Macron voudrait faire basculer le pays dans la guerre. Les jeunes, les travailleurs n’en veulent pas !

Le 15 mars, l’institut de sondage Ifop publie un sondage d’opinion : Emmanuel Macron satisfait 28 % des Français et en mécontente 72 %. Le directeur de l’Ifop souligne « le mécontentement très vif à l’égard du président (qui) se concentre principalement sur l’Ukraine ».

Par Carlos Afonso
Publié le 19 mars 2024
Temps de lecture : 4 minutes

De nouveau ces derniers jours, dans la presse et les chaînes de télévision, Emmanuel Macron persiste et signe au sujet de l’envoi de troupes françaises en Ukraine. « Peut-être qu’à un moment donné – je ne le souhaite pas, n’en prendrai pas l’initiative – il faudra avoir des opérations sur le terrain, quelles qu’elles soient, pour contrer les forces russes. La force de la France, c’est que nous pouvons le faire.  » (Le Parisien, 16 mars).

Les déclarations de Macron se heurtent à des résistances, et il en a bien conscience

Selon le politologue Bruno Cautrès : « Tout le monde avait retenu de sa première prise de parole qu’il pourrait y avoir un jour des soldats français en Ukraine. L’opinion française n’y est pas favorable et cette déclaration avait un potentiel anxiogène extrêmement élevé.  »

En effet, selon le journal L’Opinion, sept Français sur dix y seraient opposés. Le 15 mars, l’institut de sondage Ifop publie un sondage d’opinion : Emmanuel Macron satisfait 28 % des Français et en mécontente 72 %. Le directeur de l’Ifop souligne « le mécontentement très vif à l’égard du président (qui) se concentre principalement sur l’Ukraine.  »

Préparer la guerre…

Dans une tribune publiée dans le quotidien Libération, le président du Conseil européen, le belge Charles Michel, appelle les gouvernements à adopter un « esprit nouveau en matière de sécurité et de défense » et reprend à son compte la veille maxime belliqueuse : « Si nous voulons la paix, il faut nous préparer à la guerre ».

Ou sa version latine « Si vis pacem, para bellum » employée à son tour par le général Pierre Schill, chef d’état-major de l’armée de terre française, dans une tribune publiée le 19 mars dans Le Monde intitulée « L’armée de terre se tient prête ».

Le 18 mars, le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, se rend sur le site du centre nucléaire de production d’électricité de Civaux, dans le département de la Vienne. Les enjeux sont expliqués par un communiqué de presse de la société EDF : « EDF a été saisie par l’Etat, afin de réaliser un service d’irradiation à la centrale nucléaire de Civaux (…) ». Et d’expliquer qu’un tel service « consiste à insérer dans le cœur du réacteur de la matière pour la rendre radioactive. » Il s’agit donc de mobiliser les deux réacteurs de la centrale nucléaire de Civaux pour participer à la production du tritium, « un gaz rare indispensable aux armes de dissuasion ».

Est-ce un pas donné dans le sens de « l’économie de guerre » que les Raphaël Glucksmann et consorts appellent de leurs vœux ? Le quotidien patronal L’Opinion s’impatiente dans son édition du 18 mars : « La Russie a basculé en économie de guerre, pas l’Europe. Ce retard commence à se voir sur le terrain ».

Faire taire les voix opposées à la guerre, dont LFI

Dimanche 17 mars, la tête de liste LFI aux élections européennes, Manon Aubry, était invitée sur France Inter dans l’émission Questions politiques. Face à elle, les méthodes de l’interrogatoire réservées aux invités LFI… Sur le sujet de l’Ukraine, les trois journalistes sur le plateau s’en donnent à cœur joie : « Il y a une logique que manifestement tout le monde respecte, qui est de préparer la guerre pour avoir la paix c’est-à-dire en gros de faire une sorte de bras de fer plutôt que de capituler tout de suite » ; « Est-ce que vous avez fait le choix de la capitulation ?  »

Face aux journalistes, la tête de liste LFI tient bon sur la nécessité de chercher à mettre un terme à la guerre, et d’engager des négociations. « Quand sera le meilleur moment ? Dans un an, deux ans, trois ans ? Quand on aura fait mourir 200 000 personnes de plus ? On aura envoyé des millions d’obus de plus ? C’est ça que vous voulez, une guerre généralisée ? Quelle alternative vous avez ? Une guerre qui va durer des années encore ?  ». Et de réaffirmer son exigence de cessez-le-feu immédiat et son appel à la Paix.

Chercher à habituer les esprits à l’horizon indépassable de la guerre

Bref, l’horizon indépassable de la guerre auquel l’exécutif cherche à habituer les travailleurs, en Ukraine, à Gaza, comme partout…

Chercher à habituer les esprits aux 413 milliards de la loi de programmation militaire, chercher à habituer aux 10 milliards de coupes dans les dépenses publiques et aux 20 milliards de coupes supplémentaires déjà annoncées pour 2025.

A force de prises de position du bout des lèvres, de silences face aux horreurs confirmées quotidiennement, de refus d’initiative commune et immédiate contre la guerre, les dirigeants des grandes centrales syndicales risquent fort d’être assimilés par les travailleurs à un camp qui n’est pas le leur. L’échec de leur appel commun du 24 février (seule initiative unitaire en ce domaine) de soutien à Zelensky en donne confirmation.

A l’occasion de la grève des enseignants de Seine-Saint-Denis qui se poursuit en ce moment même, pour les moyens humains et horaires, on a vu des pancartes, des banderoles exigeant que les milliards pour la guerre soient immédiatement réquisitionnés pour l’école. N’a-t-on pas assisté aux mêmes discussions sur les barrages des axes routiers dressés par les agriculteurs il y a un mois ?

Et lorsqu’une odieuse provocation se développe à Sciences Po, fomentée de toutes pièces par le gouvernement lui-même, pour tenter d’éteindre la voix de tous ceux – en particulier les jeunes – qui refusent les massacres perpétrés par le gouvernement israélien, ou lorsque Macron prétend frauduleusement combattre les trafiquants de drogue à Marseille, le boomerang revient en pleine tête à l’envoyeur.

 

Face à la population marseillaise

Accompagné par plusieurs centaines de policiers et gendarmes, Emmanuel Macron a atterri par surprise à Marseille ce mardi 19 mars pour faire respecter « l’ordre républicain » contre les trafiquants de drogue. Il a tenu aussi à s’assurer que les chaînes de montage des hélicoptères Puma et H160 destinés à la gendarmerie nationale étaient opérationnelles.

Visitant la cité de Castellane, il a dû faire face aux interpellations des habitants.

« Vous allez calmer vos petits CRS !  », s’écrie un jeune. Une mère de famille ajoute que « l’utilisation des lacrymos se fait souvent sans discernement ».

Un autre habitant l’interpelle : « Il faut faire quelque chose pour les Palestiniens, nom de Dieu ! Ne laissez pas ces enfants mourir ! Cela fait 7 mois ! Je ne fais que pleurer. Il faut arrêter, c’est un carnage ! »

Macron répond : « On essaie de faire le maximum, on s’est prononcé pour un cessez-le-feu, on envoie de l’aide humanitaire…  »

« C’est comme si vous versiez de l’eau dans le sable », rétorque un autre habitant.

Un autre jeune s’exclame : « Promettez-nous qu’il n’y aura pas la guerre en France ! » Macron répond : « C’est la frontière de l’Europe…  »

Macron aurait pu aller visiter n’importe quel quartier populaire, il aurait été confronté aux mêmes questions qui angoissent la population !