Révolte lycéenne
Retour sur une colère bien légitime qui cherche à s’organiser.
- Actualité politique et sociale, Révolte lycéenne

Plusieurs centaines de rassemblements et de blocus se sont tenus devant les lycées partout en France le mardi 29 septembre, se saisissant de l’appel à la grève lancé par l’intersyndicale dans la fonction publique. Dès la veille des lycéens s’étaient déjà mobilisés dans la continuité des blocus qui avaient eu lieu la semaine d’avant.
D evant un lycée de région parisienne, il est 7 h 30 et déjà les élèves se massent autour des pancartes qui ont été attachées au portail un peu plus tôt : « La jeunesse emmerde Parcoursup », « on veut des conditions d’études dignes, plus de tables et de chaises, des classes moins chargées ».
Ils ont tous des choses à dire sur le manque de matériel, le manque de profs : « Je passe le bac de français mais je n’ai pas de prof de français depuis la rentrée » ; les locaux insalubres : « On crève de chaud l’été, et l’hiver on n’a parfois pas de chauffage » ; la surcharge de travail à cause de la réforme du lycée : « 8 h-18 h tous les jours avec des trous partout dans l’emploi du temps, c’est plus possible ! » ; le sentiment d’abandon et d’injustice : « Ils ont dépensé des milliers d’euros dans des pochettes pour qu’on ne puisse pas utiliser nos portables mais nos profs sont obligés à chaque cours d’aller chercher des chaises et des tables dans d’autres salles parce qu’on n’en a pas assez pour tout le lycée ! Et en plus ils ont augmenté la cantine ! ».
La colère vient de loin
Dans des centaines de lycées dans tout le pays, quel que soit le niveau social, le nombre d’élèves mobilisés, souvent en masse d’ailleurs, et malgré le nombre de policiers déployés, la volonté de se regrouper et de parler, de dire tout ce qui ne va pas est bien là. L’urgence de se faire entendre.
Parce que la colère prend ses racines bien avant le 29 septembre. Des années d’abandon, de répression, et de pression sur l’avenir, avec la sélection organisée par Parcoursup, le manque de places en lycées…
Dans un rassemblement, un lycéen tient une pancarte : « 15 ans de scolarité pour finir en liste d’attente ». Une autre est scotchée à une barricade improvisée : « Facile de traiter les jeunes de mal éduqués quand on refuse de les écouter » et une lycéenne qui dit : « On voit bien qu’aujourd’hui encore ils nous envoient la police au lieu d’écouter nos problèmes. Mais cette fois on va tenir ! ».
Là où il y a des élus insoumis, des syndicalistes des enseignants ou des parents, la police se tient davantage à distance, les lycéens déroulent leurs mots d’ordre dans une ambiance festive, se regroupent pour discuter de la meilleure manière d’entraîner encore plus de jeunes à leur suite.
Dans un lycée d’Albi, les professeurs sortent aux côtés de leurs élèves qui portent les mêmes revendications, ce qui leur donne une grande confiance qui les poussent à aller mobiliser leurs camarades du lycée voisin. À Marseille, un cortège lycéen se crée en tête de manifestation, comme à Paris où les jeunes rejoignent les pompiers.
Devant plusieurs lycées, on chante La Marseillaise, comme au temps des Gilets jaunes. À Montmorency, les jeunes, tout en entonnant ce chant révolutionnaire, déploient le drapeau palestinien devant la police.
LFI aux côtés de la jeunesse
Devant un lycée de l’Essonne, le député Antoine Léaument indique qu’en 2027, la France insoumise abrogera Parcoursup si elle est élue. Les lycéens se regroupent autour de lui pour l’ovationner. Même adhésion enthousiaste autour des députés LFI Claire Lejeune, Jérôme Legavre, Louis Boyard, Paul Vannier et des dizaines d’autres. La France insoumise est aux côtés de la jeunesse avec une promesse : en finir avec la politique de Macron qui a conduit des centaines de milliers de jeunes en dehors du système scolaire, à la suppression de 10 000 postes d’enseignants en moins de dix ans, à des budgets toujours plus austéritaires et à la militarisation de la jeunesse.
Parce que là est la véritable violence. Elle ne vient pas des jeunes qui couchent quelques poubelles pour se faire entendre. Elle vient du gouvernement et de sa volonté de faire taire cette jeunesse par la répression la plus brutale. Et cela soulève l’indignation, en attestent les nombreux communiqués des syndicats et organisations condamnant les violences d’État (lire ci-après).
Jean-Luc Mélenchon dans la manifestation parisienne « Le Premier ministre (…) croit que c’est nous, insoumis, qui créons les problèmes. Nous sommes fiers d’être aux portes des lycées pour défendre nos gamins ! Parents, militants insoumis, mobilisez-vous pour vous interposer face à la sauvagerie policière. Ceux qui tabassent nos enfants, ceux qui frappent, qui insultent, ceux qui laissent libre cours à leur racisme, vont bientôt nous retrouver sur leur chemin. Il n’y aura ni oubli, ni pardon ! » |
Dans les blocus, la parole aux lycéens

Une lycéenne, lycée Simone-Weil à Paris
« On manifeste en soutien aux services publics, et aussi par rapport aux violences policières et au permis de tuer. On est en soutien aux lycées du 93, du 94 et du 95 contre les violences policières qu’ils ont subies. »
Une lycéenne et un enseignant, lycée Maurice-Ravel à Paris
« On est ici pour protester contre les conditions de l’Éducation qui sont inacceptables et le fait que le gouvernement dise “c’est la France, c’est comme ça, on ne peut rien y changer”. Si rien ne change il faut se mobiliser pour nos droits et parce que nos conditions sont inacceptables, avec pas de moyens, des profs sous-payés, des lycées qui tombent en ruine, vous ne voyez pas l’intérieur de notre lycée mais rien ne va. Les profs ne sont pas remplacés, on est trente-huit élèves par classe, l’Éducation c’est impossible, Parcoursup c’est un enfer, le stress des lycéens est énorme, très peu d’heures de sommeil, les emplois du temps sont surchargés… ».
« Je suis enseignant, je suis en grève aujourd’hui parce qu’on vit les mêmes conditions qui se sont dégradées, avec un budget où ils ont supprimé 4 000 postes à la rentrée. Et il va y avoir encore 54 milliards d’économies à la rentrée prochaine au nom du budget de guerre. Et je suis venu aussi aujourd’hui pour protéger les élèves de la police. »
Un lycéen, lycée l’Agora à Puteaux (92)
« Il y a des classes de seconde qui n’ont toujours pas de profs, tous les ans, on a de moins en moins d’heures. Là on a fermé une classe de seconde. Ce n’est pas des conditions pour travailler. Et même pour les enseignants. Ça nous révolte parce qu’on voit que là, il y a des policiers qui nous menacent au LBD mais si on supprimait les LBD peut-être qu’on aurait de l’argent pour payer nos profs. Peut-être que si on arrêtait d’armer la police, on pourrait avoir quelque chose qui marche. »

