Le « premier moteur » de la hausse des prix : les profits capitalistes

Et ce n'est pas nous qui le disons…

Elisabeth Borne est accueillie par les entrepreneurs français lors la 5e réunion organisée par le Medef, le 28 août (Photo AFP);
Par Yan Legoff
Publié le 15 septembre 2023
Temps de lecture : 2 minutes

Les grands groupes capitalistes ont mis en scène, avec la complicité du gouvernement Macron, la remise de leurs oboles aux Restos du cœur. Des commentateurs aux ordres ont fustigé quiconque osait condamner cette opération hypocrite.

Pourtant, au même moment, le journal patronal Les Échos rappelle lui-même une chose : « Les marges des entreprises continuent de nourrir l’inflation », titre-t-il le 7 septembre.

Autrement dit : les grands groupes capitalistes sont des affameurs qui se prétendent généreux envers les pauvres.

« Un montant jamais vu par le passé »

Au deuxième trimestre, le taux de marge des entreprises a encore progressé, pour atteindre « 1,6 point de plus qu’en 2018, avant la crise Covid », détaille l’économiste Mathieu Plane, de l’OFCE. Ce qu’on appelle en termes techniques « l’excédent brut d’exploitation » des entreprises a atteint « un montant jamais vu dans le passé » (125 milliards d’euros d’avril à juin 2023), précise encore le directeur général de l’institut Rexecode, proche des milieux patronaux.

Le journal Les Échos ajoute : « Les entreprises ont profité du recul du prix de l’énergie et de nombreuses matières premières, sans répercuter la baisse pour le moment (…). En parallèle, les prix pratiqués par les entreprises françaises ont progressé plus vite que les salaires, de 2 points environ, selon les calculs de Mathieu Plane. »

Un autre expert cité par Les Échos chiffre aussi qu’au deuxième trimestre, « les marges des entreprises ont été le premier moteur de l’inflation en France en contribuant à hauteur de 3,4 points à la hausse des prix ».

 

Un Français sur trois ne peut s’assurer trois repas quotidiens

Le baromètre français de la pauvreté et de la précarité, produit par Ipsos et le Secours populaire, a été rendu public le 5 septembre, décrivant une situation alarmante. Près d’un sur cinq (18 %) vit à découvert, un chiffre en hausse de 3 points en un an, notent les auteurs. « La situation sociale est toujours plus difficile pour une partie importante des Français, commente Pierre Latrille, chef de groupe chez Ipsos. La hausse des prix impacte le budget et la vie courante. On observe des difficultés concrètes, des privations au quotidien, particulièrement auprès des catégories les plus populaires. »
Près d’un tiers des sondés est en difficulté pour assurer trois repas par jour, et « il est très probable que cette proportion soit plus élevée cette année » selon l’expert.