Un conseil municipal de Marseille très consensuel
Alors que le pays est prêt à s’enflammer, que Macron est dans les plus grandes difficultés, que la marche du 21 janvier se prépare déjà contre le report de l’âge de la retraite, il y avait, ce 16 décembre, à Marseille, un havre de paix où il ne fut question ni de la réforme des retraites, ni de la vie chère, ni de grève (surtout pas dans les écoles !). C’était la salle de réunion du conseil municipal.
- France

Voilà des élus de droite, de gauche, qui, sous les ovations, se congratulent et qui n’en finissent pas de se remercier, le maire socialiste ou ex- (on ne sait plus) Benoît Payan, le député macroniste Royer-Perreault (ex-LR, élu grâce notamment à Sophie Camard, soutien de Fabien Roussel…), la présidente de la métropole, Martine Vassal, LR (pro-macron ; mais anti-Royer-Perrault…) et le comble, Lydia Frentzel (écologiste, Printemps marseillais), celle qui avait osé s’élever contre la remise en cause du droit de grève le 8 février 2022, et qui, aujourd’hui, vante les mérites de la loi macroniste de décentralisation 3DS, imposant aux communes des Bouches-du-Rhône la suppression des conseils de territoire, en en demandant les financements nécessaires.
Accord entre la ville et la métrople
Ils fêtent tous ensemble l’accord de la ville et de la métropole par lequel la voirie et la proximité relèveront toujours de la métropole, mais seront gérés par des élus métropolitains du Printemps marseillais, avec une redistribution des aides de la métropole. Sans attendre ce conseil, les chose se mettaient en place : ainsi, les habitants de la place de Sébastopol s’interrogeaient sur le bien-fondé d’une « rénovation » de leur place, à l’étude, à l’initiative de la ville, en concertation avec la métropole qui doit décider.
La seule dispute entre Payan, Vassal et Royer-Perrault est de savoir lequel saura le mieux remercier le président de la République. Voilà le seul endroit où Emmanuel Macron pourrait trouver un peu de réconfort.
C’est d’ailleurs pour ses ministres une véritable récréation, lorsqu’ils sont reçus dans les salons ouatés de la mairie ou de la métropole. Sans oublier quelques visites « sur le terrain » pour les journalistes. Loin des manifestations, des grèves et du Parlement,
Benoît Payan, qui ne rate pas une occasion de rappeler qu’il n’a pas les mêmes références historiques que Martine Vassal, pour mieux se féliciter de leur accord, se fait le chantre de la politique qui n’est pas « politicienne » : tous ensemble, la gauche, les macronistes, la droite, nous œuvrons, dit-il, dorénavant à Marseille pour une ville « solidaire, écologique, et partagée » (sic).
Les élus d’extrême droite sont là pour mettre un peu d’animation, avec des propos répugnants sur l’émigration, mais tout ce beau monde uni leur laisse le privilège d’être les seuls à dire du mal du gouvernement… Quelle aubaine pour Macron !
Sous la houlette de l’Elysée
Martine Vassal, la nouvelle patronne véritable de Marseille, a cadré le débat : « Le problème, c’est la montée de l’abstention, et le danger des extrêmes… »
Payan, quant à lui, après avoir déjà accepté qu’une Société de rénovation des écoles se substitue à l’administration communale, vient de signer son abdication. Reprendre 1 500 agents à la métropole, c’est trop complexe, dit-il. Il devient l’obligé de la métropole et signe, ce 16 décembre, sous des mots ronflants, son abdication de maire de la ville. La métropole, quant à elle, déroule, en tant qu’établissement public de coopération intercommunale (un EPCI n’est pas une institution républicaine, mais un établissement économique) les objectifs initiaux des lois étatiques de décentralisation : imposer l’intercommunalité sous la houlette de l’Elysée pour faire de la région le terrain de développement de l’ubérisation et de la spéculation sous toutes ses formes.
Pour les amis du président des riches.
Déjà, Castaner dirige le Port, et le Mucem est confié au directeur de cabinet de Brigitte Macron. Qui paye commande, et qui promet de payer commande et ficèle, telle l’araignée qui tisse sa toile.
Les personnels des écoles attendent le jugement du tribunal à propos de leur droit de grève. Les habitants des quartiers promis à la démolition et la rénovation ne savent pas s’ils seront relogés sur place et avec les mêmes loyers. Les collégiens d’Arenc n’auront-ils d’autre choix qu’un collège de jésuites ? Les écoliers pourront-ils accéder à la Cité scolaire internationale ? Les travailleurs qui ont des voitures anciennes, pourront-ils encore entrer en centre-ville ? Et la gratuité des transports ? Etc.
Nous avons tort de nous plaindre. Benoît Payan l’a dit, avec cet accord « historique », « Marseille est de retour » ! Nous verrons ce que la population laborieuse en pense lorsqu’elle sera pleinement informée. En tout cas, si des têtes du Printemps marseillais sont prêtes à passer du côté de la macronie, il est certain que la majorité de ses partisans, et le peuple travailleur, dans son ensemble, ne sont pas disposés à se laisser faire.
Marseille, le 17 décembre
Suite au Conseil municipal de Marseille du 16 décembreDans La Provence (17 décembre) Un encart au milieu de la double page consacrée au conseil municipal : « Élisabeth Borne fait part de sa satisfaction. Dans un tweet, la Première ministre fait part de sa satisfaction à la suite de l’adoption des délibérations relatives à la réforme métropolitaine : “Je me réjouis de l’adoption du pacte financier et fiscal pour plus de solidarité dans la Métropole par Martine Vassal, Benoît Payan et les maires. Ce pacte était pour moi une exigence de justice. Il est aujourd’hui une réalité grâce à l’engagement de tous.” » Dans La Marseillaise (17 décembre) Le journal proche du PCF relaie la même information sur le tweet de Borne en conclusion de l’article intitulé « Benoît Payan acte le retour de Marseille au coeur de la Métropole.» : « Une concorde saluée au plus haut niveau de l’État.» Et ce journal publie sur deux pages une interview de Martine Vassal : « La Métropole de l’an II, c’est une gestation qui a abouti à un beau bébé. » |
