Allemagne : « Après les élections en Saxe-Anhalt 2026, quelles suites pour le BSW ? »
Le 6 septembre, les élections dans le Land de Saxe-Anhalt, en Allemagne, ont été largement remportées par l’AfD (extrême droite). Nous publions une déclaration (8 septembre) du conseil des porte-parole de l’AGBSW, qui est un regroupement de syndicalistes dans le parti BSW.
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Le résultat des élections en Saxe-Anhalt montre à quel point une grande partie de la population – et pas seulement dans ce Land – aspire à un changement fondamental des conditions politiques et sociales. La CDU, jusqu’ici de loin le parti le plus puissant, a vu sa part des secondes voix diminuer de plus de moitié. Die Linke, le SPD et les Verts n’en ont pas profité ; le gouvernement du ministre président CDU Sven Schulze n’a plus de majorité. Avec 5,3 % des secondes voix exprimées1Le mode de scrutin en Allemagne est un scrutin proportionnel particulier, où sur son bulletin de vote, l’électeur vote deux fois : pour le candidat de sa circonscription (première voix), et pour le parti de son choix (deuxième voix) (Ndt)., le BSW a tout juste atteint son objectif minimal, à savoir entrer au parlement régional. Pour les premières voix, il n’obtient que 3,2 %.
Avec environ 44 % des voix, l’AfD est devenue de loin le parti le plus puissant, y compris parmi les adhérents des syndicats. C’est notamment la grande majorité des personnes en situation économique difficile et disposant d’un niveau de formation formelle plus faible qui a voté pour l’AfD. Celle-ci a réussi à s’emparer des grands problèmes et de la nécessité d’une autre politique grâce à une agitation simplificatrice, détournant l’attention des véritables causes, dirigée contre “les vieux partis”, ainsi qu’à une campagne de division et d’exclusion visant les minorités. Elle a ainsi pu transformer en suffrages électoraux à son profit l’aspiration de nombreuses personnes à une vie meilleure, à la paix, à la justice sociale et à la sécurité personnelle, ainsi qu’à un ancrage et à un avenir.
La responsabilité principale du fait que cela ait été possible incombe aux partis au pouvoir et à leur politique. Le « cordon sanitaire » comme stratégie contre l’AfD a échoué de manière retentissante.
Le “vote tactique” a surtout permis aux Verts d’obtenir un résultat nettement meilleur aux secondes voix qu’aux premières voix et, ainsi, d’entrer au parlement régional. Cela s’est fait principalement au détriment de la CDU, mais aussi de Die Linke. L’AfD, en revanche, a obtenu presque autant de secondes voix que de premières voix.
Selon les sondages, le BSW a été choisi avant tout en raison de son programme sur les questions de justice sociale, des intérêts de l’Allemagne de l’Est, de la paix, de la politique éducative et des retraites, et ce de manière presque égale dans toutes les catégories sociales et d’âge, aussi bien en ville qu’à la campagne. Sur le thème central de l’économie, le BSW n’a pas réussi à convaincre ; il faudrait faire apparaître clairement une alternative aussi bien à la CDU qu’à l’AfD. Les voix du BSW provenaient principalement d’anciens électeurs de Die Linke, de la CDU, de personnes qui ne votaient pas auparavant et également du SPD ; seules quelques-unes provenaient d’électeurs de l’AfD. Dans leur attitude à l’égard de l’AfD, les électeurs du BSW sont divisés : plus de 60 % d’entre eux considèrent, selon un sondage, qu’un gouvernement de l’AfD serait plutôt inquiétant.
Les partis au pouvoir au niveau fédéral et régional, c’est-à-dire la CDU/CSU, le SPD, les Verts, le FDP, mais aussi Die Linke, sont responsables d’une évolution de l’Allemagne que de plus en plus de personnes vivent comme très négative : stagnation économique et déclin de l’industrie, aggravation des problèmes sociaux, salaires et retraites trop faibles, disparition des emplois et inquiétude quant aux emplois et à l’avenir des enfants. Les prix des denrées alimentaires, de l’énergie et des loyers augmentent et de plus en plus de personnes peuvent à peine subvenir à leurs besoins. Les logements abordables font défaut ; la qualité des écoles et des crèches est insuffisante. La Sécurité sociale et les services publics sont réduits, les conditions de vie se détériorent dans de nombreuses régions, les inégalités et les divisions sociales s’accroissent. La forte immigration des quinze dernières années et l’intégration insuffisante constituent notamment un problème pour les groupes de population déjà défavorisés.
