Palestine : le combat pour un seul État démocratique

Le CERMTRI consacre deux Cahiers au combat des Palestiniens pour un seul État démocratique. Le premier de ces Cahiers traite de la période 1919-1949.

Par Françoise Charpenel
Publié le 14 juillet 2026
Temps de lecture : 4 minutes

Ce premier numéro s’ouvre en 1918, au moment où l’impérialisme britannique prend possession de la Palestine après en avoir chassé les Ottomans avec l’aide des armées arabes. Il se ferme sur les années 1948-1949, années de la Nakba (la « Catastrophe »), massacres et expulsions massives des Palestiniens, perpétrés par les milices sionistes auxquelles l’impérialisme britannique a laissé le champ libre.

Le Cahier présente vingt documents, pour certains inédits en français. Il s’attache à l’étude d’un mouvement ouvrier naissant qui lutte pour son émancipation à travers la construction de ses organisations de classe. Il doit affronter la politique raciste et la répression du colonisateur britannique qui, pour la défense de ses intérêts propres, s’appuie sur le mouvement sioniste dont le but est la fondation d’un État juif et l’expulsion des Palestiniens.

Les documents présentés montrent qu’une unité de classe judéo arabe ne relevait pas de l’utopie, qu’elle avait été recherchée et pratiquée par les travailleurs arabes et juifs dans des grèves communes, dans des tentatives d’organisations communes, tentatives dans lesquelles le jeune Parti communiste a joué un rôle non négligeable.

Si ces luttes n’ont pu aboutir, si la « Catastrophe » a pu être imposée, ce fut par l’action consciente et méthodique des appareils politiques des organisations sionistes, des partis des grands propriétaires féodaux et de la bourgeoisie palestinienne, de la direction stalinienne de l’Internationale communiste qui ont organisé la division.

La Grande Révolte palestinienne de 1936-1939

Le combat des Palestiniens pour leur indépendance, contre l’occupation britannique et le sionisme, culmine avec la Grande Révolte palestinienne de 1936-1939.

Au milieu des années 1930, la situation socio-économique de la paysannerie et de la classe ouvrière arabes est devenue désespérée : la « conquête de la terre », la « conquête du travail » et le « travail hébreu », politiques racistes de l’Agence juive soutenue par l’autorité coloniale, chasse les paysans de leurs terres et les travailleurs des entreprises, les bidonvilles se développent à la périphérie des grandes villes. Les conditions de l’explosion sont réunies au printemps 1936.

La Grande Révolte débute par une grève générale qui durera six mois. La ville de Jaffa se soulève et, le 21 avril 1936, les grévistes lancent un appel à une grève générale en Palestine. Dès le lendemain, la quasi-totalité des villes et des villages constituent leur comité de grève. Le 25 avril 1936, dans l’espoir de réussir à contrôler le mouvement, les partis nationalistes dirigés par les grands propriétaires fonciers féodaux, la bourgeoise commerçante et les autorités religieuses fondent le Haut Comité arabe, présidé par le mufti de Jérusalem, Amin al-Husseini, la plus haute autorité religieuse du pays et le représentant d’une des plus puissantes familles de Palestine.

Le 7 mai, un congrès national des comités de grève réunit 150 délégués représentant 22 villes et leurs régions. Il confie la direction du mouvement au Haut Comité arabe et rédige ses revendications : arrêt de l’immigration, interdiction de la vente des terres au Fonds national juif, octroi de l’indépendance. Une première mesure pratique est votée, la grève des impôts. La grève va s’étendre rapidement et bloquer le pays : les transports, les ports, l’enseignement, les cours de justice, les municipalités, etc. jusqu’aux 1 200 employés arabes des autorités coloniales. Localement, dans les comités de grève des ateliers ferroviaires de Haïfa, de la cimenterie de Nesher, des docks de Jaffa et Haïfa les revendications se radicalisent avec des tentatives de contrôle ouvrier ; les affrontements des paysans avec les grands propriétaires fonciers se multiplient.

Parallèlement à la grève, un mouvement de guérilla apparaît en mai 1936, qui va se généraliser à l’automne 1937. Des paysans rejoignent les maquis qui s’organisent dans les montagnes. Des groupes de nationalistes arabes de Syrie et de Transjordanie les rejoignent.

La réaction britannique est brutale. La loi martiale est proclamée, des troupes arrivent en renfort des colonies voisines. La répression se déchaîne sur toute la Palestine, des quartiers entiers sont rasés comme à Jaffa avec la destruction de la vieille ville, qui jette à la rue 6 000 personnes. L’armée coloniale britannique est renforcée par des supplétifs, les milices sionistes, au premier rang desquelles, la Haganah.

Dans le Cahier sont reproduits des extraits de La révolte de 1936-1939 en Palestine, écrite par Ghassan Kanafani, écrivain, journaliste et militant du FPLP (Front populaire de libération de la Palestine). Chassé de Palestine avec sa famille en 1948, pendant la Nakba, il sera assassiné par le Mossad à Beyrouth en 1972.

« L e nombre des sionistes servant dans la police en Palestine explosa : de 365 en 1935, on passa à 682 en 1936. Le gouvernement annonça à la fin de l’année 1936 le recrutement de 1 240 sionistes comme auxiliaires de police armés. Un mois plus tard, le chiffre était porté à 2863, et des officiers britanniques jouèrent un rôle majeur dans la direction de groupes sionistes dans l’attaque des villages arabes palestiniens. (…)

La Grande-Bretagne commença à s’inquiéter de la nécessité de rapatrier une partie de ses forces armées en Europe où la situation devenait de plus en plus critique. Elle fut donc favorable à “l’organisation rapide d’une force de défense de volontaires juifs de 6 500 hommes sur la base des milices existantes”. (…)  

L’oppression britannique qui avait atteint un niveau inouï, l’intensification des raids de la police, les arrestations de masse et les exécutions, tout au long des années 1937 et 1938, affaiblirent la révolte mais n’y mirent pas un terme. (…)

(Dans ce contexte) les plans sionistes s’articulèrent autour de deux lignes parallèles : la plus proche alliance possible avec la Grande-Bretagne – dans le cadre fixé par le XXe congrès sioniste tenu à l’été 1937, et qui avait exprimé son intention d’accepter la partition (proposée par le rapport de la Commission Peel du 7 juillet 193l, Ndlr), pour se concilier les Britanniques et éviter une rupture avec eux. Cette politique fut adoptée pour permettre à l’empire britannique d’écraser la révolte arabe qui avait repris à l’été. L’autre ligne directrice consistait en la mobilisation interne et continue de la société des colons sionistes, sous le slogan adopté par Ben Gourion, “pas d’alternative”, qui mettait en avant la nécessité de poser les fondations d’une société militarisée et de ses instruments économiques et militaires. (…)

Des comparaisons sont nécessaires pour apprécier les pertes (palestiniennes de 1936-1939) à leur juste valeur (…). À l’échelle des États-Unis (208 millions d’habitants en 1972, date de l’ouvrage de Kanafani, Ndlr), ces pertes représenteraient près d’un million de tués, trois millions de blessés et plus de six millions de personnes emprisonnées ! Mais les conséquences les plus graves furent le développement rapide des secteurs économiques et militaires qui assirent les fondations de l’entité coloniale sioniste en Palestine. »

CERMTRI : Centre d’études et de recherches sur les mouvements trotskyste et révolutionnaires internationaux

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