Clermont-Ferrand : Harcèlement policier dans la cité de la Gauthière
« Inhumain et révoltant » : en pleine canicule, la police a démonté quatre fois des piscines démontables que les habitants avaient financées. Ils dénoncent une maltraitance permanente.
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Des habitants d’une cité populaire à Clermont-Ferrand, La Gauthière, jeunes, parents, ouvriers et employés dans des entreprises de la métropole clermontoise, se sont organisés par eux-mêmes et se sont cotisés pour financer des piscines démontables pour permettre aux enfants de se rafraîchir, au moment même où ces enfants étaient invités à ne pas se rendre à l’école car les classes étaient surchauffées et à rester chez eux, dans des bouilloires thermiques.
Le 23 juin, la piscine à peine installée, quinze agents et six fourgons des polices municipale et nationale sont intervenus. Ils ont percé la bâche et procédé à son démontage. Motif invoqué : sécurité et occupation illégale du domaine public.
Le lendemain, les habitants ont acheté une nouvelle piscine et l’ont installée dans l’herbe à un endroit qui ne gênait personne. Les policiers sont revenus pour la saisir. Les habitants ont alors tenté une troisième installation sur un espace à l’écart des habitations. Les forces de l’ordre l’ont une nouvelle fois démontée. Le 27 juin, une quatrième piscine a été percée par la police.
Une pétition de 15 000 signatures
Pourquoi un tel acharnement ? Interrogés par des militants LFI venus apporter leur soutien, des organisateurs de l’initiative décrivent la maltraitance permanente des jeunes dans la cité. « Un policier s’est exclamé en nous voyant : “Ah, le zoo de Beauval !”, rapporte l’un d’entre eux. C’est inhumain… mais nous y sommes habitués. La cité est quadrillée par les rondes de policiers en voitures banalisées. Les barbecues sont interdits maintenant. La fête de quartier du 10 juillet aussi. Le harcèlement policier se traduit par des amendes injustifiées qui entraînent des dettes considérables ».
Un collectif des habitants a lancé une pétition, aidé par une conseillère municipale PCF. Elle a recueilli 15 000 signatures à ce jour. Les habitants demandent « la mise en place rapide de solutions de rafraîchissement accessibles aux enfants et aux familles du quartier pendant les périodes de forte chaleur.
À défaut, l’autorisation exceptionnelle d’installer temporairement des jeux d’eau ou des piscines démontables sur les espaces enherbés adaptés, dans le respect des règles de sécurité et de la tranquillité publique ».
Une habitante a filmé l’intervention de la police depuis son balcon et l’a diffusée sur les réseaux sociaux. Immense indignation. « C’est inhumain et révoltant » ; « Pourrir la vie d’enfants qui vivent déjà dans des conditions plus difficiles… La honte ! », lit-on ; « Ils laissent mourir les gens dans les hôpitaux et les maisons de retraite. Pensez bien, ceux des quartiers populaires n’allaient pas être épargnés ! », cingle un internaute.
Un autre fustige : « Mais le couvre-feu en plus en pleine canicule, c’est inhumain ! » Il fait référence au couvre-feu instauré par la municipalité visant les mineurs de moins de 16 ans non accompagnés, sous peine d’amende, pendant la Coupe du monde. Sont également interdits les regroupements de 14 heures à 5 heures jusqu’au 30 septembre. Du coup, « ils ont supprimé tous les bancs de la cité », peste un habitant. Aucune fan zone n’a été installée.
Marianne Maximi, députée LFI de Clermont-Ferrand, a adressé, le 29 juin, un courrier à la préfète du Puy-de-Dôme et dénoncé, lors du point presse du groupe parlementaire LFI : « Après les opérations “place nette”, voilà les opérations “piscine nette” ».
Quatre piscines détruites en soixante-douze heures, en pleine canicule. Il urge de mettre un terme à cette indignité.
