L’impossible retour à la normale

A l’évidence, s’il n’y a pas d’apaisement en bas et dans la rue, bien que la moindre contestation subisse une répression d’Etat sans équivalent dans l’histoire récente, il y a au moins, en apparence, un apaisement des relations « au sommet ».

Banderole déployée par des syndicalistes CGT devant le Palais des Papes, à Avignon, le 8 juillet (Photo CGT)
Par Stéphane Jouteux
Publié le 27 juillet 2023
Temps de lecture : 5 minutes

La suite des événements qui nous ont conduits jusqu’à aujourd’hui n’est pas un simple enchaînement de coïncidences. Longtemps, les directions du mouvement ouvrier ont négocié et contesté, le plus souvent sincèrement et sûres de leur légitimité, tout en jouant le jeu des institutions et du régime et en s’accommodant de ses défauts, parfois au prix de vives contorsions. Jusqu’à susciter une méfiance, bien réciproque il faut le reconnaître, lorsque les gilets jaunes ont déferlé hors du cadre des organisations contestataires habituelles.

Se sentant à l’évidence revigorés par la vague d’adhésions aux organisations syndicales depuis la mobilisation pour le retrait de la réforme des retraites, certains se disent sans doute qu’ils peuvent désormais revenir aux affaires courantes.

Dans son édition des 14 et 15 juillet, Le Monde titre avec délectation : « Après les retraites, Borne réinstaure un “dialogue” avec les syndicats. » Et claironne : « Retour à la normale après le long conflit lié aux retraites (…). La cheffe du gouvernement a promis de reprendre dans la loi les compromis auxquels (syndicats et patronat) parviendraient. »

Un « engagement inédit », selon la Première ministre, qui rêve sans doute, comme ses prédécesseurs, que les syndicats deviennent des colégislateurs et un rouage des institutions.

« Atmosphère détendue »

C’est, selon Le Monde, dans « une atmosphère détendue, parfois rigolarde » que l’initiative prise par le gouvernement a été saluée quasi unanimement par les représentants des organisations syndicales et patronales.

La CFDT s’est félicitée d’un « changement radical de méthode ». Du côté de la CGT dont je suis un militant, on ne peut que s’étonner du communiqué (…)


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