Pierre Lambert et la question palestinienne
La position de la IVe Internationale n'a jamais varié : un seul Etat sur tous les territoires de la Palestine historique, dans lequel juifs et arabes vont vivre à égalité comme citoyens d'un même Etat. Voici des extraits de trois contributions de Pierre Lambert.
- Palestine, Tribune libre

Présentation
Nous publions trois textes de Pierre Lambert concernant la question palestinienne, question qu’il qualifiait dans un congrès de la IVe Internationale comme une question centrale. En effet, pour Lambert, la question palestinienne était une des expressions les plus élevées de la révolution mondiale.
La position qu’a développée Lambert s’inscrit dans la continuité des positions de la IVe Internationale. Dès 1946, la IVe Internationale prend position contre le partage de la Palestine. L’éditorial de la revue IVe Internationale écrit :
« La position de la IVe Internationale face au problème palestinien reste claire et nette, comme auparavant. Elle sera à l’avant-garde de la lutte contre le partage, pour une Palestine unie et indépendante, dans laquelle les masses détermineront souverainement leur sort par l’élection d’une Assemblée constituante (…).
Plus que jamais, il est en même temps nécessaire d’appeler les prolétariats américain, anglais, canadien, australien, les prolétariats de tous les pays à lutter pour l’ouverture des portes de leurs pays, sans discrimination aucune, aux réfugiés, aux personnes déplacées, à tous les Juifs qui veulent émigrer. C’est seulement à condition de mener cette lutte, effectivement et avec succès, qu’on pourra expliquer aux Juifs les raisons pour lesquelles ils ne doivent pas se rendre dans le guet-apens palestinien. La terrible expérience qui attend les masses juives dans “l’Etat miniature” créera en même temps les prémices pour une rupture de couches plus larges avec le sionisme criminel. Si cette rupture ne se fait pas à temps, “l’Etat juif” sombrera dans le sang. »
La ligne de la IVe Internationale depuis cette date n’a jamais varié : un seul Etat sur tous les territoires de la Palestine historique, dans lequel Juifs et Arabes vont vivre à égalité comme citoyens d’un même Etat.
Cette position dont nous n’avons jamais dévié a été regardée et critiquée comme utopiste et irréaliste. Mais si l’on regarde les développements depuis 70 ans, ce n’est qu’une série de guerres, de massacres et de conflits. De plus en plus de voix s’élèvent pour dire que la solution passera nécessairement par l’édification d’un seul Etat où toutes les composantes seront à égalité des droits.
Le droit au retour des millions de réfugiés palestiniens sur leurs terres et dans leurs villages est un droit imprescriptible. Mais ce droit au retour est incompatible avec un ou deux Etats à Gaza et en Cisjordanie. Il est incompatible avec l’existence d’un « Etat » théocratique qui maintient 1,5 million de ses « citoyens » comme citoyens de seconde zone parce qu’ils sont Arabes. Il est incompatible avec le sionisme basé sur la terreur et la prétention au droit exclusif des seuls Juifs à vivre en Palestine.
Pierre Lambert, qui était familier de la question palestinienne, était un adversaire conséquent des thèses du panarabisme. Il savait, et l’un des textes ci-dessous y revient, que, sous couvert de panarabisme, on enfermait la révolution palestinienne dans un cadre, avec les bourgeoisies et les régimes compradores des pays arabes, qui aboutissait à l’inverse de ce que voulaient les masses palestiniennes, le droit au retour et un seul Etat sur tout le territoire historique de la Palestine.
Il refusait d’être catalogué comme Juif du fait de ses origines familiales, il avait coutume de dire :
« Je suis d’origine juive. C’est un fait dont je n’ai ni à avoir honte ni à tirer un quelconque sentiment de supériorité. C’est un fait, c’est tout. »
C’est le sens de son discours, le 16 juin 1982, à la Mutualité, contre les massacres de Sabra et Chatila. En effet, une nouvelle fois, les troupes israéliennes avaient envahi le Liban pour écraser les camps palestiniens.
