Grève à Boeing : une leçon à méditer, et pas que pour les Etats-Unis…

En pleine campagne présidentielle aux Etats-Unis, une grève vient d’être votée par les salariés américains de l’entreprise Boeing.

Piquet de grève de salariés d'une usine de Boeing à Renton, dans l’Etat de Washington, le 16 septembre. (AFP)
Par Pierre Valdemienne
Publié le 18 septembre 2024
Temps de lecture : 3 minutes

La grève a démarré dans la nuit du jeudi 12 au vendredi 13 septembre, pour une durée illimitée, principalement sur la question des salaires1Les salariés exigent une augmentation de 40 % sur la durée de la convention salariale (4 ans) alors que la direction propose 25 %, cela dans un pays où l’inflation explose..

Près de 33 000 salariés sont concernés, principalement dans l’Oregon et dans l’Etat de Washington, siège historique du groupe, où sont assemblés les avions 737 Max (le plus vendu), 767 et 777 du groupe. Des piquets de grève ont été érigés à l’entrée des sites de production de Boeing. Des plannings ont été mis en place pour assurer une présence permanente, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Les ouvriers se préparent à une grève longue. Il s’agit de la huitième grève de l’histoire chez l’avionneur américain depuis que le groupe a accepté de négocier avec le syndicat IAM en 1936. Les dernières se sont conclues en moyenne après 58 jours de conflit : en 2008, elle avait duré près de deux mois (57 jours) et avait coûté 5,7 milliards de dollars à l’entreprise. Si le mouvement actuel devait durer aussi longtemps, il impacterait de plein fouet l’élection présidentielle du 5 novembre.

Une grève qui sonne comme un « désaveu pour la direction de Boeing et pour les dirigeants syndicaux du groupe »

Le journal Les Echos  (16 septembre) rapporte : « Nos pancartes sont levées, nos barils sont allumés et nos cuisines de grève – élément vital de notre combat – sont approvisionnées et prêtes à démarrer », s’est félicité au cours du week-end le comité de négociation de l’International Association of Machinists and Aerospace Workers (IAM), qui représente les ouvriers de l’avionneur américain. « Que notre présence sur les piquets de grève résonne dans tout le pays et au-delà. Nous sommes plus forts que jamais et nous ne reculerons pas », a-t-il ajouté.

Pourtant, quelques jours plus tôt, les mêmes dirigeants syndicaux défendaient auprès de leurs membres l’accord négocié avec la direction : le leader d’IAM, Jon Holden, affirmant même avoir obtenu le « meilleur accord de notre histoire ». Dans un communiqué publié mercredi 11 septembre au soir, le patron de Boeing, Kelly Ortberg, avait quant à lui mis en garde contre une grève, affirmant qu’elle « mettrait en péril notre reprise commune, éroderait davantage la confiance avec nos clients et nuirait à notre capacité à déterminer notre avenir ensemble ».

Oui mais voilà… 95 % des 32 000 ouvriers syndiqués de Boeing ont rejeté l’accord négocié entre les dirigeants d’IAM et la direction du groupe. Dans la foulée, ils sont 96 % à voter la grève. Ce qui fait dire au journal Les Echos (idem) : « Ce vote sonne comme un désaveu pour la direction de Boeing et pour les dirigeants syndicaux du groupe ».

Une situation qui inquiète la Maison-Blanche

Une situation qui inquiète la Maison-Blanche : la grève chez Boeing va-t-elle impacter l’élection présidentielle ? L’administration américaine a déclaré qu’elle « surveillait » de près les développements. Un médiateur fédéral a été désigné pour superviser les échanges entre Boeing et le syndicat IAM. Une première réunion doit avoir lieu mardi 17 septembre pour reprendre les négociations. Certains redoutent même un « effet de contagion » (Les Echos, idem) notamment à l’avionneur européen, Airbus.

Quoi qu’il en soit, et quels que soient les développements à venir, la grève des salariés de Boeing aux Etats-Unis rappelle à tous ceux qui voudraient l’oublier que la classe ouvrière a la capacité de se rassembler et de faire valoir ses exigences et ses revendications par la lutte de classes, ce en dépit des obstacles qu’elle a bien souvent réussi à surmonter par sa propre mobilisation.

Une leçon à méditer, et qui ne vaut pas simplement que pour les Etats-Unis…

« Aux USA, grève chez Boeing ! »

Extraits du communiqué de l’union départementale FO de Paris (13 septembre)

« En France, les salariés qui subissent de plein fouet depuis plusieurs années l’inflation en ressentent les conséquences sur leurs feuilles de paie.

(…) Le Premier ministre et son futur gouvernement seraient bien inspirés d’ajouter à leur liste de priorités concernant l’école et l’hôpital, l’augmentation générale des salaires, des retraites et des minima sociaux, sous peine de se retrouver dans une situation qui aux États-Unis conduit les salariés de Boeing (33 000) a rejeté un accord signé par les syndicats sur l’augmentation des salaires et à se mettre en grève pour 30 000 d’entre eux afin d’obtenir davantage que les 25 % de l’accord.

(…) Nous comprenons bien sûr l’engagement de ces travailleurs américains, qui ont décidé, en se réunissant, de déclencher ce mouvement et qui sans nul doute ne sera pas celui d’une action par semaine mais d’un blocage de la production de Boeing.

Gageons que leur combat sera gagnant. Nous tenons à marquer notre solidarité à leur égard et notre soutien total à leur engagement. Un message de notre UD leur sera transmis. »