la politique de guerre et de réarmement. Cela suppose avant tout une forte mobilisation, non seulement dans les parlements, mais aussi à l’extérieur.

Regrouper pour les droits sociaux, contre la guerre

Des centaines de milliers de personnes veulent défendre leurs droits sociaux, leurs emplois et leurs salaires. Elles manifestent dans les rues et agissent avec leurs syndicats. Des centaines de milliers d’autres veulent mettre un terme à la politique de guerre et d’austérité sociale menée par le gouvernement Merz-Klingbeil : « Baissez les armes, créez de la prospérité, pas la guerre ! Des emplois, pas le service militaire obligatoire ! »

Nous voulons construire une force politique qui porte et défende ces objectifs. La BSW doit affirmer plus clairement encore qu’elle se tient aux côtés des travailleurs salariés et de leurs familles contre la lutte de classe menée par les classes dominantes. Nous œuvrons à la constitution de majorités politiques et de gouvernements capables de mettre en œuvre une telle politique. Pour cela, nous devons défendre avec clarté les positions exposées dans cette déclaration, les faire entendre aussi bien dans les mobilisations sociales qu’au sein des institutions, et convaincre la population. C’est un chemin difficile, mais il est indispensable, et il commence ici et maintenant. »