Nomination de François Bayrou à Matignon : le rejet s’approfondit, la crise de régime s’accélère

Les cotes de popularité du chef de l’Etat et de son Premier ministre atteignent des planchers records (25 % pour Emmanuel Macron, 24 % pour François Bayrou). Du jamais vu pour un Premier ministre tout juste nommé.

(Photos AFP)
Par Pierre Valdemienne
Publié le 17 décembre 2024
Temps de lecture : 4 minutes

Dans un discours solennel, le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte, a déclaré (12 décembre) : « Je sais que dépenser plus pour la défense signifie dépenser moins pour d’autres priorités. Mais ce n’est qu’un peu moins. En moyenne, les pays européens dépensent facilement jusqu’à un quart de leur revenu national pour les retraites, la santé et les systèmes de Sécurité sociale. (…) Il est temps de passer à un état d’esprit de guerre et à donner un coup de fouet à notre production et à nos dépenses en matière de défense. ». Message reçu cinq sur cinq par la Pologne, qui devient le premier pays de l’Union européenne à rendre obligatoires les cours de tir à l’école.

En réponse, le ministre russe de la Défense a déclaré que son pays doit se préparer à une éventuelle guerre avec l’Otan en Europe.

Ces déclarations interviennent alors que le génocide du peuple palestinien et les massacres de femmes et d’enfants se poursuivent à Gaza avec le soutien ouvert du gouvernement des Etats-Unis et de ses alliés. Alors que l’invasion israélienne du Golan s’étend en Syrie, dont les nouveaux maîtres sont aujourd’hui adoubés par les grandes puissances qui rouvrent leurs missions diplomatiques malgré l’inscription et le maintien du groupe Hayat Tahrir al-Sham sur la liste des organisations terroristes par les Etats-Unis et l’Union européenne.

Au même moment, les gouvernements des deux principales puissances en Europe, la France et l’Allemagne, sont censurés.

En France, la crise de régime n’en finit plus d’atteindre des sommets

C’est dans ce contexte qu’en France, la crise de régime n’en finit plus d’atteindre des sommets : la nomination de François Bayrou au poste de Premier ministre, un vendredi 13 (!..), ne satisfait personne, ou presque. A commencer par Macron lui-même, qui se méfie de son allié historique… A droite, les sarkozystes n’en veulent pas. Même le Parti socialiste, qui cherche pourtant à ficeler un pacte de non-censure avec le camp présidentiel, a écrit dans un courrier à François Bayrou, qu’il « ne participer(a) pas à votre gouvernement et demeurer(a) dès lors dans l’opposition au Parlement. ».

Dans un sondage Odoxa du 17 décembre, les cotes de popularité du chef de l’Etat et de son Premier ministre atteignent des planchers records (25 % pour Emmanuel Macron, 24 % pour François Bayrou). Du jamais vu pour un Premier ministre tout juste nommé.

Un autre sondage indique que 73 % de la population pense que tout va continuer comme avant. Dans le même temps, une enquête d’opinion rapporte que 56 % des Français veulent mettre fin à la Ve République et se disent désormais favorables à la mise en place d’une VIe République.

Aider Emmanuel Macron à tenir

C’est dans cette situation que, de Lionel Jospin – qui, pour les « besoins de la cause », est sorti de sa retraite – à Jordan Bardella en passant par les Républicains, tous sont animés d’une même intention : il faut aider Emmanuel Macron et les institutions de la Ve République à tenir. Prenant la mesure du niveau du rejet dans la population, tous ces gens-là craignent que la situation politique devienne très vite incontrôlable.

A l’instar de Raphaël Glucksmann quelques jours plus tôt, Lionel Jospin a appelé à ce que « ce gouvernement (…) dure » (France Inter , 16 décembre). De leur côté, Jordan Bardella et Marine Le Pen ont déclaré qu’il n’y aura pas de censure a priori du gouvernement Bayrou.

De leur côté, les dirigeants des confédérations syndicales et patronales, à l’exception de la CGT qui, pour sa part, appelle à une conférence sociale, viennent de signer un communiqué qui enjoint les « élus politiques » « à retrouver au plus vite le chemin de la stabilité », mêlant de fait leurs voix au concert de déclarations politiques visant à tenter de sauver Emmanuel Macron.

Parce que tous s’inquiètent de l’extrême fragilité de son dispositif et, à travers lui, des institutions de la Ve République.

Mayotte : « C’est l’apocalypse »

Seule la France insoumise (LFI) a appelé à censurer immédiatement le gouvernement Bayrou et à refuser de se rendre aux rendez-vous organisés par le Premier ministre pour tenter de trouver un accord avec lui, pour que les coups continuent de pleuvoir contre les travailleurs.

C’est dans cette situation que, seulement quelques jours après sa nomination, il y a ce qui se passe à Mayotte : « C’est l’apocalypse », déclare un responsable d’Action Logement au journal L’Opinion. Le préfet envisage « des milliers de morts ». La situation à Mayotte, des « accidents de la vie » comme vient de le déclarer François Bayrou (17 décembre) ? Mayotte, ce sont des habitations constituées à plus de 40 % de bidonvilles, un taux de chômage à 34 % (contre 7,3 % en métropole) et un taux de pauvreté record1Le niveau de vie annuel médian en 2021 à Mayotte est de 3 140 euros, contre 23 000 euros en France métropolitaine (source : L’Opinion, 17 décembre 2024).. La voilà, la véritable raison du désastre qui s’abat sur l’île et qui place la population dans le dénuement le plus total.

Au moment où les Mahorais pleurent leurs morts et se réfugient sous des plaques de tôle pour survivre aux coulées de boue meurtrières consécutives au passage du cyclone, François Bayrou n’hésite pas à se mettre sordidement en scène au conseil municipal de Pau pour y défendre sa politique réactionnaire. Ces gens-là n’ont honte de rien… Ils sont prêts à tout pour faire passer leur politique antidémocratique rejetée de toutes parts, au compte du capital financier. Ils doivent partir.

LFI a mille fois raison de mener campagne pour la destitution de Macron

Dans ce contexte où les travailleurs se saisissent de tous les terrains pour exprimer le rejet de la politique de Macron, y compris sur le terrain direct de la lutte des classes, où des grèves, parfois victorieuses, se développent en ce moment même, à quelques encablures des fêtes de fin d’année, dans toute une série de secteurs (hôpitaux, secteur territorial, secteur postal, transport aérien… jusqu’aux danseurs de l’Opéra de Paris !), LFI a mille fois raison de mener campagne dans la population pour exiger la destitution de Macron : oui, ce serait un premier pas réel vers la solution aux problèmes politiques posés aux millions de travailleurs qui subissent la politique de misère menée au compte d’une infime minorité capitaliste.

Après le président de l’Association des maires de France (AMF), David Lisnard, le président du Nouveau Centre, Hervé Morin, ou encore le doyen des députés, Charles de Courson, c’est au tour, cette semaine, de Dominique de Villepin de s’être prononcé clairement pour qu’Emmanuel Macron s’en aille.

En Corée du Sud, dixième puissance économique mondiale, appuyé sur une grève générale des travailleurs appelée par la principale confédération syndicale coréenne (KCTU), le Parlement a destitué samedi 14 décembre le président Yoon-Suk-Yeol, qui avait menacé le pays d’un coup d’Etat il y a quelques jours en décrétant la loi martiale.

A méditer…