Marine Le Pen au Medef : l’arnaque sociale au service du capital

Marine Le Pen promet la retraite à 60 ans ! Enfin… pas pour tous, et surtout pas aux conditions attachées à notre système de Sécurité sociale.

Marine Le Pen lors de la Rencontre des entrepreneurs de France (REF) organisée par le MEDEF, le 27 août (photo AFP).
Par Soriane Frid
Publié le 2 septembre 2026
Temps de lecture : 6 minutes

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Lors du débat organisé le 27 août 2026 à la Rencontre des entrepreneurs de France (REF) du Medef, Marine Le Pen s’est présentée en « protectrice des travailleurs » tout en rassurant le patronat.

Aux salariés, elle agite les 60 ans.

Aux patrons, elle promet de supprimer la contribution sociale de solidarité des sociétés (C3S), la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) et la cotisation foncière des entreprises (CFE).

Aux marchés, elle offre une règle d’or budgétaire qu’elle inscrirait dans la Constitution et 125 milliards d’économies. Pour financer le tout, elle désigne l’étranger.

Marine Le Pen prétend rompre avec Macron, mais reprend ses recettes au service du capital : réduire les prélèvements patronaux, la dépense publique et les finances sociales. Elle divise aussi les travailleurs par nationalité.

60 ans, vraiment ?

En 1982, la retraite à 60 ans devient un droit général pour les salariés justifiant de 37,5 annuités, prolongeant ce qui a été arraché en 1945 : faire de la retraite un droit collectif financé par la cotisation et garanti par la solidarité entre les générations.

Marine Le Pen propose autre chose. Au MEDEF, elle affirme :

« Tous ceux qui ont commencé à avoir un emploi effectif au sens de l’INSEE avant 20 ans (…) partiront à 60 ans. »

Ce départ à 60 ans existe déjà : les travailleurs ayant commencé avant 18 ans peuvent y prétendre s’ils ont cinq trimestres avant la fin de l’année de leurs 18 ans (quatre s’ils sont nés au dernier trimestre) et la durée cotisée exigée. S’ils ont commencé à travailler avant 16 ans, le départ peut intervenir à 58 ans.

Le Pen étendrait donc ce seuil aux salariés ayant commencé à travailler avant 20 ans et ayant 40 annuités ; pour les autres, jusqu’à 62 ans et 42 annuités. En fait, ici il s’agit ni plus ni moins que d’une proposition d’aménagement des carrières longues.

Mais attention ! Marine Le Pen parle d’annuités « cotisées », mais se tait sur les trimestres validés. Que deviennent chômage, maladie, maternité, invalidité ou congé parental ? Et les majorations pour enfants ? Une promesse d’âge ne vaut rien si ses conditions restent cachées.

Ce flou frappe d’abord les femmes, aux carrières plus souvent interrompues ou à temps partiel. Une femme peut avoir quarante ans de vie professionnelle sans quarante annuités cotisées.

Même problème pour les intérimaires, saisonniers, salariés en contrats courts ou éloignés de l’emploi par la maladie. Les parcours les plus difficiles risqueraient d’être exclus du dispositif conçu prétendument pour eux.

Marine Le Pen ne revient ni sur les vingt-cinq meilleures années, qui pénalisent les carrières irrégulières, ni sur la décote et les complémentaires. Partir plus tôt avec une pension amputée n’est pas une conquête sociale.

Des cadeaux patronaux garantis

Marine Le Pen assume le coût de son dispositif sans en présenter le financement complet :

« Ma proposition sur les retraites coûtera 9 milliards d’euros en année pleine. (…) C’est un choix de société, tout comme exonérer les entreprises est un choix de société. »

Les droits des travailleurs et les exonérations patronales sont ainsi placés sur le même plan. Mais devant le MEDEF, elle précise son choix : « Il ne faut pas seulement baisser la CVAE, la C3S et la CFE, il faut les supprimer. »

La C3S contribue au financement de la Sécurité sociale. Comment promettre de nouveaux droits tout en supprimant une de ses recettes ? Qui compensera : l’État, les salariés, les retraités ou les malades ? Le RN ne le dit pas.

Macron a ouvert la voie, Le Pen veut l’élargir

Depuis 2017, Macron multiplie les cadeaux au capital : transformation de l’ISF, prélèvement forfaitaire unique, baisse de l’impôt sur les sociétés et des impôts de production, exonérations patronales… pendant que l’âge de départ à la retraite recule.

Marine Le Pen ne change pas de logiciel. La baisse des impôts de production engagée sous Macron devient une suppression. Elle ne lui reproche pas d’avoir servi le capital, mais de ne pas être allé assez loin.

La preuve encore avec les 125 milliards d’euros d’économies annoncés : « Nous présenterons juste avant le débat budgétaire notre trajectoire de rétablissement des finances publiques avec 125 milliards d’euros d’économies. »

Le détail n’est pas publié. Marine Le Pen précise seulement que l’État doit « baisser drastiquement son train de vie ». Or derrière ce prétendu train de vie, il y a les hôpitaux, les écoles, la Sécurité sociale et les services publics – à l’exception, bien entendu, des crédits militaires. Macron en a fait une méthode ; Le Pen veut en fait la continuer.

La capitalisation pour ceux qui peuvent

Marine Le Pen s’est aussi prononcée pour une retraite complémentaire par capitalisation destinée à ceux « qui le veulent et qui le peuvent ». Tout est dit : ceux qui peuvent…

Les plus riches pourront épargner et se payer une meilleure retraite. Les autres, qui ont déjà à peine de quoi vivre, n’auront rien ou presque à capitaliser.

