« 23 ans après la canicule de 2003, rien n’a servi de leçon aux gouvernements ! »

Jusqu’à 40 ° dans les chambres ! Brahim Yatera, syndicaliste à l’hôpital Beaujon (Clichy, Hauts-de-Seine), dénonce le chaos et les conditions de séjour et de travail insupportables pour les patients et les personnels.

Hôpital Beaujon (Clichy, Hauts-de-Seine)
Par la rédaction d'IO
Publié le 26 juin 2026
Temps de lecture : 3 minutes

On se souvient de la canicule de 2003. Qu’est-ce qui a changé ?

Brahim Yatera : 2003 n’aura pas servi de leçon à tous nos gouvernements successifs, à nos directeurs d’hôpitaux. Rien n’a été fait depuis 23 ans. C’est-à-dire pas de climatisation généralisée dans les hôpitaux, pas de vrais plans canicule. C’est toujours du rafistolage, c’est toujours dans l’urgence. 23 ans après, rien ne leur a servi de leçon.

Qu’est-il plus particulièrement dans les hôpitaux de Paris ?

Les services d’urgence sont complètement saturés. À Beaujon, nous sommes tellement saturés que nous avons dû doubler ce qu’on appelle une UHCD, une unité d’hospitalisation de courte durée au niveau des urgences.

Parce qu’il n’y a pas de place dans les étages pour pouvoir coucher les patients. Pour beaucoup, ce sont des personnes âgées de plus de 75 ans avec des soins assez lourds.

Et les personnels hospitaliers ?

Ils n’en peuvent plus. La direction nous dit que le personnel à quand même la clim’ aux urgences. À Beaujon, mon hôpital, il y a effectivement la clim’ en gériatrie et aux urgences. Mais ce sont les deux seuls services. Les autres n’en ont pas.

Les personnels de nuit, comme les personnels de jour, ont très, très chaud, voire ont des coups de chaleur. Donc, ils ne se retrouvent à vomir, à avoir des maux de tête, etc. Sans compter que, clim’ ou pas clim’ dans leurs services, après leur travail, ils se retrouvent tous dans leurs logements où la chaleur est insupportable et les empêche de dormir après des jours ou des nuits de travail harassants.

Lorsqu’ils font des malaises, ces collègues ne sont pas forcément pris en charge aux urgences de notre hôpital ou des hôpitaux où ils appartiennent. En fait, ils sont pris en charge directement dans le service par les médecins du service. Et pendant ce temps-là, il n’y a plus personne pour s’occuper des patients dans les lits. C’est du grand, grand n’importe quoi.

Et la climatisation, là où elle existe, ça marche ?

Nous rencontrons des problèmes avec les moteurs des climatiseurs, avec les moteurs de refroidissement.

Autre exemple : pour la stérilisation, le moteur a rendu l’âme. On a dû faire venir un moteur en urgence. Ce moteur de secours était lui-même HS. On a fait venir un deuxième moteur de secours : il était HS aussi !

On espère que le troisième moteur qu’on a fait venir va pouvoir tenir. Car si ce moteur lâche, il n’y aura plus de stérilisation. Qui dit plus stérilisation, dit plus de bloc opératoire.

Et dans les services non climatisés, comment ça se passe ?

C’est tellement archaïque, c’est inadmissible : on a dû faire livrer 250 kg de glaçons pour rafraîchir les patients et les soignants. Ils ont commandé une machine à fabriquer des glaçons qui n’arrivera que dans deux semaines… Rien n’avait été prévu avant !

Il fait plus de 40 degrés de nombreuses chambres. On est obligé de mettre des ventilateurs, bien sûr. Enfin, quand il y en a ! Parce qu’effectivement, on en manque à l’AP-HP.

Alors, on nous a dit qu’une centaine de ventilateurs ont été commandés, mais pour 7 hôpitaux, dont Beaujon. C’est rien par rapport au nombre de lits. Et en fait, on nous a fait porter la responsabilité en disant que les ventilos achetés les années précédentes ont été cassés ou volés. Ça, je ne peux pas l’entendre : en gros, ce serait la responsabilité du personnel !

La vérité, c’est qu’on est obligé d’accrocher des bouteilles congelées au bout des ventilos pour rafraîchir les patients, pour faire un peu de froid, tellement que ça brasse de l’air chaud. Je trouve ça complètement inadmissible.

On a y compris du mal à avoir des bouteilles d’eau !

Le niveau d’alerte des hôpitaux a été porté au plus haut par le gouvernement. Qu’en est-il ?

Le niveau 3 du plan « ORSAN » a été déclenché au niveau national. Ça veut dire qu’on mobilise des renforts sanitaires. La plupart des gens inscrits sur les réserves sanitaires que je connais ont reçu des mails pour commencer dès aujourd’hui.

À Beaujon et dans les autres hôpitaux de l’AP-HP, une décision a été prise : arrêter les opérations chirurgicales « non urgentes ». Cela va avoir un impact sur la population : le problème, c’est qu’on a tellement, tellement d’attentes qu’on ne pourra pas les reprogrammer avant 2027. Tu imagines les conséquences pour les patients…

Une dernière chose : il est question de peut-être venir faire venir des camions frigorifiques pour suppléer les chambres froides de la morgue, comme pendant la canicule de 2003, comme aussi pendant la période Covid, malheureusement, qui ne nous a toujours pas servi de leçon, parce que nos frigos, malheureusement, commencent à se remplir et qu’il est possible qu’on n’aura pas assez de place pour mettre tous les patients décédés.