« Tout a été fait contre notre grève »

Contribution de Christine Bourassin, chef de bord, syndicaliste et membre du collectif CNA (collectif national des agents du service commercial trains), après la levée du préavis de grève par tous les syndicats, vendredi 22 décembre.

(photo Thomas Samson / AFP)
Par correspondant
Publié le 26 décembre 2022
Temps de lecture : 2 minutes

Les dernières propositions de la direction contiennent certes de nouvelles « avancées », y compris très positives par exemple sur le déroulement de carrière, et même si financièrement, nous « n’arrachons » que 80 euros de plus par mois.
Cependant, il demeure un sentiment d’amertume au regard de ce qui s’est passé dans cette « fin de conflit ». Alors que lors de la précédente grève du 2 décembre, le CNA avait été consulté et y compris invité à la négociation avec les syndicats, ce jeudi 21 le CNA n’a été ni invité ni consulté.

Tout a été fait contre notre grève

Tout a été fait contre notre grève, aussi bien par la direction SNCF que par le gouvernement à travers le lynchage médiatique bien rodé, et même certaines organisations syndicales qui, malgré leur représentativité, ont refusé d’accompagner la base et ont été jusqu’à utiliser des méthodes de voyous pour contrer les votes du CNA dont le résultat n’allait pas dans leur sens !

Ce que nous retenons, c’est que le « tsunami » qu’a créé la constitution du collectif CNA a permis d’obtenir bien plus que les négociations direction/syndicats de toutes ces dernières années.

Il y a eu une perte de confiance entre la base et les sommets des syndicats nationaux. Certes, toutes les lois successives qui ont sapé les droits et acquis statutaires, dont celle du 6 aout 2019 relative à la « transformation de la fonction publique » qui a liquidé les DP, CE et CHSCT au bénéfice des CSE, n’ont pas facilité le rôle des syndicats. Mais précisément, face à cette situation, cela ne renforce-t-il pas la conviction que les directions syndicales doivent mieux prendre en compte leur base, aller enfin vers la recherche de l’unité, en finir avec les divisions pour se rassembler sur les revendications ?

La base ne se résigne pas

La note positive de ce que nous venons de vivre, c’est que la base, comme le peuple, ne se résigne pas, n’accepte plus les dérives qui conduisent à des « négociations », à des comportements dans les syndicats, du type journées d’actions dont le but est surtout de ne pas déranger et ne rien gagner. Il n’y a qu’à regarder les chiffres de mobilisation sur les grèves carrées pour comprendre que ce n’est plus fédérateur. Depuis trop longtemps nous sommes conciliants et suivons la stratégie des organisations syndicales qui malgré les échecs qui se suivent et se ressemblent, ne semblent pas écouter la base qui réclame la convergence des syndicats, des revendications locales et concrètes.

Légitimité du CNA

Je ne suis pas très étonnée de la méfiance des organisations syndicales représentatives vis-à-vis du CNA, ce sont les mêmes qui à l’époque ont stigmatisé et rejeté les gilets jaunes dans la lutte contre la réforme des retraites. Sans remise en question et sans évolution des organisations syndicales comme des partis politiques, les futures luttes sociales et syndicales me semblent mal barrées.
Toutes les discussions qui ont lieu sur nos réseaux depuis hier, nous confortent dans la légitimité de notre collectif ainsi que son maintien et pourquoi pas l’élargissement aux autres services SNCF qui ne sont pas moins en souffrance.
Car ce n’est pas parce que nous défendons des revendications locales et/ou catégorielles, qu’on ne peut pas coordonner la lutte pour un maximum d’impact.

Samedi 24 décembre 2022