Canicule et barbarie : les résultats d’une politique délibérée

Impréparation ? Manque de moyens ? Il s’agit d’une volonté politique. Il s’agit de capitalisme. 36 milliards en plus pour la guerre… Et de nouvelles coupes budgétaires prévues pour tout le reste.

À Clermont-Ferrand, un important dispositif policier démonte une piscine installée par les habitants. Au même moment, une vague artificielle ouvre la Fashion Week, à Paris, le 24 juin (photo AFP).
Par Luce Froissart
Publié le 1 juillet 2026
Temps de lecture : 4 minutes

Dimanche 28 juin, au micro de Franceinfo, Laurent Nunez, actuel ministre de l’Intérieur et ancien préfet de police de Paris en macronie, ose affirmer qu’ils ont « tiré toutes les conséquences des différents épisodes caniculaires qui ont frappé notre pays et évidemment de celui de 2003. Nous avons su anticiper, nous adapter et être extrêmement réactifs et donc c’est évidemment vrai pour le secours d’urgence à personne qui est un élément fondamental pour le traitement des épisodes caniculaires ».

Anticipé ? Vraiment ? La réalité, c’est qu’ils n’ont rien voulu anticiper, parce qu’ils poursuivent leur guerre contre la classe ouvrière. Asservir et exploiter, voilà leur credo.

Parce qu’en matière d’anticipation, leur bilan est… Glaçant. Ils ont détruit un quart des lits d’hôpitaux depuis 2003, fermé des services d’urgences, des maternités, supprimé des postes de soignants. Pareil dans les écoles où ils ont surchargé et fermé les classes, supprimé les infirmières.

Ils refusent de dégeler le point d’indice, de revaloriser les salaires et réviser les carrières.

Leur bilan ? L’été, on suffoque. On meurt. Il n’y a même plus de places dans les funérariums : ils transfèrent les morts comme l’hiver ils transfèrent les bébés atteints de bronchiolite !

L’été, on ferme les écoles parce qu’élèves et personnels crèvent – littéralement – de chaud ; l’hiver, on ferme les écoles parce qu’on gèle. Et tout cela malgré les 63 milliards engrangés depuis 2003 avec les 7 heures de travail gratis (lundi de Pentecôte) que chaque travailleur se voit contraint d’« offrir » à l’État, hôpitaux comme école attendent toujours d’être équipés, les EHPAD n’ont qu’une malheureuse salle climatisée. Oserait-on leur demander ce qu’ils ont fait de notre argent ? Qu’ont-ils fait du fruit de notre travail, de ces 63 milliards ?

En fait de réactivité, il s’agirait plutôt de « réaction ».

Entre chasse aux médecins étrangers, destructions par la police des malheureuses petites piscines des gosses des quartiers (achetées avec leurs deniers, en se cotisant, honteux, pourris), désignation de l’étranger comme la raison de « tous nos malheurs », stigmatisations du « jeune » soit alcoolisé soit inconscient des risques de noyade… Accordons que dans le registre « mépris de classe » ils ne manquent pas d’imagination.

Dans la vraie vie, c’est écoles fermées, trains à l’arrêt, pannes d’ascenseur, routes fermées parce que le bitume fond ; coupures d’électricité comme dans le quartier de la Noé à Chanteloup-les-Vignes dans les Yvelines où plus de 27 000 foyers ont passé plus de quarante-huit heures sans électricité ; coupures d’eau dans toute la France, en zone rurale comme en périphérie des villes…

Été comme hiver

Il ne s’agit pas d’un problème de chaleur. L’hiver, c’est pareil : trois flocons et plus rien ne fonctionne. Chaque fois, il en va de la responsabilité individuelle ; chaque fois, ce sont des autosatisfecits indécents ; chaque fois, ils « oublient » leurs choix politiques et leurs responsabilités. Des milliards en cadeaux fiscaux et autres réceptions fastueuses comme récemment avec le sanguinaire Trump reçu en grande pompe à Versailles aux frais de la princesse, des milliards pour la guerre et les amis du CAC 40.

