Jeudi 30 octobre : racisme et déshonneur à l’Assemblée nationale
Le jeudi 30 octobre, les groupes d’Édouard Philippe (Horizons, macronistes) et de Laurent Wauquiez (LR) votaient avec le Rassemblement national (une voix de majorité) pour exiger la dénonciation des accords franco-algériens de 1968.
- Actualité politique et sociale, Extrême droite, Ve République

Ce texte1Les accords de 1968 (aujourd’hui fréquemment bafoués par les préfets dans la pratique) facilitent l’accès des travailleurs algériens aux titres de séjour, les regroupements et circulations des familles, etc. Rappelons en passant que six ans après l’indépendance, après 132 ans de colonisation et de massacres, l’État impérialiste français pillait encore 67 % du pétrole algérien (nationalisé en 1971). fut présenté par le RN Guillaume Bigot, ex-employé de Bolloré à la chaîne CNews, dans un rapport entièrement consacré à la « préférence nationale » et au racisme anti-algérien.
Le rapport Bigot commence par la mise en cause des droits sociaux des travailleurs algériens : RSA, minimum vieillesse, allocations familiales ; il énumère les prétendus avantages et privilèges (!) des Algériens, au moyen de données truquées et mensongères : « 40 % des Algériens sont inactifs, vivant des aides sociales, le nombre d’Algériens dans les prisons augmente », etc. Comme, à ce moment, le vote macroniste-LR pour le RN n’a pas encore eu lieu, Bigot fustige « le déferlement (d’immigrés) qu’Emmanuel Macron orchestre depuis 2017 ».
Qu’il s’agisse d’attiser la haine raciste, c’est ce dont témoigne le cri spontané du RN Odoul, entendant le nom de la députée Sabrina Sebaihi, oratrice écologiste : « L’ingérence étrangère incarnée ! ».
Aucun démocrate ne peut rester indifférent devant ce « bloc » haineux qui déclare la guerre à des millions de citoyens français descendants d’Algériens, de Franco-Algériens, de travailleurs algériens, en voulant détruire les conditions et droits de séjour des familles.
Raisons d’une alliance
Mais pour comprendre cette infamie politique, il faut la rapprocher d’une autre nouvelle, connue le même jour : la « popularité » de Macron est descendue à 11 %, atteignant le record d’hostilité sous Hollande. La boucle est ainsi bouclée, quant aux alternances, fusions, rafistolages et combines des deux partis historiques de la Ve République monarchique, LR et PS.
Tandis que les ci-devant « républicains » rejoignent l’extrême droite RN, le parti de Hollande-Faure clopine derrière Lecornu pour faire durer Macron, au nom d’articles constitutionnels brandis contre… la volonté de 89 % des citoyens.
Si le vieux rafiot pourri qu’est le régime de 1958 donne de la bande et dérive en tous sens, c’est qu’il a été proprement torpillé en 2022-2024. Sept millions de votants insoumis ont brisé les chaînes de la fausse gauche servile, déstabilisant le régime, interdisant les tromperies de « l’alternance ».
La colère gronde : dans 600 villes, grandes et petites, le 10 septembre, des masses se sont groupées, dégageant Bayrou. Le point commun avec les Gilets jaunes, c’est l’auto-organisation, à la base, des travailleurs, militants, syndicats.
Voilà pourquoi une partie du patronat, qui veut la « stabilité » pour l’exploitation des salariés, lorgne vers le RN, qui lui promet d’utiliser tout l’arsenal répressif de la Ve République pour rétablir « l’ordre ». Étrillés, fracturés, éperdus, les débris des partis bourgeois, misant sur la vieille arme de division qu’est le racisme, se rangent sous le leadership du RN.
Or malgré les efforts conjugués des médias des milliardaires, attisant les haines raciales, c’est bien loin derrière le pouvoir d’achat et la défense de la Sécurité sociale que les sondages d’opinion renvoient « l’immigration ».
La division raciste, pour faciliter l’attaque contre les droits sociaux de tous
Derrière le durcissement des droits de séjour des travailleurs immigrés, il y a le barrage aux soins médicaux gratuits de l’aide médicale d’État (AME), exigé par les partis ségrégationnistes, condamné par les médecins, les épidémiologistes, les urgentistes. Mais la cruauté sociale des trumpistes français ne connaît ni humanité ni responsabilité sanitaire.
La croisade anti-Algériens, anti-immigrés s’accompagne, dans l’ombre de l’Élysée, de préparation de décrets contre l’aide médicale d’État. Ces décrets écarteraient des soins « plus d’un tiers des personnes accompagnées par Médecins du monde. Beaucoup ont fui leur pays sans papiers, les ont perdus, se les sont fait voler, ou subissent confiscation ou chantage aux documents ».