Le risque de guerre devient de plus en plus menaçant du fait de l’escalade de la guerre en Ukraine et du conflit contre la Russie, que le gouvernement fédéral et l’Union européenne poussent en avant. Le réarmement massif qu’ils poursuivent accélère simultanément le démantèlement de l’État social. La société se militarise. Les revendications du patronat visant à restreindre les droits des salariés et des syndicats, notamment le droit de grève, se font de plus en plus fortes. La pluralité des opinions et les droits démocratiques sont restreints ; ceux qui expriment leur désaccord subissent des pressions et des discriminations. Nous constatons dans l’ensemble un fort virage à droite de la politique, dont les partis au pouvoir portent principalement la responsabilité.
Dans la réalité, l’AfD ne constitue cependant pas une alternative dans l’intérêt de la majorité de la population. D’une part, ce n’est pas un parti de la paix : il soutient la politique de réarmement et de militarisation du gouvernement Merz. D’autre part, ses prétendues revendications sociales ne sont que de la propagande. En définitive, l’AfD représente une poursuite radicalisée d’une politique allant à l’encontre des intérêts des salariés et de l’État social ; ce parti entend continuer à favoriser la redistribution des richesses au profit du capital et des riches, au détriment de la majorité de la population.
Les problèmes ne peuvent pas être résolus par une politique dirigée contre les immigrés, par une idéologie nationaliste et raciste, par une guerre culturelle contre les comportements et opinions divergents, ni par davantage de pression dans les écoles et le déni de la crise climatique.
L’élection a également montré à quel point les conceptions et les objectifs d’une alternative sociale, favorable aux salariés et pacifiste sont actuellement peu présents et peu enracinés. Le BSW n’est pas parvenu à s’imposer comme l’opposition et l’alternative sociale et pacifiste face à la politique dominante, mais aussi face à l’AfD. Il n’a pas réussi à faire comprendre que le BSW propose de meilleures solutions que l’AfD.
Comparativement aux résultats électoraux obtenus dans le Brandebourg, en Saxe et en Thuringe en 2024, le soutien au BSW s’est considérablement réduit. Au cours des deux dernières années, il a perdu une grande partie des électeurs et des militants qui, au début, avaient placé leurs espoirs dans le BSW comme alternative de ce type, c’est-à-dire comme une alternative de gauche classique. Le parti risque ainsi lui-même d’échouer. Un parti n’est pas une fin en soi ; il doit défendre certains intérêts et objectifs politiques qui ne peuvent être abandonnés pour des considérations tactiques ou opportunistes. C’est là le véritable cœur de la crédibilité.
La participation du BSW aux coalitions en Thuringe et dans le Brandebourg, ainsi que la sortie du Bundestag, a rendu plus difficile l’affirmation d’un profil propre au BSW. Le profil du BSW ne peut et ne doit surtout pas consister dans son positionnement par rapport à l’AfD ou aux “vieux partis”. C’est pourtant ainsi que les médias ont abordé la question, et cela tient également à la manière dont le BSW, ou certaines de ses principales figures, se sont eux-mêmes présentés. Au lieu de s’opposer de manière populaire aussi bien à la politique et aux récits du bloc dominant qu’à l’agitation et aux discours haineux de l’AfD et de la droite raciste, le BSW s’est à peine opposé à cette dernière et s’est surtout attaqué aux gouvernements à coups d’accusations superficielles et générales et de slogans. Le simple fait de parler sans distinction des “vieux partis” comme prétendument seuls responsables des problèmes profite, dans les conditions actuelles, surtout à l’AfD. Un BSW qui dépendrait de “voix prêtées” par l’AfD, ou qui compterait même là-dessus, se serait lui-même abandonné.
Le BSW ne doit jouer ni dans “l’équipe CDU” ni dans “l’équipe AfD”. Il doit se battre pour les voix contre les deux camps. Dans cette situation, le BSW a besoin d’un nouveau départ.
