Etat espoagnol : au sujet de la grève des travailleurs d’Airbus
Les travailleurs d‘Airbus sont en grève depuis le 1er juillet. Un article du journal espagnol Informcion Obrera revient sur la situation. Nous en publions des extraits à la veille d'une manifestion à Madrid, le 12 septembre.
- Actualité internationale, Etat Espagnol

S’il y a une chose qui apparaît clairement au moment d’écrire cet article, ce samedi 5 septembre, c’est que la grève des travailleurs d’Airbus, qui dure depuis 33 jours, depuis le 1er juillet, va permettre d’obtenir d’importantes revendications qui, il y a encore quelques mois, semblaient impossibles.
On peut déjà considérer comme une victoire le fait de récupérer, pour les quatre prochaines années, l’actualisation des salaires en fonction de l’Indice des prix à la consommation réel (IPC), quelque chose qui avait été perdu depuis longtemps. De même, l’entreprise accepte la nécessité de récupérer une partie de la perte de pouvoir d’achat subie ces dernières années, fixée à 7,95 %, à répartir en plus sur les quatre prochaines années, en ajoutant chaque année 2 % à l’IPC réel (1,95 % la dernière année).
Tout cela s’ajoute à d’autres mesures qui améliorent les propositions précédentes, notamment : le maintien des deux jours de télétravail et du complément en cas de maladie, avec restitution des sommes déjà retenues ; la possibilité pour les travailleurs de choisir deux semaines de vacances (au lieu d’une seule, comme le souhaitait l’entreprise) ; des garanties concernant le respect de la convention collective pour les travailleurs de la division spatiale qui seront transférés dans une autre entreprise ; des améliorations concernant la restauration collective, etc.
Tout cela sera obtenu grâce à une grève très importante, au cours de laquelle le personnel a imposé une mobilisation à partir des assemblées générales, dépassant et mettant face à leurs responsabilités tous les syndicats, et bouleversant les méthodes de fonctionnement et les pratiques habituelles de la direction.
La grève place la direction sous haute pression
La grève remet en question la livraison dans les délais de 452 des 870 avions qu’Airbus s’est engagé à livrer dans le monde entier au cours de l’année 2026. Elle affecte toutes les chaînes de production et tous les modèles, épuise les stocks et met même en danger d’importantes commandes militaires de plusieurs gouvernements. La direction d’Airbus subit donc des pressions de la part de ses clients, de ses actionnaires et des ministères de la Défense de certains pays.
En fait, l’entreprise a écarté la direction espagnole d’Airbus et placé à la tête des négociations la responsable mondiale de la division militaire, car la grève en Espagne pourrait s’étendre à d’autres pays et mettre en danger le processus accéléré de réarmement en Europe, qui se prépare aux guerres sous les ordres de Trump.
Les manœuvres sordides visant à diviser le personnel, le refus d’écouter et de négocier réellement avec l’assemblée et les organisateurs de la grève, les chantages et les habituels messages destinés à faire peur – menaçant de ne plus procéder à de nouvelles embauches ou de délocaliser la production des usines espagnoles – n’ont ni intimidé ni fait reculer les grévistes, aussi bien ceux des bureaux que ceux des ateliers. Ceux-ci disent stop à tant de pratiques patronales autoritaires et ont anéanti la crédibilité des représentants syndicaux qui ne se sont pas mis au service du mandat des travailleurs en grève et qui se sont moqués d’eux sans aucune honte.
Des provocations pour chercher à casser la grève
Le 4 septembre, une réunion s’est tenue au ministère de l’Industrie afin de tenter de régler le conflit. Le gouvernement espagnol y a présenté une proposition à la direction de la multinationale, représentée par son propre PDG, Guillaume Faury, ainsi qu’à la majeure partie de la représentation des travailleurs : CCOO, SIPA, ATP et UGT1Commissions ouvrières (CCOO), Syndicat indépendant des professionnels de l’aviation (SIPA), Association des travailleurs professionnels (ATP) et Union générale des travailleurs (UGT).. La proposition a été très bien accueillie par toutes les parties et sera présentée et expliquée par chacune d’elles, tant lors de l’assemblée des personnes en grève que lors d’autres réunions d’information, avant d’être finalement soumise à un référendum auprès de l’ensemble du personnel.
Il faut préciser que, lors de cette réunion, l’entreprise a mis son veto à la présence de deux des trois syndicats qui, avec l’UGT, composent le comité de grève : la CGT et l’UTIL2Syndicat professionnel « Utile » – littéralement en français.. Bien qu’ils aient été invités par le gouvernement et qu’ils se soient rendus à la convocation, les porte-parole de ces syndicats n’ont pas pu entrer dans la réunion, même s’ils ont reçu, comme les autres, la proposition du gouvernement. La colère, l’arrogance et le manque de respect de l’entreprise envers l’assemblée des travailleurs en grève – et pas seulement de sa part – sont si importants que la direction a réalisé ce geste irresponsable et honteux qui, en réalité, n’est rien d’autre qu’une provocation grossière cherchant désespérément à épuiser et à faire échouer les grévistes afin de sauver la face des interlocuteurs que l’entreprise préfère.
