Liban : résister à un régime de guerre permanente imposé de l’extérieur

Depuis le 2 mars 2026, l’agression israélienne contre le Liban a déjà fait plus de 4 000 morts et plus de 12 000 blessés, selon le ministère libanais de la Santé, dont au moins 135 soignants et secouristes et un nombre inconnu de personnes toujours sous les décombres.

Bombardements par l’armée israélienne du village de Kfar Tibnit au sud du Liban (photo AFP).
Par Avec nos correspondants au Liban
Publié le 29 juin 2026
Temps de lecture : 3 minutes

Les frappes ont touché la banlieue sud de Beyrouth, la Békaa, Baalbek, Hermel et le Sud, détruisant des quartiers entiers, des ponts, des hôpitaux, des dispensaires et des routes vitales, ainsi que des vestiges archéologiques. Plus de 800 000 personnes restent en insécurité alimentaire aiguë et les déplacements internes se comptent en centaines de milliers, alors que plus de 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté.

Cette violence est assumée et revendiquée par un discours ouvertement exterminateur au sommet de l’État israélien. Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a appelé à « brûler tout le Liban » et revendiqué qu’ « une larme d’une mère israélienne » doit se payer par les larmes de « mille mères libanaises », propos dénoncés comme une rhétorique génocidaire jusque dans certains gouvernements occidentaux qui, dans le même temps, poursuivent l’ensemble de leurs relations politique et économiques avec l’État génocidaire israélien.

Le ministre des Finances Bezalel Smotrich a pour sa part expliqué qu’il fallait détruire « dix immeubles à Beyrouth pour chaque drone lancé », puis, une fois la capitale rasée, s’en prendre à Tyr, Saïda et à la Békaa. Dans le même temps, Benjamin Netanyahou promet que le quartier de la banlieue sud ne sera « pas hors de portée » et annonce que l’occupation de territoires au Liban et en Syrie se poursuivra, y compris après l’accord américano-iranien annoncé par Trump, affirmant que l’État israélien est un État souverain, mais dont on sait qu’il ne pourrait pas poursuivre ses opérations militaires une semaine de plus sans la fourniture d’armes et de munitions américaines.

Lorsque Trump agite la menace de sanctions ou appelle à la « retenue », l’extrême droite israélienne répond en répétant qu’Israël « n’est pas subordonné aux États-Unis » et que l’armée décidera seule du moment et de l’ampleur d’un éventuel retrait. Au-delà des déclarations et des postures, sur le terrain pourtant, l’état-major israélien a commencé à reconfigurer son dispositif, en annonçant le retrait ou le redéploiement d’unités de certaines zones libanaises pour consolider des gains jugés stratégiques et limiter le coût politique d’une présence prolongée. Netanyahou refuse d’apparaître comme obéissant à Trump tout en adaptant son dispositif militaire aux rapports de force régionaux et à la résistance du Hezbollah.

La politique du gouvernement libanais

En face, la direction politique libanaise refuse de nommer clairement cette offensive pour ce qu’elle est : une guerre de destruction massive contre un pays exsangue. Le président Joseph Aoun concentre ses discours sur la nécessité de « négocier » pour éviter que le Liban ne devienne « une nouvelle Gaza », ce qui est d’ores et déjà le cas pour plusieurs dizaines de villages entièrement détruits. Il défend des contacts diplomatiques directs avec Israël et parle d’ « arrangements permanents de sécurité » à la frontière. Le Premier ministre Nawaf Salam met surtout en garde contre les « aventures » du Hezbollah, annonce l’interdiction officielle de ses activités militaires et promet de ne laisser personne « entraîner le Liban dans la guerre », tout en évitant soigneusement de condamner l’offensive génocidaire israélienne, qui ravage indistinctement quartiers chiites, chrétiens, sunnites…

Des ministres israéliens appellent à « brûler » le pays et revendiquent la destruction méthodique de ses villes, et une partie centrale du pouvoir libanais continue d’aligner son discours sur les priorités de l’impérialisme américain, relayé par Macron en France et par l’Arabie saoudite. Le peuple libanais, bien au-delà de la division communautaire qui lui est imposée, se trouve pris en étau entre un État démantelé, une guerre de haute intensité et une élite qui cherche surtout à se repositionner dans le nouvel ordre régional.

Concrètement, il y a deux parties qui ne veulent pas qu’un accord soit conclu entre l’Iran et l’Amérique, Netanyahou et une majorité d’Israéliens d’une part, Joseph Aoun, Nawaf Salam, les partis de droite liés aux puissances occidentales d’autre part. Pour les Libanais qui entendent résister et refuser un avenir sous contrôle, l’alternative immédiate se résume par la nécessité de s’organiser pour survivre à l’effondrement, tout en résistant à la fois à la pression au désarmement unilatéral, à la perte totale de souveraineté, et à l’installation d’un régime de guerre permanente imposé de l’extérieur.