Dirigeants des centrales syndicales, où en sont-ils ?

Qu’ont-ils fait exactement pour organiser la défense et la mobilisation des travailleurs ? Ont-ils, dans l’unité, décidé d’une position commune dénonçant les mesures totalement contradictoires à leurs propres revendications minimums ? Ce n’est pas le cas.

Lancement de la Conférence Travail, le 5 décembre. (AFP)
Par la rédaction d'IO
Publié le 10 décembre 2025
Temps de lecture : 3 minutes

La propagande méthodique, les déclarations alambiquées, les pseudos victoires et les voiles pudiques sur les postures ne parviennent pas à masquer la réalité des faits.

Les députés du PS, des Verts, les Ruffin, Autain et par moments même les députés du PC, votent ou s’abstiennent en approuvant ou laissant passer les pires mesures anti ouvrières, contre les jeunes, contre la population laborieuse, dans la continuité de toutes les politiques des gouvernements de Hollande et de Macron. Des mesures totalement favorables à la bourgeoisie et aux capitalistes. Au point qu’il n’est plus du tout incongru d’estimer qu’ils font partie intégrante de l’équipe Macron/Lecornu.

Les palinodies d’Horizons font figure de caution. Les votes à géométrie variable du RN ne visent qu’un objectif : ne pas se couper des électeurs, continuer à instiller le poison anti immigrés et sauver le régime dont ils voudraient prendre la tête.

A contrario, toutes les positions de la France insoumise démontrent la réalité des choses.

Une énième journée d’action

Qu’en est-il des dirigeants des grandes centrales syndicales ?

Notons que par leur fonction et leur raison d’être, ils disposent mieux que quiconque de la réalité. Ils ont en main les chiffres, les faits dans leur masse et dans le détail pour les hôpitaux, la Sécurité sociale, les ouvriers de l’industrie, le pouvoir d’achat, la misère qui gagne du terrain, les jeunes et l’Éducation nationale.

Ils sont certainement les mieux placés pour saisir et faire comprendre la brutalité des attaques et la remise en cause de tous les acquis.

Que font-ils, qu’ont-ils fait exactement pour organiser la défense et la mobilisation des travailleurs, pour dénoncer cette avalanche de mesures anti-ouvrières ? Ont-ils, dans l’unité, décidé d’une position commune dénonçant ces mesures totalement contradictoires à leurs propres revendications minimums ? Ont-ils décidé d’une campagne de mobilisation pour que les parlementaires votent contre ? Ou toute autre initiative de lutte des classes ?

Ce n’est pas le cas. CGT, CFDT, Unsa, FSU… ont laborieusement organisé une manifestation le 2 décembre qui entérinaient dans leur appel un simulacre de suspension et l’acceptation des 64 ans directement contraire aux intérêts ouvriers et ardemment défendu par le PS et autres. Ceux de FO qui n’y ont pas appelé, se sont bien gardés de toute campagne de dénonciation et de mobilisation, se contentant de brandir leur refus de la retraite par points. Trouvant même, par leur branche « métaux » le moyen de condamner le vote obtenu par la France insoumise de la nationalisation d’Arcelor. Nationalisation pourtant présente dans nombre de résolutions de congrès.

Bien heureusement, les travailleurs n’étant pas des imbéciles, personne ne s’est hasardé à considérer cette énième journée d’action comme une réussite.

Un signal donné

Mais la conférence sociale initiée par le gouvernement et dont il n’est même pas besoin de préciser l’objectif recherché occupe leurs réflexions :  y aller, ne pas y aller, dire qu’on y va et se rétracter, y aller en laissant entendre qu’on va en sortir… Et puisqu’ils y vont, y vont-ils pour, dans l’unité, présenter les revendications ouvrières de base alors même que des syndicats avec raison se battent et font pression pour que les députés ne votent pas les attaques ? Y vont-ils pour en faire une tribune de mobilisation pour combattre les mesures mises au vote et aider à la mobilisation ?

Tel ne semble pas vraiment être leur agenda du moment. Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, appelle pour sa part et sans far les députés à purement et simplement voter le PLFSS de Macron et du PS.

Mais alors dans ce cas, y participer n’est-ce pas un signal donné qu’on ne peut pas faire autre chose que d’accepter ? Et que, comme tous ceux qui à l’Assemblée nationale font passer ces mesures, ce serait un moindre mal ? Ne contribuent-ils pas, de ce fait, derrière le PS et consort à « faire passer la pilule » avec ce soucis constant de préserver la « stabilité » ?

À  cet égard, la réaction face à la mise en examen d’une des leurs, Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, est édifiant. Dans leur communiqué, la mise en examen devient une « tracasserie judiciaire » et ils se gardent bien d’en exiger la levée. Tout ce positionnement relève d’un bien mauvais calcul.

En témoignent les réactions nombreuses et parfois virulents contre la participation à cette conférence sociale. Elles ont le sens du refus de toutes les attaques et du rejet pur et simple du macronisme. Tout comme les mouvements en cours à Arcelor Mital, dans les caisses de Sécurité sociale, au Louvre, dans les lycées contre l’implantation de l’armée dans l’école…

Rien n’est immuable, le mieux serait qu’ils se recentrent sur ce sur quoi ils sont censés exister : la défense, et la mobilisation effective, des revendications ouvrières plutôt que se laisser happer par des postures qui ne correspondent pas ni à ce pourquoi les salariés les ont construits, ni à leur mandat.