Israël, une armée qui tu­­­­e aussi des journalistes

Une réunion publique à la bourse du travail de Paris : « Guerre à Gaza : journalistes tués, l’information victime »

Des journalistes transportent le corps d’un collègue palestinien, Sari Mansour, tué lors de l'attaque israélienne dans la ville de Gaza, le 18 novembre, (AFP).
Par Yan Legoff
Publié le 14 décembre 2023
Temps de lecture : 2 minutes

Le 7 décembre, à la bourse du travail de Paris, se tenait une réunion publique à l’invitation des syndicats de journalistes1SNJ, SNJ-CGT, CFDT journalistes, FO journalistes, Fédération internationale des journalistes.. Son thème : « Guerre à Gaza : journalistes tués, l’information victime » .

Parmi les orateurs, le président du syndicat des journalistes palestiniens, Nasser Abu Baker, qui a été pendant vingt ans correspondant de l’Agence France-Presse, et Dominique Prédalié, président de la Fédération internationale des journalistes (Fij).

Cette dernière rapporte : « Plus de 65 journalistes ont été tués à Gaza en deux mois. C’est tout petit comparé à toutes les victimes. Mais pourquoi un tel massacre de journalistes, pourquoi on les a ciblés pour une partie d’entre eux ? C’est pour les empêcher de témoigner pour le monde entier. »

Nasser Abu Baker a fait précisément état de l’extraordinaire difficulté du travail de ses collègues qui transmettent des informations au péril constant de leur vie, dont les familles ont été décimées, menacées, intimidées, ciblées délibérément par l’armée israélienne. Et de conclure : « L’occupant israélien transmet des informations, des photos falsifiées, et il tue des journalistes (…). Comment accepter que les gouvernements occidentaux vendent des armes pour tuer plus de 7 000 enfants ? Comment n’ont-ils pas honte devant leurs peuples ? C’est un crime contre le peuple palestinien, c’est un crime contre l’humanité, contre les droits de l’homme. »

Une hécatombe sans précédent

La présidente de la Fédération internationale des journalistes reprend la parole à sa suite : « C’est la première fois que la Fédération vit ça, un Etat qui tue des journalistes. Tous les ans, 20 ou 30 journalistes sont assassinés dans le monde. En général, par des mafias, par des cartels, par des intérêts privés. Mais jamais, ou extrêmement rarement, par des Etats. Là, vous avez un Etat, que nous avons saisi, nous, la Fij, il y a deux mois, pour lui dire : “Attention, le droit international vous impose de protéger les civils, tous les civils ; les journalistes sont des civils, ce sont des observateurs.” Et il nous a été répondu, pas directement bien sûr, qu’on ne peut rien garantir et surtout pas pour les journalistes. A partir ce moment-là, on a compris qu’on était dans un autre monde. Aucun Etat démocratique ne peut se permettre de tuer, de massacrer des civils, des journalistes, des humanitaires (…). »  

Et d’ajouter : « On parle de guerre. Mais, dans une guerre, d’habitude, il y a un front, il y a des armées. Là, tout ce qu’on sait depuis le début, c’est qu’il y a, selon l’armée israélienne, 120 000 bombes et missiles, je crois, qui ont été largués sur une petite bande de terre qui fait 40 km de long sur 10 de large et où il y a au moins 2 millions de personnes qui y vivent. Où est le droit international ? »

Dominique Prédalié ciblera plus tard aussi le gouvernement français : « Que fait-on en notre nom ? Il a été dit que le gouvernement ne livrera pas d’armes. Eh bien, si, des armes ont été livrées ! (…) Tous les journalistes qui ont travaillé sur des questions d’armement ont tous été inquiétés par les services secrets français, mis en garde à vue, convoqués, que les armes aient servi au Yémen pour tuer des civils, que des systèmes de contrôle ont été livrés à l’Egypte pour tuer des opposants. C’est fait en France, en notre nom et avec notre argent. »