Reportage dans le quartier de Cheikh Jarrah de Jérusalem
« Etre le voisin d’Itamar Ben-Gvir, c’est apprendre à combattre le fascisme et le racisme ». Entretien avec Raeda Ghazi, du quartier de Cheikh Jarrah, à propos de son « voisin » raciste, Itamar Ben-Gvir, membre de la Knesset.
- International, Palestine

Présentation
Le 12 décembre, un article d’Amira Hass, publié dans le journal israélien Haaretz, indiquait : « Un document interne de l’administration civile, sous la forme d’une carte et d’un tableau Excel, montre l’étroite coopération entre l’Etat et les colons pour déposséder les Palestiniens (…). Ce document révèle la volonté des colons israéliens d’évincer les “Arabes” de Cisjordanie. »
Dans les moindres détails, il s’agit de contrôler la vie quotidienne, l’ensemble des conditions d’existence de la population palestinienne, pour lui nuire le plus efficacement possible.
Cette politique, renforcée par les partis sionistes qui viennent d’accéder au pouvoir dans l’Etat d’Israël, représente l’évolution logique et consciente d’une politique d’apartheid totalement assumée. La vieille ville de Jérusalem, c’est-à-dire son centre historique, est un enjeu majeur pour les sionistes qui œuvrent à en évincer la population palestinienne, qui y est toujours très majoritaire. L’extrême violence des colons, qui ne font qu’un avec l’armée d’occupation, rencontre une résistance acharnée de la population palestinienne. Le témoignage de Raeda Ghazi en est une illustration.
Raeda Ghazi, mère de six fils, vit dans le quartier de Cheikh Jarrah, à Jérusalem. Elle est une militante connue pour sa lutte contre les colons et la colonisation à Jérusalem. Trois de ses fils purgent des peines de prison dans des prisons israéliennes, accusés par les tribunaux d’avoir « agressé et attaqué des colons juifs » dans le quartier de Cheikh Jarrah.
Il y a trois ans, des colons israéliens ont pris d’assaut le quartier et se sont emparés d’un certain nombre de maisons. Parmi ces colons se trouvait Itamar Ben-Gvir, député ouvertement raciste, qui doit devenir le ministre de la Sécurité intérieure dans le nouveau gouvernement de Netanyahou. La famille palestinienne qui vivait dans la maison prise d’assaut par Ben-Gvir avait été expulsée du village de Lifta en 1948. Raeda Ghazi vit dans une maison qui se trouve juste à côté de celle occupée par Ben-Gvir lui-même. Pour se rendre chez Raeda, il faut franchir de nombreux check-points, et il est interdit de prendre des photos des maisons occupées par les colons.
Quel est le quotidien, ici, à Cheikh Jarrah ? Raeda Ghazi : La vie ici est difficile et compliquée. Nous vivons toute la journée sous la menace de Ben-Gvir et des colons. Ils n’arrêtent pas de nous harceler, d’insulter et de nous humilier, de nous insulter jour et nuit, nous menaçant avec des armes, tout en étant sous protection policière. Ils s’introduisent dans nos maisons et nous attaquent sur les ordres de Ben-Gvir. Je ne peux pas vous décrire ce que ma famille et moi vivons, quand la personne qui vit à côté de vous est une personne raciste et fasciste qui appelle au meurtre des Arabes et à la déportation des gens de ce pays de leur patrie.
Je vis dans ce quartier depuis trente-deux ans, mais moi et mes enfants seront bientôt expulsés et ma maison sera la propriété des colons liés au groupe de Ben-Gvir. Trois de mes enfants sont dans des prisons israéliennes sous prétexte d’avoir agressé des colons, et l’un d’eux parce qu’il leur aurait causé des atteintes psychologiques ! Non seulement ils s’installent dans nos maisons et perturbent notre vie quotidienne, mais ils s’emploient également à contacter les employeurs israéliens pour les dissuader de faire travailler des jeunes de Cheikh Jarrah pour empêcher les jeunes de vivre et de travailler. C’est ce qui s’est passé avec mes fils. Leurs employeurs israéliens les ont licenciés à la demande de Ben-Gvir. Peux-tu nous décrire l’activité que tu mènes à Cheikh Jarrah contre les colons ?
L’Etat d’Israël poursuit son projet de colonisation depuis 1948, non seulement à Jérusalem, mais aussi en Cisjordanie et dans les régions de 1948 (intérieur de l’Etat israélien, Ndt). Maintenant, avec Ben-Gvir dans le nouveau gouvernement israélien, il y aura encore plus d’oppression et d’abus contre les Palestiniens, d’autant plus que Ben-Gvir sera aussi responsable du prétendu « développement du Néguev et de la Galilée ». Ce qui signifie clairement pour tous les Palestiniens plus de confiscations de terres et de démolitions de maisons dans le Néguev et les territoires de 1948. Cela signifie que, nous, à Jérusalem, en Cisjordanie et à l’intérieur, nous devons être unis dans la lutte contre la politique de colonisation, qui vise tous les Palestiniens partout où ils se trouvent. Toutes les pressions et intimidations exercées sur moi et mes fils par les colons ne nous dissuaderont pas et ne nous effrayent pas. Les habitants de Jérusalem n’ont pas peur. Nous continuerons la lutte, car cette terre est notre terre, et ce pays est notre pays du fleuve à la mer, et nous ne le quitterons jamais. |
