Rony Bauman : « Je refuse d’avoir un accablement qui serait à sens unique »
Interview du docteur Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières, le 20 octobre sur LCI (extraits).
- International, Palestine

Rony Brauman : « Les Israéliens traitent [la population de Gaza] comme une espèce de masse inerte, qu’on devrait pouvoir déplacer, envoyer au sud, au nord, la bloquer, la verrouiller, lever le blocus, le renforcer… C’est un jeu d’un cynisme, d’une violence effroyable. Ça ne justifie évidemment à aucun instant les atrocités qui ont été commises les 7 et 8 octobre. (…) On crée de la haine, on crée de la violence aveugle à force de traiter les gens comme cela.
Ce qui me révolte, c’est qu’on utilise le droit aujourd’hui pour rappeler Israël à quelques devoirs relatifs au droit international humanitaire (…). Ce rappel au droit est une sorte de service minimum offert par les démocraties européennes, (…) il a quelque chose d’obscène. [Il] souligne un non-rappel au droit antérieur, celui qui est relatif à l’occupation militaire et à la colonisation (…).
Près d’un million de colons sont aujourd’hui installés ou en train de s’installer en Cisjordanie. Ça a été cela, l’effet des accords d’Oslo (…). L’implantation de population civile, qui signifie des déplacements forcés, des vols de terres, des accaparements illicites, ça, ce sont des crimes de guerre. Or il semblerait que cela s’est évaporé, que personne n’en parle.
(…) Il y a une occupation militaire et une colonisation civile qui sont à l’origine de cette situation d’apartheid, d’humiliation quotidienne, je dirais même de pourrissement général de la vie quotidienne des Palestiniens (…). La logique d’otage, elle existe depuis longtemps (…). Si on oublie la prise d’otages que constitue le blocus, l’embargo de la bande de Gaza, on oublie une bonne partie du problème. (…) Je rappelle qu’Israël détient plus de 5 000 prisonniers administratifs, des détenus qui ne savent pas pourquoi ils sont détenus, qui ont un dossier vide (…), selon ce qu’on peut apparenter à une lettre de cachet. »
La journaliste, sur le plateau, s’offusque en lançant : « Mais leurs conditions de détention (de ces milliers de Palestiniens) ne sont pas les mêmes que celles des otages ! » Rony Brauman répond :
« Je n’en sais rien. Ce que je sais, c’est que quand vous êtes Palestinien, en Cisjordanie par exemple, à tout moment, vous pouvez vous faire arrêter, être détenu pendant six mois, vous n’avez pas accès à votre dossier, vous n’avez pas droit à un avocat, vous ne savez pas ce qu’on vous reproche et ça peut être renouvelé indéfiniment (…).
Il s’agit de mesures de dictature, littéralement. (…) Je refuse d’avoir un accablement, un bouleversement qui serait à sens unique. »
