Gynécologie médicale : « Il s’agit de notre santé et de notre émancipation »
Le Comité de défense de la gynécologie médicale (CGGM) a tenu son assemblée annuelle le 30 mars dernier. Nous avons interviewé Emma et Angèle sur l’actualité du combat pour la santé des femmes.
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Emma : Le 8 mars, nous avions un stand sous un abribus à mi-parcours avec nos affiches bien visibles. Nous faisions signer notre pétition « pour des gynécologues pour la santé des femmes ». Il y a eu un engouement, les femmes faisaient la queue pour signer et près de 1 000 l’ont fait. Beaucoup de jeunes femmes. Elles nous disent qu’elles ne peuvent pas consulter. La réalité pour nous est qu’il n’y a plus assez de gynécologues formés en France. Cela a été notre point de départ dans l’assemblée.
On aurait pu penser qu’on était aujourd’hui peut-être un peu « dépassées », que cela n’était plus d’actualité. Mais l’écho que nous avons rencontré le 8 mars nous a montré que nous étions « raccord » avec cette demande des femmes. Oui il y a un besoin. Et les femmes le savent parce qu’elles en subissent le manque.
La Santé subit un véritable effondrement généralisé. Et on sait bien que dans ces conditions, les femmes sont en première ligne. Les derniers droits acquis sont ceux qui disparaissent les premiers. Personne ne se battra à notre place sur cette question-là.
Et d’une certaine manière, nous l’avons vu lors de la diffusion le 8 mars, les femmes se sont saisies de la pétition.
Je rappelle que le Comité de défense de la gynécologie médicale (CDGM) s’est constitué en 1997 pour le rétablissement du diplôme, donc pour que ces médecins spécialistes soient formés. Je résume bien sûr, mais après deux immenses manifestations et des millions de signatures, le diplôme a été rétabli en 2003… comme quoi, il faut se battre pour nos droits !
Une enquête de l’Inserm montre que 31 % des femmes entre 18 et 24 ans n’ont jamais consulté de gynécologue. 60 % des femmes ont renoncé à des soins (dépistage, visite de contrôle). Le nombre d’IST augmente. Le nombre de femmes qui ne prend pas de contraception augmente, ainsi que celui des IVG. Les femmes en seraient responsables ? On parle peu de la gynécologie ou bien trop souvent de façon négative dans la presse ou ailleurs.
On entend qu’il y aurait un « changement de mentalité » selon lequel les jeunes femmes ne voudraient plus consulter. Nous ne le partageons pas, parce que cela renvoie à la responsabilité individuelle, mais il n’y a plus de gynécologue dans de nombreuses régions, y compris en Île-de-France. Le fait qu’elles ne consultent pas ne peut être mis sur leur responsabilité.
Angèle : J’ai un engagement comme féministe dans la vie et j’ai participé à cette assemblée parce que je connaissais mal ou assez peu le sujet.
Comment ne pas défendre concrètement notre droit à la santé qui est remis en cause ? De la puberté à la ménopause, ce médecin peut suivre notre santé et nos accidents de santé. Mais, il s’agit de notre santé et de notre émancipation, comme l’avait dit une adhérente.
Je fais partie de celles qui n’ont pas de suivi gynécologique, pas parce que j’y suis indifférente ! Mais concrètement dans mon département, il n’y a pas de gynécologue.
La pilule, elle est prescrite par les généralistes et j’ai tellement de copines qui ont arrêté leur contraception parce que leur pilule ne leur convenait pas et elles n’ont pas eu de solution ! J’avais des douleurs et j’ai consulté une sage-femme, elle a fait un diagnostic et c’est tout. Je suis restée en plan.
Douze postes en moins cette année, alors qu’en 2022, seulement 2 113 gynécologues exerçaient en France ! Il faut se battre, parce que le rétablissement de la spécialité est un acquis mais s’il n’y a pas de médecins formés, on va continuer à être dans une situation de danger. Pour moi, c’est un combat concret et féministe.
Emma : Ce qu’a montré la manifestation du 8 mars, c’est que les gouvernements successifs – et on le voit bien dans les réponses qui sont faites au CDGM quand on interpelle les gouvernements sur les postes – renvoient les femmes vers leur généraliste ou des sages-femmes. Comme si c’était entré dans l’ordre des choses et que cela ne posait pas de problème aux femmes. Mais le 8 mars, on l’a bien vu, en exigeant « nous voulons des gynécologues », que cet acquis n’est pas enterré ! Les femmes veulent des gynécologues médicaux.
Concrètement, on ne peut concevoir de ne pas y avoir accès. Comment vivre une sexualité libre sans moyen de contraception ? Vivre dans le stress, de la pilule du lendemain uniquement… ? La peur de tomber enceinte, quand tu ne le souhaites pas, ce n’est pas une vie !
Angèle : Oui, ce droit est aussi la défense de notre émancipation. Nos mères et nos grands-mères ont acquis le droit à la contraception. Nous vivons aujourd’hui dans une situation qui est en recul en ce qui concerne nos droits.
