Macron, pas touche à notre Ecole !
Les enseignants ne sont ni des policiers, ni des juges, ni des militaires, ni des prescripteurs vestimentaires !
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Dans son interview à l’hebdomadaire Le Point pour la rentrée, Macron déclare : « L’école est devenue un sujet régalien. C’est dans les salles de classe que se murmure la France et que s’apprennent nos valeurs », avance le chef de l’Etat, qui estime que, « compte tenu des enjeux », « l’éducation fait partie du domaine réservé du président ». Tout est dit par le petit président des riches, doublé aujourd’hui au ministère de l’Education nationale, de son clone, Gabriel Attal. Il considère que l’Ecole appartiendrait à l’Etat. Non, l’Ecole n’est pas un sujet régalien. Les enseignants ne sont fonctionnaires depuis la Libération qu’en échange de la garantie par l’Etat de respecter leur liberté individuelle dans le cadre des programmes d’enseignement nationaux.
Les enseignants ne représentent ni la France ni des « valeurs ». Ils ne forment pas une « garde présidentielle ».
Ils représentent seulement et uniquement le droit de chaque enfant, français ou non, au savoir, à la science, à la littérature, aux arts et aux techniques. Comme le disaient déjà les instituteurs syndicalistes en 1905, aucune majorité, forcément de circonstance, n’a le droit de définir le beau, le bien et encore moins le vrai que les professeurs ont pour mission d’enseigner. Pour les milieux financiers qui parrainent le président des « premiers de cordée », le seul intérêt de l’école, et encore, ce serait d’être le vivier d’une main-d’œuvre conformée à accepter la flexibilité, la sobriété malheureuse, se contentant des récompenses attribuées à ceux qui ne se révoltent pas.
Ni policiers, ni juges
Les enseignants ne sont ni des policiers, ni des juges, ni des militaires, ni des prescripteurs vestimentaires. La formule historique de la démocratie, c’est la « laïcité de l’Ecole et de l’Etat », en séparant bien l’Ecole et l’Etat. La laïcité n’est pas une « valeur », ce n’est pas une façon de « vivre ensemble » obligatoire. C’est le contraire d’un totalitarisme d’Etat. C’est la loi de 1905 instituant la séparation de l’Etat et des églises. Un point, c’est tout. Or, aujourd’hui, les professeurs sont obligés, je dis bien obligés, par l’Etat de participer à des « formations » chargées de leur faire rentrer dans le crâne qu’ils doivent obéir à une conception frauduleuse de la laïcité et que leur rôle d’enseignants est somme toute secondaire. Ils devraient, à leur tour, faire rentrer dans le crâne des élèves qu’il est normal que les patrons rentrent dans l’école, qu’il est normal que des milliards de fonds publics soient donnés à l’école catholique, qu’ils devraient se conformer à ce qui est décidé par sa majesté le président de la République, et que comme le disait le professeur Pangloss, « tout est au mieux dans le meilleur des mondes possibles »…
Or, l’instruction est un droit arraché par le peuple qui le revendiquait tant en 1789 qu’en 1871 et qui a obligé l’Etat à reconnaître qu’il avait le devoir de le lui assurer.
Ce que voudrait Macron, c’est briser l’indépendance professionnelle des professeurs pour mieux assurer sa mainmise sur la jeunesse afin d’imposer école par école des programmes locaux qui ne seraient plus d’enseignement, mais d’adaptation aux besoins des groupes de pression, qu’ils soient politiques, religieux ou économiques. Son clone au ministère a fixé le rythme de la mise au pas : les uniformes, « une, deux » ; le SNU, « une, deux » ; pas d’« abaya », « une, deux ». Honte à tous ceux qui se prétendent « républicains », « défenseurs de la laïcité », voire « de gauche » et qui apportent leur appui à cette tentative de mise au pas de la jeunesse et de dislocation des corps de professeurs de l’enseignement public.
Résistances
Les enseignants ont connu les pires périodes de l’histoire où la classe dominante voulait les prendre en otage pour stigmatiser des élèves, les exclure, les punir quand ce n’est pas les envoyer à la mort. A chaque fois, des noyaux de résistance s’appuyant sur celle de la classe laborieuse, ont défendu la civilisation contre le régime pourri qui n’offre plus à la jeunesse que la guerre, la misère pour la majorité et la déchéance morale pour les parvenus. C’est pour cela que je manifesterai le 23 septembre prochain pour « Justice pour Nahel », et pour tous les Nahel qui à l’heure qu’il est, sont heureux de faire leur rentrée dans leur Ecole communale, accueillis par des enseignants dignes et indépendants.
Des militaires à l’école : « C’est une honte ! »Inquiet de voir mon fils constamment à la maison au mois de mai dernier, j’avais décidé d’appeler la vie scolaire de son collège pour m’inquiéter des heures de cours annulées. (Il était, à ce moment-là, en 4e). La réponse du CPE avait été directe et sans appel : « Mais Monsieur, vous atterrissez, votre fils n’a même pas eu la moitié du volume horaire prévu cette année. » Alors, quelle ne fut pas ma surprise, mon dégoût et ma colère, en voyant les propositions faites à mon fils en cette rentrée par un courrier, remis en main propre à tous les élèves, intitulé « Inscription classe Défense et Sécurité globale ». On apprend que le collège s’est vu proposer « une convention avec la Garde républicaine […] qui offrira des temps de rencontre et d’activité avec des militaires pour donner aux élèves des repères pour comprendre la Défense et la Sécurité Globale ». Dispositif mis en œuvre… par le professeur de physique-chimie. Ce dispositif contribuera « à la construction des parcours éducatif (citoyen, avenir, artistique et culturel, et de santé) de chaque élève et pourront ainsi servir de support à la présentation orale du DNB (diplôme national du brevet) ». Après le SNU, les 413 milliards pour la guerre et alors que des milliers d’heures de cours ne sont pas assurées, qu’ils manquent des professeurs et que les classes sont surchargées, ils veulent embrigader nos enfants dans des dispositifs qui n’ont qu’un objectif : préparer nos enfants à être de la chair à canon pour leurs guerres présentes et futures. C’est une honte ! S. R. (Paris) |
