« Un rejet et une crise démocratique profonde »

Extraits de l’intervention de Nezha Barhandi (LFI) lors du conseil municipal d’installation, de Clichy-sous-Bois (93), une des communes les plus pauvres d’ î le-de-France, après avoir été élue conseillère municipale.

Par Nezha Barhandi
Publié le 26 mars 2026
Temps de lecture : 3 minutes

« Je veux aussi remercier les Clichoises et les Clichois – tous les Clichois. Y compris, et peut-être surtout, celles et ceux qui ont choisi de ne pas se déplacer pour voter et qui par ce biais font aussi le choix de porter un message politique. Parce que ce qui vient de se produire est grave. Une abstention record. Massive. Historique. Et il faut arrêter de faire semblant de ne pas comprendre.

Le premier enseignement de cette élection pour nous tous, est qu’elle exprime un rejet et une crise démocratique profonde qui se sont traduits par une abstention massive à Clichy-sous-Bois, l’abstention représente 61,35% des inscrit.es. Ce chiffre dit tout du déni de démocratie ici à Clichy, de la défiance croissante envers les institutions, de la figure autocratique du maire plutôt que dire “manque de participation citoyenne”.

Quand une majorité d’habitants ne croit plus que voter sert à quelque chose, ce n’est pas eux qu’il faut pointer du doigt. C’est vous. C’est ce système politique local et national qui ne répond plus aux urgences sociales, qui donne le sentiment que tout est décidé d’avance, que la vie des gens ne change pas, quoi qu’ils fassent.

Et dans ce contexte de profonde défiance, et où le taux de pauvreté à l’échelle nationale a atteint le niveau le plus élevé depuis 1996, et où je rappelle que c’est près d’un Clichois.e sur deux qui vit avec moins de 1 200 euros par mois. Qu’est-ce qui est que vous avez choisi de mettre à l’ordre du jour ? L’augmentation de l’indemnité de votre majorité et de ses adjoints. Voilà.

C’est ça, le premier signal envoyé.

Alors que les prix explosent, que les familles comptent chaque euro, que la précarité gagne du terrain, on parle d’augmentations d’indemnités. Ce décalage n’est pas seulement indécent, il est dangereux. Parce qu’il nourrit encore davantage la colère, le rejet, le sentiment d’abandon. Et ensuite, on s’étonne que les gens ne viennent plus voter.

Il est important que les élus portent un mandat, celui que les electeurs leurs ont accordé. Les élu.es sont responsables et doivent rendre des comptes aux habitants de Clichy-sous-Bois. Nous, nous serons là pour rappeler une chose simple : l’argent public n’est pas un confort pour les élus. C’est un outil au service de la population. Chaque euro doit être utile. Chaque euro doit être défendu. Et nous serons intraitables sur ce point (…)

Enfin je veux prendre la parole sur les fermetures de classes qui seront annoncées dans le premier degré dans les jours qui viennent. Les fermetures de classes dans le premier degré vont frapper nos enfants. Encore une fois. Mais de qui se moque-t-on ? Comment peut-on prétendre lutter contre les inégalités tout en supprimant des moyens là où il en faudrait deux fois plus ? L’école, ce n’est pas une variable d’ajustement budgétaire. C’est le cœur de la République. Et quand on ferme une classe à Clichy-sous-Bois, ce n’est pas une ligne qu’on supprime – ce sont des chances en moins pour nos enfants.

Je veux le dire clairement aux enseignants, aux parents d’élèves, aux professionnels de l’éducation, aux élèves : je serai à vos côtés. À chaque mobilisation. À chaque combat. Notamment contre ces fermetures de classes inacceptables (…)

Avec l’entrée de la France insoumise dans ce conseil municipal, nous prenons toute notre place. Une place d’opposition, de vigilance, de proposition. Mais au fond, ce qui commence ce soir dépasse une simple installation. C’est aussi, discrètement mais résolument, le début d’une désinstallation.

La désinstallation de pratiques politiques usées, la désinstallation des logiques clientélistes, la désinstallation d’une gestion tournée vers les intérêts de quelques-uns plutôt que vers le bien commun. Pas à pas, nous travaillerons à remettre au centre l’intérêt général, la transparence, et le respect des habitants. Parce que la confiance ne se décrète pas – elle se construit. Et ici, à Clichy-sous-Bois, il est temps de la reconstruire. »