Cette traque des plus faibles, qui fait exulter ceux qui se délectent du racisme scandalise les associations humanitaires : « On parle des personnes qui ramassent les poubelles, travaillent en cuisine dans les restaurants, font les ménages dans les bureaux. Les bus de nuit sont remplis de ces étrangères et étrangers racisés », à qui on veut refuser le droit aux soins2Mediapart, 30 octobre 2025.. Juste après sa « victoire » parlementaire, Le Pen annonce qu’elle pourrait s’abstenir sur le budget de la Sécurité sociale, qui contient les plus violentes attaques contre tous les assurés, toute la population française : médicaments, soins, examens non remboursés, longues maladies ciblées, etc.
C’est ainsi que la désignation des boucs émissaires immigrés, la discrimination des Algériens est le marchepied de la réaction contre tous les salariés.
La classe travailleuse, bien qu’elle ait dû déposer ses armes, a imposé à la bourgeoisie l’ordonnance de Sécurité sociale du 19 octobre 1945 qui stipule : « Les travailleurs étrangers sont assurés dans les mêmes conditions que les travailleurs français. Lesdits travailleurs et leurs ayants droit bénéficient des prestations sociales s’ils ont leur résidence en France. Les mêmes dispositions s’appliquent aux étrangers ayant leur lieu de résidence à l’étranger et leur lieu de travail permanent en France. »
Imposés par la lutte de classe, ces droits ne seront sauvegardés ou rétablis que par la lutte de classe ; travailleurs français et immigrés ne sont qu’une seule classe.

Faits historiques et mythologie
Voyons les débats du vote de la honte du 30 octobre. Les députés qui protestaient contre ses éructations racistes ont été traités par Bigot de « parti de l’étranger », « parti de l’Algérie », il les a rapprochés des « collabos qui étaient pour l’Allemagne » !
Lorsque la députée Sebaihi a évoqué « un peuple qui a conquis son indépendance », « des hommes et des femmes venus participer à la reconstruction de la France », des « millions d’Algériens et d’enfants d’Algériens qui font pleinement partie de cette République », le RN Jacobelli a lancé, hargneux : « C’est de la mythologie. »
Où est la mythologie, où est l’histoire ?
La guerre, le nazisme ? Le fait historique est que parmi les soldats dits « France libre » qui ont débarqué en France en 1944, la majorité venait du Maghreb, dont 120 000 à 150 000 Algériens. De leur côté, les amiraux et généraux français, pétainistes, ont obéi à la demande d’aide militaire de Göring (voyage à Berlin du général Juin, 1941), ravitaillé les troupes de Rommel (l’amiral Esteva en Tunisie, 1940-1942), fait tuer au compte du Reich hitlérien des centaines d’Américains, de Britanniques, de Français (amiral Darlan, généraux Juin et Noguès) en combattant le débarquement en Afrique du Nord de 19423Lettre de l’amiral Esteva à l’amiral Darlan sur son soutien à Rommel : « J’ai toujours ravitaillé leurs troupes à travers la Tunisie. On ne peut tout de même pas aller plus loin dans la voie de la collaboration » (janvier 1942), C. Levisse-Touzé, L’Afrique du Nord dans la guerre..
L’économie ? Plusieurs générations, des millions d’ouvriers algériens ont en effet industrialisé, construit et reconstruit la France. Par exemple, dans les années 1930, Mohand Séghir Mada, né dans la commune d’Aït R’zine (Kabylie), travaille dans la teinturerie et le bâtiment à Villeurbanne ; sa fille Réjane épouse le menuisier italien Guerrino Bardella. Ces travailleurs immigrés sont les grands-parents paternels du petit Jordan4Wikipédia, Geneanet, enquêtes de Jeune Afrique.. Quant à lui, n’ayant pas à fuir la misère et la faim en quittant son pays comme ses ancêtres algériens, il connut une enfance bourgeoise, et l’école catholique privée.
Des millions d’ouvriers
Les millions d’ouvriers venus d’Algérie, avec d’autres immigrés, restés ou non en France, ont formé une masse de prolétaires de la sidérurgie, des mines, du bâtiment ; ils ont construit 90 % des autoroutes françaises, un logement français sur deux, une machine française sur sept. Les capitalistes les ont entassés dans des bidonvilles immondes. Ces exploités immigrés ont grassement enrichi le patronat français en raison de leurs bas salaires.
La santé ? L’un des grands crimes de la Ve République envers le peuple français est la loi de 1971, décidant d’interdire la profession médicale à des dizaines de milliers d’étudiants, en transformant l’examen d’entrée en concours ultra-sélectif. L’Académie de médecine a prononcé l’entière responsabilité historique des gouvernements dans l’extension des déserts médicaux.
Victimes de politiciens français amoraux, de nombreux patients sont redevables aux médecins algériens des hôpitaux, qui constituent le quart des médecins étrangers. Le bloc des parlementaires racistes voudrait-il aussi parachever l’ignominie du régime en s’attaquant à eux ? M. S.
