Le 15 septembre : grève historique dans les industries électriques et gazières
Clarisse Delalondre est syndicaliste à la fédération Energies et Mines de la CGT. Elle revient sur la grève historique qui a eu lieu chez les agents électriciens et gaziers le 15 septembre dernier pour la défense du "tarif agent".
- Actualité politique et sociale

À l’appel des quatre fédérations syndicales représentatives, ce sont plus de 85 % des électriciens et gaziers qui étaient en grève mardi 15 septembre pour défendre un de leurs acquis statutaires, le tarif agent. Un acquis important car il est toujours un droit pour les agents en activité mais aussi pour les retraités. Un acquis essentiel pour le pouvoir d’achat des électriciens et gaziers pour une large majorité dont les salaires sont malheureusement à l’image des salariés dans ce pays, des salaires trop bas.
Un taux de grévistes inédit, qui, selon les dires des employeurs eux-mêmes a dépassé de 8 points le taux de grévistes déjà historique de 2011. Dans toutes les entreprises (EDF, Enedis, GrDF, RTE etc.) ce sont des taux de gréviste sans précédent. Un exemple parlant est celui d’une centrale nucléaire qui a indiqué que sur 651 agents présents, 641 étaient en grève.
Les assemblées générales du personnel ont été massives, des piquets de grève ont regroupé plus de 250 personnes dans de nombreux centres, avec la présence d’agents retraités. Ceci donne une idée de la profondeur de la mobilisation, de l’attachement des agents (actifs et retraités) à leurs acquis statutaires et la profondeur de la colère face aux « préconisations » de la cour de compte sorties. Des préconisations qui par exemple continuent à proposer que les salaires des cadres dirigeants soient revalorisés mais pas la grille de salaire qui démarre en dessous du SMIC !
Le 15 septembre, l’intersyndicale CGT, CFE-CGC, CFDT et FO a été reçue à Bercy. La ministre, Maud Brégeon, a botté en touche en affichant « ne pas avoir de mandat sur l’injonction de la Cour des comptes ». Elle avait pourtant affirmé envisager de revoir ce tarif après « une mise en demeure de la Cour des comptes, (…) cette question devrait être tranchée dans un arrêté ministériel. »
Considérant que c’est bien une question de décision politique qui est en jeu, l’intersyndicale a décidé de demander une entrevue au premier ministre Lecornu en posant un ultimatum, et en exigeant d’être reçus par ce dernier avant le 2 octobre prochain.
À ce stade, la position de la ministre et du gouvernement a été perçue comme fébrile face à la force inédite de la mobilisation. Des inflexions pourraient être proposées mais la question du maintien de ce droit statutaire pour les retraités reste en question, tout comme la fiscalisation.
Le Monde explique : « Il n’a jamais été question de supprimer le tarif agent », a fait savoir l’entourage de Maud Bregeon à l’issue de la réunion, en affirmant que la ministre a tenu à « rassurer les agents ». « Notre objectif est précisément de préserver le tarif agent tout en mettant sa valorisation sociale et fiscale en conformité avec le droit à la demande de la Cour des comptes. » « Nous continuerons à y associer étroitement les représentants des salariés, sans passage en force, avec pragmatisme », a-t-on précisé de même source. « Les travaux vont se poursuivre. »
À ce stade, l’intersyndicale est unie pour durcir la mobilisation si Lecornu ne répond pas à l’ultimatum. Les électriciens et gaziers, dont une partie a été aux côtés des pompiers cet été, comme lors des mégafeux en Gironde, et qui ont assuré la sécurité du réseau de distribution et de transport de l’électricité, ou celui du gaz, refusent de perdre un acquis statutaire vital.
Pour un monteur d’Enedis qui gagne moins de 2000 euros par mois le tarif agent permet ainsi de limiter le coût de ses factures d’énergie. Dans la situation actuelle de hausse des prix de l’énergie, qui affecte tout le monde, cela permet aux agents qui agissent pour le service public d’avoir un équivalent de complément salarial bienvenu.
Garder cet acquis, va de pair avec la revendication de sortie du marché et de retour à un « juste prix » de l’électricité et du gaz basé sur les coûts de production hors marché européen. C’est ce que porte ma fédération syndicale. Ce qui est total accord avec la proposition de blocage des prix au prix de l’énergie portée par LFI et la France insoumise.
C’est quoi le « Tarif Agent » ?Cet acquis historique est directement relié au statut national des salariés des Industries et Gazières (IEG) crée par le décret du 22 juin 1946 lors de la nationalisation de l’électricité et du gaz en France. Il correspond à une réduction sur les prix de l’électricité et du gaz pour les électriciens et gaziers, et concerne 300 000 personnes actives et retraitées, issues des entreprises historiques EDF et GDF. Cet avantage représente un complément de salaire, d’autant plus important, que les salaires sont bas (et ils sont nombreux dans les IEG). Il est fiscalisé et rapporte donc également à l’État. S’il « coûte » 700 millions d’euros par an à EDF comme l’a expliqué la Cour de comptes en juillet dernier, il correspond en fait à seulement 0,6 % du chiffre d’affaires d’EDF ! Pour les usagers, cela correspond à 1 % de la facture, quand le marché européen pèse pour… 25 % ! Et avec la fiscalisation, les agents EDF-GDF payent l’équivalent de 10 % de la facture des usagers. Les chiffres du « coût » pour les employeurs donnés par la Cour des comptes sont contestés par plusieurs syndicats, car ils ont été calculés sur la période de 2018 à 2024, période marquée par la flambée des prix de l’énergie. Et face à la nouvelle flambée des prix de l’énergie qui aujourd’hui va frapper tous les ménages, les profits des entreprises de l’énergie, ont toutes les chances de flamber également, à l’image des profits annoncés pour Total. Le « tarif agent », une réduction sur les prix de l’électricité et du gaz accordée aux employés d’EDF, « représente un coût démesuré » pour EDF SA, maison mère du groupe, a jugé vendredi la Cour des comptes dans un rapport, estimant qu’il ne pouvait « perdurer en l’état ». « L’avantage en nature énergie représente (…) plus de 700 millions d’euros en 2024 à l’échelle du groupe, obligeant également à la constitution de passifs sociaux au titre de son maintien après l’emploi (3,9 milliards d’euros à fin 2024) », jugent les sages de la rue Cambon dans ce rapport consacré plus largement à la gestion des ressources humaines d’EDF. |
