Vers une généralisation du SNU ?
Si le gouvernement entend bien aller vers une généralisation du Service national universel dans la jeunesse, il s’interroge encore sur les formes et les moyens pour y arriver du fait de son rejet majoritaire dans la jeunesse.
- Jeunes

Interviewé par le média en ligne Brut, mardi 19 septembre, Prisca Thévenot, secrétaire d’État au Service national universel et à la Jeunesse, est revenu sur la mise en œuvre du SNU : « L’enjeu, c’est de faire en sorte que ce Service national universel devienne un passage républicain pour toute une génération » précisant vouloir tendre vers une « obligation qui sera une généralisation ».
La presse a vite relevé que ces propos tranchaient avec ce que la secrétaire d’État avait déclaré le 4 août dernier sur Franceinfo : « Il n’y aurait rien de pire que de forcer un jeune à aller faire le Service national universel. Ce serait même contreproductif. »
Gabriel Attal, actuel ministre de l’Éducation nationale et prédécesseur de Prisca Thévenot, a été chargé de mettre en place le SNU en 2019. Il avait déjà annoncé que son caractère serait à terme obligatoire.
Oui, mais voilà : depuis, le gouvernement est contraint d’ajuster. Vivement critiqué par les mouvements de jeunesse pendant la réforme des retraites, le SNU n’a pas convaincu autant de jeunes qu’espéré. Ce stage de cohésion avait recensé 2 000 volontaires en 2019, 15 000 en 2021, et 32 000 en 2022 alors que son objectif annoncé est d’en accueillir… 50 000 par an.
Au printemps dernier, le peu de participants aux villages itinérants du SNU partout en France, et les rassemblements systématiques contre leur tenue donnaient une indication : les jeunes, et avec eux, leurs parents et leurs enseignants, ne veulent pas du SNU.
Ils ne veulent pas de mise au pas ou d’un quelconque stage de « cohésion » pour préparer la jeunesse à la guerre. Ce qu’ils veulent, c’est le droit à un avenir, et pour ça, le droit à l’école, à l’enseignement, aux diplômes… systématiquement remis en cause par le gouvernement.
La mise au pas de la jeunesse
Le gouvernement en tient compte et ajuste la mise en œuvre de son projet controversé car sur le fond, il n’entend pas lâcher. En témoignent les propos d’Olivier Véran, porte-parole du gouvernement lors du point presse organisé à l’issue du Conseil des ministres mercredi 20 septembre : « Nous souhaitons envisager toutes les voies et moyens pour que le SNU puisse profiter à l’ensemble des générations qui sont concernées. Par quelle voie, par quel moyen, pour qui, pour quand ? Ça reste encore effectivement à éclaircir mais vous connaissez notre objectif. »
Parmi les possibilités, Gabriel Attal a laissé entendre lors d’instances de l’Éducation nationale que les élèves de seconde pourraient être convoqués au SNU au mois de juin, profitant ainsi de la vacance des enseignants, réquisitionnés pour la surveillance et la correction des épreuves de spécialité, récemment décalées en juin.
Le président de la commission des lois et député macroniste, Sacha Houlié, reconnaît qu’il y a « pas mal de choses à revoir avant la généralisation du SNU ». Le SNU attire « plutôt des gens issus des CSP + », ce qui n’était « pas tout à fait la cible au départ ». Et pour cause, comme pour la loi « séparatisme » de 2021, la cible prioritaire reste les jeunes habitant les quartiers populaires, soupçonnés de ne pas respecter les « principes républicains » et la « laïcité » telle que conçus par la macronie. Les mêmes à qui on interdit l’abaya depuis la rentrée. Tout le monde au garde à vous, enseignants comme élèves, voilà ce que voudrait Macron.