À chacun donc sa retraite selon son portefeuille et l’humeur des marchés !

Elle installe ici l’idée que la répartition ne suffirait plus et que chacun devrait la compléter. La capitalisation « volontaire » prépare une retraite à plusieurs vitesses : une pension collective affaiblie et un complément pour ceux qui peuvent se le payer.

La cotisation, leur ennemie commune

Macron comme Le Pen présentent la cotisation comme un prélèvement qui renchérirait le « coût du travail ».

La cotisation est une part socialisée du salaire mise en commun pour financer nos droits. La supprimer ne fait pas apparaître du salaire : elle retire une ressource à la protection sociale, sans aucune garantie pour le salarié. Nous connaissons la méthode : les entreprises empochent les exonérations, les salaires stagnent et les comptes de la Sécurité sociale se dégradent. Puis les mêmes dénoncent le déficit qu’ils ont organisé. Macron en a fait une politique ; Le Pen, un programme présidentiel.

L’étranger, l’escroquerie dans l’escroquerie

Pour justifier ses mesures ultralibérales, Marine Le Pen ressort la « préférence nationale » et cite : « L’immigration, qui coûte très cher à notre système de protection sociale. »

Le RN veut réserver certaines aides sociales aux Français et imposer cinq années de travail aux étrangers avant l’accès aux prestations de solidarité. Pourtant, le travailleur étranger cotise dès son premier salaire. Son employeur profite de son travail dès le premier jour. Selon le RN, il devrait donc cotiser aujourd’hui et attendre plusieurs années pour accéder à ses droits !

Deux travailleurs au même poste et versant les mêmes cotisations pourraient avoir des droits différents selon leur passeport. Voilà la justice sociale du RN : prendre les cotisations de tous, mais réserver les droits à certains.

Même confusion pour les pensions versées à l’étranger. Une pension n’est pas une aide, mais un droit acquis par le travail. Un étranger peut vivre dans son pays et percevoir sa pension, comme un Français à l’étranger.

Le capital a toujours eu besoin de diviser ceux qu’il exploite. La préférence nationale du RN lui offre un nouvel outil.

Le parti du capital sous un masque populaire

Devant les patrons, le masque tombe : même politique de l’offre, mêmes cadeaux patronaux, même austérité, même individualisation des droits, même refus de prendre l’argent dans les profits et les grandes fortunes.

Le RN prétend que la préférence nationale épargnerait les travailleurs français. C’est faux. Quand les recettes de la Sécu diminuent, tous les assurés paient. Quand l’hôpital ferme des lits, il ne demande pas le passeport du malade.

La préférence nationale permet de commencer par les étrangers avant de s’en prendre à l’ensemble des travailleurs. Le RN n’est pas l’alternative au macronisme, mais sa continuation autoritaire et raciste.

La Sécurité sociale de 1945 et la retraite à 60 ans de 1982 reposent sur une même idée : socialiser une part des richesses produites par le travail afin de garantir collectivement les droits de chacun.

Marine Le Pen effectue le mouvement inverse. Elle réduit la portée des 60 ans, entretient le flou sur les trimestres, ouvre la porte à la capitalisation, supprime des recettes patronales et trie les travailleurs selon leur nationalité.

Derrière le masque social, le RN défend le capital.

Or, la retraite est un revenu de remplacement. La cotisation est l’incarnation de la solidarité ouvrière. Elle ne se capitalise pas, ne se privatise pas et ne se trie pas selon la nationalité. Ce projet-là n’oppose donc pas deux conceptions sociales de la retraite. Il oppose les travailleurs entre eux tout en préservant les profits. À la solidarité de classe, le RN substitue le tri national ; à la cotisation, il prépare l’épargne privée et les marchés.

Face à Macron et les candidats du bloc central (Attal, Glucksmann, Hollande, Faure, Philippe…) comme face à le Pen, organisons-nous pour qu’ils dégagent tous.

« Qui va payer tout ça Madame Le Pen ? »

Lors du débat entre sept candidats à l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon démonte les manœuvres de Le Pen, Philippe, Attal, Retailleau et Glucksmann concernant la Sécurité sociale.

« Vous parlez beaucoup de la vérité et de tout le reste. Mais alors pour ce qui concerne les comptes de l’État, vous y allez tranquillement : on supprime les impôts, les taxes ; on va augmenter ceci et cela… Oui mais qui va payer tout ça Madame Le Pen ? Vous voulez supprimer les impôts de production au niveau local. Qui va compenser cette somme ? Je sais ce que vous avez fait (s’adressant à Philippe et Attal notamment, Ndlr), c’est malin. Vous avez transféré les recettes de cotisation de la Sécurité sociale sur le budget de l’État. Vous avez fait une TVA sociale.

Vous faites payer ces cotisations avec la TVA, voilà la vérité. Et maintenant vous dites : l’État se ruine à payer les cotisations sociales. Imaginez que je vous prenne au mot et que je vous dise “on va rétablir toutes les cotisations sociales qui ont été annulées jusqu’à présent et qui sont payées par l’État.” On tuerait instantanément des centaines d’entreprises.

Donc vous vous êtes donné un moyen de chantage sur nous. Pour autant, on le fera. On devra, non pas remettre toutes ces cotisations d’un seul coup mais progressivement et en trouvant d’autres recettes. Si on ne le faisait pas, on mentirait. La Sécurité sociale est à l’équilibre si vous ne lui prenez pas ses recettes. »