Cet affront constitue, disons-le ainsi, plutôt une charge explosive empoisonnée visant à provoquer une erreur de la part des grévistes et des syndicats qui organisent la grève.
La place du gouvernement espagnol
Ce qui est une véritable honte, c’est que le ministre de l’Industrie, Jordi Hereu, ait accepté cette exigence du plus haut dirigeant d’Airbus, alors qu’il sait que l’intervention du gouvernement constitue le dernier recours d’une entreprise qui n’a pas voulu négocier de bonne foi avec les grévistes. Le ministre sait que le comité de grève d’Airbus va poursuivre l’entreprise pour « ouvrir des forums parallèles de négociation », après que celle-ci a fermé la table de médiation du SIMA3SIMA : Service interconfédéral de médiation et d’arbitrage. relative à la grève, afin de poursuivre les négociations dans une autre table de médiation-piège demandée par l’entreprise elle-même, avec les représentants syndicaux qui ne soutiennent pas la grève. Cette deuxième médiation a même dû être interrompue, car SIPA a déclaré qu’il ne voulait pas être complice de cette manœuvre.
Quoi qu’il en soit, on ne peut offenser que celui qui peut l’être, et l’essentiel aujourd’hui est que, malgré toutes les manœuvres, la proposition présentée par le gouvernement a dû intégrer d’importantes améliorations et des changements notables par rapport aux offres précédentes de l’entreprise. Elle a également dû être remise à toutes les parties afin qu’elles puissent l’évaluer.
Le dernier mot revient aux travailleurs
Le plus important maintenant est que ce soit d’abord lors de l’assemblée des travailleurs en grève que les syndicats membres du comité de grève présenteront et expliqueront la proposition du gouvernement. Chacun pourra donner son point de vue et débattre de l’acceptation ou non de la proposition, de ses avantages et de ses inconvénients. On pourra constater tout ce qui a été obtenu grâce à la grève, il faudra reconnaître qu’il s’agit d’une victoire historique et décider s’il faut ou non poursuivre les arrêts de travail afin d’essayer d’améliorer plusieurs points ou de rejeter l’arrogance et le manque de respect envers le personnel, illustrés par le fait d’avoir empêché l’ensemble du comité de grève d’entrer dans la réunion au ministère.
De leur côté, l’entreprise et les syndicats qui ne soutiennent pas la grève ont également annoncé qu’ils organiseraient un processus d’explication de la proposition et prépareraient un autre référendum afin que l’ensemble du personnel puisse se prononcer, même s’ils n’ont pas annoncé de date et qu’il ne semble pas que celui-ci soit aussi imminent que celui organisé en juillet, dans l’attente de la décision de l’assemblée.
Si la proposition est approuvée lors de ce référendum, l’accord sera signé. CCOO, SIPA et ATP ont déclaré que la proposition leur convenait. En réalité, des propositions antérieures, bien moins favorables et qui n’incluaient ni l’IPC réel ni la récupération de près de 8 % du pouvoir d’achat perdu jusqu’à présent, leur convenaient déjà. L’entreprise a dû améliorer considérablement ses offres précédentes pour avoir une chance d’inverser le résultat défavorable obtenu lors du référendum de juillet.
Une manifestation convoquée à Madrid par le comité de grève le 12 septembre
L’UGT, seul membre du comité de grève à avoir participé à la réunion au ministère, a déclaré que, bien qu’il n’ait signé aucun préaccord ni aucun accord avec l’entreprise et le gouvernement, il était favorable à son acceptation et qu’il allait transmettre cette position à l’assemblée. Dans tous les cas, indépendamment des opinions et des réserves de chacun, les syndicats du comité de grève – CGT, UGT et UTIL – se sont engagés à respecter le mandat de l’assemblée.
À l’horizon se profilent les élections syndicales qui auront lieu en septembre de l’année prochaine dans tous les établissements. Le comportement de chaque syndicat face à cette grève pourra alors avoir des conséquences. En 2028 commencera la négociation de la nouvelle convention collective, même si les augmentations salariales des deux premières années ont déjà été négociées.
La manifestation convoquée par le comité de grève pour le samedi 12 septembre à Madrid est confirmée. Elle partira d’Atocha pour rejoindre le ministère de l’Industrie, et des travailleurs des usines d’Andalousie et de Castille-La Manche y participeront également.
Ce sera sans aucun doute une excellente occasion pour l’ensemble des travailleurs, des jeunes et de leurs organisations de soutenir la lutte et la grève chez Airbus, qui peuvent constituer un exemple pour les travailleurs des autres pays où l’entreprise est implantée et pour l’ensemble de la classe ouvrière de notre pays (…) .
Les intertitres ont été ajoutés par la rédaction d’Informations ouvrières.