Mais, toujours dans les Yvelines, cette fois à Fontenay-le-Fleury, une fillette de 12 ans est morte du fait des chaleurs dans l’appartement dans lequel elle vivait avec sa famille. Son frère de 15 ans était lui en hyperthermie. Dans les hôpitaux, les mères qui accouchent sont épuisées, les bébés déshydratés, les personnels à bout de l’horreur à laquelle ils font face, seuls. Dans les écoles, pas mieux. Les examens ? Dans les sous-sols.

Partout c’est la débrouille, et pendant ce temps-là, sur les plateaux télé climatisés, on se fait charitable, bienveillant, compréhensif… Mais aucune remise en cause des choix qui sont et ont été faits.

1 climatiseur pour 6 chambres

Ah si ! Soyons « honnêtes », notre « bon maître » Lecornu nous annonce la livraison incessamment sous peu de… 30 000 climatiseurs dans les hôpitaux. « Alléluia ! »

Mais faisons un rapide petit calcul de niveau primaire. Il reste très officiellement 367 300 lits hospitaliers. À raison de 2 lits par chambre, cela nous fait 183 650 chambres. 30 000 climatiseurs pour 183 650 chambres nous amènent donc à une moyenne d’1 climatiseur pour 6 chambres, charge aux soignants, comme au « bon vieux temps » du COVID, de trier qui aura plus de chance de survie. En effet, pour rappel, la climatisation réduit de 40 % la mortalité hospitalière en période de canicule.

Impréparation ? Manque de moyens ? Il s’agit d’une volonté politique. Il s’agit de capitalisme. Pendant que les travailleurs meurent sur les chantiers, dans les hôpitaux, dans la rue, dans les prisons, Lecornu annonce de nouveaux déremboursements, de nouvelles franchises, demande à ses ministres de trouver 30 à 50 milliards et poursuit inexorablement la marche à la guerre, la course aux armements.

Et du côté des sommets des confédérations syndicales, maintenant que les congrès sont derrière, que se passe-t-il ? Elles dialoguent dans le cadre feutré et tempéré de la conférence « Travail, Emploi, Retraite », préparent un petit communiqué intersyndical qui dénonce la situation, mais pas trop, et qui surtout ne mettrait pas en danger la sacro-sainte « stabilité » ?

Ou décideront-elles enfin de répondre à l’aspiration de la classe ouvrière qu’elles sont censées représenter, qui, avec ses syndicats, ses collectifs, ses associations, se mobilise, résiste ?

36 milliards en plus pour la guerre… Et de nouvelles coupes budgétaires prévues pour tout le reste

Dans une dépêche AFP (28 juin), nous apprenons qu’un rapport de la Cour des comptes, présidée par l’ex-ministre de l’Action et des Comptes publics, Amélie de Montchalin, « avertit que “tous les signaux” des finances publiques françaises étaient “au rouge” ».

Aussitôt, le ministre des Comptes publics, David Amiel, annonce « un bilan des six premiers mois de l’année », avec un Comité d’alerte des finances publiques le 7 juillet.

À la clé, précise l’AFP, « l’annonce attendue de nouvelles économies ». Invité de France Inter, le ministre poursuit : « La Cour des comptes a cent fois raison (…) . On est assis sur un baril de poudre. On a eu un déficit qui est parmi les plus élevés d’Europe. »

L’AFP indique également que ce « Comité d’alerte devrait être l’occasion d’annoncer de nouvelles coupes budgétaires pour compenser le coût de la guerre au Moyen-Orient, après déjà 6 milliards d’euros d’économies présentées en avril ».

Donc ce gouvernement, qui a trouvé en un claquement de doigts 36 milliards de rallonges pour la loi de programmation militaire, vient maintenant nous expliquer qu’il faudrait se serrer la ceinture à cause de la dette ? Nombreux s’interrogent sur ce que sont devenus les 63 milliards payés par les travailleurs dans le cadre de la fameuse « journée de solidarité » instaurée en 2003 après les dizaines de milliers de morts de la canicule.

« Un baril de poudre » ? Oui mais pas celui auquel pense le ministre… L. F.