« Réfléchissons par nous-mêmes »

Une lectrice, investie dans un groupe d'action LFI-Nupes, nous a fait part du message qu'elle a adressé à ses camarades. Avec son accord, nous le reproduisons.

Dans la marche du 16 octobre, à Paris, contre la vie chère (photo correspondant)
Par > Verbatim
Publié le 21 décembre 2022
Temps de lecture : 4 minutes

« Cher Lucien et chers amis de la LFI de Béziers,

Je me permets de réagir à cette avalanche d’articles et de réactions concernant les deux aspects d’une même chose : l’affaire Quatennens et la question de la démocratie suite à la réunion du 10 décembre.

Etant entendu que, comme militante du POI, je ne veux pas m’immiscer dans les affaires internes, mais qu’en même temps, partie prenante de groupes d’action et de la Nupes, cet étalement public ne peut que m’interpeller.

Mon avis est le suivant : l’animosité des médias et des figures politiques traditionnellement hostiles au mouvement ouvrier et aux conquêtes sociales n’a rien à voir ni avec la démocratie au sein de la LFI dont ils se moquent éperdument, ni avec le droit des femmes dont ils se moquent tout autant.

Tout cela est une opération pour chercher à déstabiliser la LFI et au-delà, la Nupes. Cette déstabilisation n’est pas sans rapport avec ce qui murit dans le pays, en particulier la volonté de réaliser l’unité pour barrer la route à Macron sur la question de la réforme des retraites. Ce mouvement est d’ailleurs appuyé sur de multiples grèves dans la dernière période.

C’est également en rapport avec la crise de l’exécutif, avec dix 49.3 alignés en quelques semaines, un groupe parlementaire ébranlé, de même que des « affaires » sur l’arène internationale qui n’arrangent pas ceux qui ont tant vanté les vertus de l’Union européenne.

Si je vous lis bien, il y aurait des scissions dans certains départements sous cette pression.

Des interrogations sincères

Je comprends tout à fait que des militants tout à fait sincères se demandent comment améliorer la démocratie, cherchent les voies de la construction d’un outil où les décisions pourront être prises collectivement, etc.

De même, je comprends que des militants se demandent si le fait de sanctionner encore plus durement Quatennens ne servirait pas la cause des femmes. Je comprends qu’il y ait dans ces réactions des raisonnements ou questionnements qui sont sains. Ce qui ne l’est pas en revanche, c’est que tout cela se fait sous la pression et le feu nourri de ceux qui souhaiteraient que ce qui a été construit disparaisse. Car une déstabilisation de la LFI reviendrait mécaniquement à remettre en cause la Nupes. Nos ennemis chercheront toujours le moindre prétexte pour nous liquider, en utilisant des débats qui devraient rester entre nous.

Cet affaiblissement pour permettre de poursuivre la politique actuelle, c’est bien l’objectif de Macron et c’est cela et rien d’autre qui explique la montée en épingle et de l’acharnement contre un des nôtres, en utilisant des mots aussi forts que « purge » pour parler de notre mouvement.

Bien sûr, la démocratie est importante. Mais elle ne se résume pas à la présence dans une instance de tel ou tel. On ne peut pas trouver qu’une instance est démocratique car on est dedans, et totalement antidémocratique car on n’y est pas.

Les députés organisent partout des réunions où la parole est libre, donnée aux militants, mais aussi à la population.

Quel autre mouvement redonne ainsi la parole à ceux qui ne l’avaient jamais ?

Un ami m’a raconté comment, à Montpellier, des habitants d’un quartier avait saisi une députée sur le délabrement d’une résidence, et que l’affaire ayant été ventilée dans la presse, le maire a été contraint de débloquer 200 000 euros immédiatement. Alors même que depuis au moins un an, ce même maire expliquait qu’il ne pouvait rien faire légalement. Ceci a donné lieu à une prise de parole au sein de la réunion de circo organisée par la députée.

Avant, les réunions avec les députés, c’était une heure et demi de compte rendu ennuyeux, et deux minutes de questions vers la fin (et encore). Nous avons tourné la page.

Quel autre mouvement redonne ainsi la parole à ceux qui ne l’avaient jamais ? Quels députés en dehors de la Nupes peuvent se vanter de pouvoir être interpellés par des habitants, et de mener dans la foulée une action ? N’est-ce pas un aspect profondément démocratique, en direction de la population, bien plus important que de savoir qui compose tel instance ?

Et on devrait mettre tout cela à terre car des médias aux ordres orchestrent une campagne de presse, cherchant à se saisir des propos tel ou tel dans leur opération de déstabilisation ?

A-t-on les yeux rivés sur les besoins de la population ou sur les carrières individuelles ?

Qui peut dire qu’il est empêché de parler d’ailleurs, quand tout s’étale publiquement, y compris à la une de Libé ?

Au contraire : serrons les rangs. Pas aveuglément, pas par suivisme de consigne en répétant des phrases comme des perroquets, mais en réfléchissant par nous-mêmes, en constatant que les outils dont nous disposons sont précieux et que rien ne doit être entrepris qui pourrait entamer ce que des milliers de militants ont investis.

Tout cela n’épuise pas le sujet, mais doit-nous inciter à réfléchir à notre place et à nos responsabilités dans la période qui vient. La lutte de classe va s’inviter dans le calendrier parlementaire, nous devons donc avoir nos GA en ordre de marche par la volonté et l’intelligence collective.

Aussi, continuons de préparer notre AG de circo du 15 janvier. Et voyons ensemble comment participer à la marche contre la réforme des retraites décidée par les orgas de jeunesse du 21 janvier.

Au plaisir de pouvoir en discuter au prochaine GA.

Maryse »

(Les titre et intertitres sont de la rédaction d’Informations ouvrières)