Il lui faut un profil propre et clair ainsi qu’une défense offensive des intérêts des travailleurs et des “petites gens”. Comme la social-démocratie l’a été à ses meilleures époques (et comme le SPD ne l’est plus depuis très longtemps). Sans effrayer la majorité de la population, comme le fait Die Linke, par des positions ou des comportements mal orientés ou excessifs que seules de petites minorités défendent. Il ne s’agit pas seulement, ni principalement, des querelles superficielles entre partis politiques ; il s’agit de questions fondamentales concernant l’évolution économique, sociale et internationale, de prévenir la guerre et la violence, la pauvreté et la misère, ainsi que les catastrophes écologiques.
Il s’agit de savoir quels intérêts et quelles forces sociales se trouvent derrière telle ou telle politique. Il faut parler du capitalisme et de l’impérialisme, ainsi que des alternatives possibles à ceux-ci. La politique dominante doit être décodée – dans des termes accessibles au plus grand nombre – comme une lutte des classes menée d’en haut, comme une politique servant les intérêts du grand capital et des élites politiques qui lui sont liées. Le démantèlement de l’État social et la politique de guerre et de réarmement sont, à cet égard, les deux faces d’une même médaille. Et la réduction de la liberté d’expression et de la démocratie en constitue, en quelque sorte, une troisième face.
Le BSW doit concentrer son action sur la lutte contre le réarmement et la guerre, ainsi que sur la défense des intérêts sociaux des salariés et des petits travailleurs indépendants et de leurs familles. Il lui faut un profil clair en tant que parti qui agit en faveur de bons emplois, de bons salaires et de bonnes retraites, des soins de santé, de la prise en charge des personnes dépendantes, de l’éducation, des services publics essentiels et de logements abordables. Sur toutes ces questions, ni la poursuite de la politique actuelle, ni une coopération avec l’AfD ne constituent une issue.
Il ne suffit pas non plus de se concentrer uniquement sur la lutte électorale et parlementaire. Un parti qui veut changer les choses doit gagner les esprits et les cœurs des gens, transformer leurs attitudes et la conscience sociale, plutôt que de simplement courir derrière eux. Pour cela, il doit être implanté et actif dans les milieux sociaux, les syndicats et les autres organisations, et être capable de mobiliser également en dehors du Parlement. Ce n’est que s’il parvient ainsi à convaincre des pans croissants de la population de s’opposer à la politique de guerre et de réarmement et de soutenir le renforcement plutôt que le démantèlement de l’État social, et à les mobiliser contre la politique du gouvernement, que le BSW pourra se rapprocher de ses objectifs.
Le BSW doit renouer avec la tradition des mouvements démocratiques, du mouvement ouvrier et aussi de l’antifascisme : “Nous rejetons les idéologies d’extrême droite, racistes et violentes de toute nature.” Le BSW ne doit pas apparaître comme un parti globalement opposé à l’immigration et, dans la “guerre culturelle”, il ne doit participer ni du côté de la droite ni du côté de la gauche.
Il n’aurait rien à y gagner, mais beaucoup à perdre. Le BSW est synonyme de paix et de liberté, ainsi que de droits et de chances égaux pour toutes les personnes qui vivent durablement ici, indépendamment de leur origine sociale ou géographique, de leurs caractéristiques physiques, de leur sexe et de leur orientation sexuelle, de leurs convictions religieuses ou politiques. Il défend donc l’État de droit démocratique et social ainsi que les droits fondamentaux inscrits dans la Loi fondamentale.
Le BSW doit renouer avec l’impulsion qui a présidé à sa création. Le programme du parti BSW contient les bases nécessaires à un tel parti : justice sociale, rationalité économique, paix et liberté constituent des orientations fondamentales du BSW capables de répondre aux défis de l’avenir. Ces orientations doivent être précisées et concrétisées sur le fond dans le sens indiqué ci-dessus. Il faut notamment clarifier que la rationalité économique ne signifie pas suivre les revendications des organisations patronales – la majorité des personnes qui travaillent dans l’économie sont des salariés ; c’est à leurs intérêts que doit servir la raison économique.
Un tel parti est très nécessaire, car il fait défaut – plus que jamais.
