20 milliards de coupes supplémentaires l’an prochain

Ce n’est pas douze mais bien vingt milliards d’économies que le gouvernement veut imposer, en 2025, sur ses dépenses et sur la Sécurité sociale, cette dernière étant particulièrement visée.

Une visite médicale, en Corse, le 16 mai 2023. (AFP)
Par Nicoles Bernard
Publié le 18 mars 2024
Temps de lecture : 3 minutes

Pourtant, d’après le Haut Conseil du financement de la protection sociale (16 janvier 2024), « le redressement des comptes s’est bien poursuivi en 2023 ». L’année 2023 a même vu, d’après ce Haut Conseil, « une poursuite de l’amélioration des comptes sociaux ». « Pour l’assurance chômage, le solde est redevenu excédentaire » . Et cela, malgré une aggravation de 20 milliards des pertes dues aux exonérations de cotisations. 20 milliards ! Comme par hasard !
On sait à quoi est due cette amélioration des comptes ! Le démantèlement de l’assurance chômage, l’étranglement des hôpitaux, la stagnation des retraites alors que l’inflation continue, etc.

Payer pour la guerre

Et pourtant, c’est quand les comptes s’améliorent que le gouvernement annonce des mesures drastiques ! Preuve que son plan n’a rien à voir avec la situation financière de la Sécu ! Mais, par contre, tout à voir avec la marche à la guerre qui s’accélère. Et comme à chaque fois, c’est sur le peuple que les milliards nécessaires pour les armes, les troupes et l’arsenal guerrier sont prélevés.

C’est-à-dire, soyons clairs, sur les services publics déjà exsangues et sur la Sécurité sociale déjà saignée en 2023 via la réforme des retraites et le doublement des franchises médicales. C’est donc bien le peuple qui est sommé de payer pour la guerre.

Malheur à celui qui ne travaille pas soit parce qu’il est malade soit parce que son entreprise a licencié, soit parce qu’il avance en âge. Cible d’un Premier ministre qui a annoncé privilégier « un modèle social plus efficace et moins coûteux » et, pour cela « mieux tourné vers le travail ». Exactement à l’opposé de l’ordonnance du 4 octobre 1945 sur la Sécurité sociale qui stipule, dans son article 1er : « Il est institué une organisation de la Sécurité sociale destinée à garantir les travailleurs et leurs familles contre les risques de toute nature, susceptibles de réduire ou de supprimer leur capacité de gain, à couvrir les charges de maternité et les charges de famille qu’ils supportent » .

Pour l’ordonnance de 1945, celle, celui, qui ne peut pas travailler parce qu’il est malade, qu’elle attend un enfant, qu’il ou elle est invalide, accidenté, trop âgé, quelle qu’en soit la raison, bénéficie des prestations garanties pour continuer à vivre, lui et sa famille. D’un côté, la rapacité capitaliste ; de l’autre, la solidarité ouvrière qui garantit qu’on peut faire face quels que soient les aléas de la vie.

Les grands malades ciblés

Comment le gouvernement veut-il récupérer ces 20 milliards ? En tapant sur les plus fragiles. La preuve ? Sa première cible est les grands malades. L’ordonnance du 19 octobre 1945 prévoyait que la personne souffrant d’une maladie grave (ou longue) bénéficiait de la couverture intégrale de tous les soins nécessaires, pour que plus personne ne soit obligé de choisir entre manger et se soigner. Cet acquis essentiel est un des facteurs de l’espérance de vie en France.

64 % des dépenses de l’assurance maladie sont consacrées aux 12 millions de malades reconnus atteints d’affections de longue durée (ALD). Ce qui est normal. C’est pour eux que la Sécurité sociale a été bâtie : pour que personne ne soit empêché de se soigner car il n’a pas les moyens.

Ce n’est déjà plus totalement vrai en raison de l’insuffisance des structures médicales. Mais cela permet encore à certains malades de bénéficier des derniers progrès médicaux. Est-ce juste ? C’est avec cela que ce gouvernement, prenant la suite de quelques prédécesseurs (notamment Seguin en 1986, Douste-Blazy en 2004), veut en finir. Bruno Le Maire appelle les soins pour les grands malades « une dérive » (Le Monde, 7 mars)

« Les prochains mois promettent aux Français des choix douloureux » , annonce Le Figaro du 7 mars Enfin, pas à tout le monde ! C’est ainsi que Bruno Le Maire promet « d’alléger la charge fiscale qui pèse sur les entreprises en poursuivant la baisse des impôts de production » .

Allégement de la charge fiscale des entreprises, réduction des allocations chômage, ponctions sur les malades. Et cela alors que « le CAC 40 passe le cap historique des 8 000 points » (Les Echos, 8 mars). Taper sur les plus fragiles pour enrichir ceux qui exploitent le travail d’autrui. Ça s’appelle le capitalisme.