À propos de l’hommage du Parti socialiste à Édouard Balladur
Édouard Balladur est décédé ce lundi 31 août à l’âge de 97 ans. Hommages en cascades au « serviteur de l’État ». Regardons concrètement et mettons les points sur les i.
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Après le décès d’Édouard Balladur, nombreux sont ceux dans la classe politique à lui avoir rendu hommage : Emmanuel Macron, Gabriel Attal, Bruno Retailleau ou encore Marine Le Pen…
Le Parti socialiste s’est lui aussi fendu d’un communiqué, dans lequel il salue « le serviteur de l’État, l’homme de convictions et le républicain », ajoutant que lors de la « cohabitation avec François Mitterrand (…), ils surent exercer les responsabilités que les Français leur avaient confiées ». Ah bon ? Examinons cela de plus près.
Lors de la première cohabitation, de 1986 à 1988, Édouard Balladur exerce les fonctions de « ministre d’État, de l’Économie, des Finances et de la Privatisation » (sic) dans le gouvernement dirigé par Jacques Chirac.
C’est au cours de ces années qu’Édouard Balladur lance un vaste programme de privatisations : le groupe pétrolier Elf Aquitaine, Société générale, Suez, Saint-Gobain, Paribas, Crédit commercial de France, TF1, Matra, Compagnie générale d’électricité, Havas, Mutuelle générale française… Pendant ces deux années, il met en place en France la même politique – ou presque – que celle de Ronald Reagan aux États-Unis ou Margaret Thatcher au Royaume-Uni.
Il diminue le nombre de fonctionnaires et augmente les prix. Son passage au ministère « de la Privatisation » lui vaut même un prix décerné par le Fonds monétaire international (FMI), celui de « ministre des Finances de l’année ».
Édouard Balladur apporte son soutien à l’intervention française dans la guerre du Golfe et se prononce en faveur du traité de Maastricht. Il est favorable à la suppression du droit du sol, l’expulsion des immigrés chômeurs depuis plus de deux ans, et la restriction de l’accès aux allocations familiales.
Retraite et CIP
Lors de la deuxième cohabitation de 1993 à 1995, il est nommé Premier ministre par François Mitterrand. Il décide rapidement des hausses d’impôts, notamment le doublement de la CSG (contribution sociale généralisée), et poursuit son train de privatisations (Rhône-Poulenc, Banque nationale de Paris…). Dans le même temps, les salaires des fonctionnaires, les pensions de retraite et les allocations familiales sont gelés. Le forfait hospitalier à la charge de l’assuré est majoré de 10 %.
Mais Édouard Balladur est surtout connu pour avoir engagé durant ces deux années, deux attaques frontales contre les droits et acquis de la classe ouvrière, à savoir les retraites et le Code du travail.
S’agissant des retraites, l’attaque fait passer la durée de cotisation de 37,5 à 40 annuités pour une retraite à taux plein, indexe les pensions sur les prix et non plus sur les salaires, et allonge de 10 à 25 ans (!) le calcul de la retraite basé sur les meilleures années pour le privé.
S’agissant du Code du travail, c’est le fameux « contrat d’insertion professionnelle » (CIP) destiné à smicardiser la jeunesse, ancêtre du « contrat première embauche » (CPE) de Dominique de Villepin, et qui mettra des centaines de milliers de manifestants dans les rues conduisant finalement Édouard Balladur à le retirer en mars 1994.
C’est donc à ce bilan anti-ouvrier et réactionnaire que le Parti socialiste gratifie François Mitterrand et Édouard Balladur d’avoir su « exercer les responsabilités que les Français leur avaient confiées ». Un bilan que tous, de Raphaël Glucksmann à Marine Le Pen, en passant par François Hollande et Édouard Philippe, non seulement ne renient pas, mais espèrent bien incarner au cours des prochains mois de campagne.
