Appel à une campagne de soutien aux déserteurs en Europe

« Les autorités de l’Union européenne discutent actuellement de mesures sévères visant à restreindre l’entrée des citoyens russes ayant participé aux combats, y compris ceux qui ont refusé de continuer la guerre. »

Par Appel
Publié le 26 juin 2026
Temps de lecture : 3 minutes

Les autorités de l’Union européenne discutent actuellement de mesures sévères visant à restreindre l’entrée des citoyens russes ayant participé aux combats, y compris ceux qui ont refusé de continuer la guerre. Ces mesures deviennent déjà une réalité : plusieurs États européens refusent systématiquement l’asile aux déserteurs russes, les accusant de « complicité » et les privant de toute possibilité de refuge sûr. Et cela alors même que de nombreux citoyens russes ont été contraints de force à servir dans l’armée – une pression qui ne cesse de s’intensifier.

Dans le même temps, la désertion et l’abandon non autorisé de poste au sein de l’armée russe augmentent en réponse à une guerre sans fin et aux crimes du régime. Selon les estimations de journalistes indépendants et de la communauté OSINT, entre 100 000 et 120 000 cas de refus de participer aux violences et aux massacres ont été enregistrés depuis le début de l’invasion à grande échelle. Seuls 15 à 20 % de ces cas ont donné lieu à des poursuites judiciaires. La majorité des déserteurs restent en Russie dans une peur permanente : en cas d’arrestation, ils risquent la torture, l’emprisonnement, l’envoi dans des « bataillons d’assaut » ou la mort au front. Seule une infime minorité parvient à rejoindre un pays sûr.

La désertion est un puissant instrument contre la guerre : elle affaiblit la machine militaire du régime et sauve des vies. Soutenir celles et ceux qui choisissent la vie et la paix peut accélérer la fin du conflit et devenir un signal fort en faveur de changements internes en Russie.

Accorder le droit d’asile relève de la souveraineté des États nationaux. Pourtant, l’Europe leur ferme presque toutes les portes. Même en France, où la CNDA a reconnu que la désertion peut constituer un motif d’asile, seules quelques personnes ont obtenu une protection. En Allemagne, au début de l’année 2026, les autorités ont commencé à multiplier les refus d’asile visant des déserteurs russes. Parallèlement, plusieurs pays de l’UE envisagent une interdiction totale d’entrée pour tous les citoyens russes ayant participé à la « SVO1Sigle pour « opération militaire spéciale » désignant la guerre menée par Poutine, Ndlr. », privant ainsi des individus du droit à la vie et à la protection humanitaire.

De même, pour des raisons humanitaires, nous reconnaissons le droit des déserteurs ukrainiens à une protection dans l’UE. Le droit à la vie et à la liberté prime sur les droits de l’État.

Nous exigeons des mesures immédiates :

– Reconnaître le refus de participer à la guerre (désertion et abandon non autorisé de poste) comme un motif légitime pour obtenir le droit d’asile dans chacun des pays, et protection de l’Union européenne. Il s’agit d’un acte de conscience et d’un refus de participer à des crimes.

– Délivrer des documents de voyage humanitaires (laissez-passer) aux personnes dépourvues de passeport international, afin qu’elles puissent se rendre en sécurité dans l’UE et déposer une demande de protection.

– Informer largement la population russe des possibilités de protection, afin que la désertion devienne un choix réellement accessible, et non un acte désespéré.

Chaque refus de protection met une vie en danger. Chaque porte ouverte est une chance pour la paix et pour des transformations internes. L’Europe doit ouvrir ses portes à celles et ceux qui choisissent la vie et l’humanité – et non renforcer la guerre et la répression.

Premiers signataires :

Xavier Arrizabalo, professeur d’économie université de Madrid (Espagne) ; Serrano Blanquer Jardin, recteur émérite (Espagne) ; Reiner Braun, Bureau international de la paix (Allemagne) ; Annie Ernaux, écrivaine prix Nobel de littérature 2022 (France) ; Regine Hergersberg, syndicaliste Ver.di (Allemagne) ; Anders Karlsson, avocat juriste droit du travail (Suède) ; Sébastien Lardeux, responsable syndical (France) ; Jean-Pierre Mignard, avocat au barreau de Paris et essayiste (France) ; Patrick Pelloux, président de l’Association des médecins urgentistes (France) ; Manuel Ruiz Robles, ex-capitaine de navire (Espagne) ; Jamal Salh, médecin et historien détenteur de la Croix Saint-Georges (Espagne) ; Martin Shaw, professeur émérite université du Sussex (Royaume-Uni) ; Klaus Zwickel, ancien président du syndicat IG Metall (Allemagne).

Plus de 80 militants, syndicalites, députés, etc. ont signé l’appel à une campagne de soutien aux déserteurs en Europe.

Pour signer l’appel : soutien.deserteurs@gmail.com