Les milices libanaises au service d’Israël avaient pénétré dans les camps de Sabra et Chatila et s’étaient livrées, avec la complicité et l’encouragement des troupes israéliennes à un véritable massacre des hommes, des femmes et des enfants.
Combattant irréductible contre le fascisme et le nazisme, Pierre Lambert se refusait à établir une quelconque hiérarchie entre les victimes de la barbarie :
« L’enfant palestinien victime de l’armée israélienne dans les camps de Gaza ou de Cisjordanie n’a, à mes yeux, pas moins d’importance que l’enfant juif du ghetto de Varsovie levant les bras face à la soldatesque nazie. »
Le texte publié par Dialogue revient sur la question de la laïcité appliquée à la Palestine.
Cette orientation a toujours été celle de la IVe Internationale. C’est pourquoi, en 1993, lors des accords d’Oslo, par lesquels les dirigeants du Fatah reconnaissaient l’existence de l’Etat d’Israël et qu’en échange les dirigeants sionistes acceptaient l’idée d’un prétendu et hypothétique Etat palestinien aux côtés de l’Etat d’Israël, Pierre Lambert et la IVe Internationale se prononçaient contre ces accords, en expliquant que ceux-ci, loin de répondre aux droits du peuple palestinien, ne feraient qu’amener à de nouvelles guerres et à de nouvelles violences (Cf. La Vérité n° 113 qui republie ce texte de 1993 qui se trouve dans le numéro spécial de La Vérité d’août 2016 de 192 pages : « La IVe Internationale et la question palestinienne », toujours disponible).
I – « Le crime des uns n’excuse pas le crime des autres »
Extrait de l’intervention de Pierre Lambert au meeting convoqué par la section française de la IVe Internationale (PCI), le 16 juin 1982.
Vous avez lu ce tract, ce sont des camarades de Jérusalem qui nous ont fait parvenir les renseignements. Et hier midi, nous avons estimé qu’il était indispensable aujourd’hui de convoquer ce meeting comme manifestation de l’internationalisme prolétarien. Nous avons estimé indispensable d’expliquer ce que la presse, la radio, la télévision dans le monde entier refusent d’expliquer :
« Des milliers de travailleurs, étudiants, enseignants juifs ont manifesté sur les mots d’ordre : “A bas le génocide des Palestiniens ! A bas les assassins ! Retrait immédiat des troupes israéliennes ! Nous sommes tous des Palestiniens !”. »
Nous avons voulu porter témoignage de ces héroïques jeunes garçons de 12 ou 13 ans qui, autour des camps de Saïda, Palestiniens et Libanais, avec des roquettes, attaquent les tanks israéliens. Nous avons voulu porter ce témoignage de cette mère juive qui a dit sur la tombe de son fils : « C’est Sharon, c’est Begin qui sont responsables de la mort de mon fils, ce ne sont pas les Palestiniens ! »
Ce sont Sharon et Begin qui sont responsables du massacre, du génocide des Palestiniens. Il fallait que ce témoignage soit porté dans un meeting. Il fallait qu’on le dise.
Le PCI a convoqué ce meeting. D’autres, plus puissants que nous, auraient pu convoquer des meetings plus puissants. Ils ne l’ont pas fait, ils ne le veulent pas. Ils parlent, ils discourent, mais ils ne veulent pas combattre. Et pourquoi ne le veulent-ils pas ?
(…) Nous sommes contre (la reconnaissance de l’Etat d’Israël) et nous avons été contre en 1947-1948 parce que nous estimons que la reconnaissance de l’Etat d’Israël signifie l’oppression des peuples de la région par l’impérialisme, leur oppression, leur exploitation par la caste des propriétaires fonciers et des bourgeoisies dites nationales. Alors nous avons discuté et nous avons combattu en relation avec le marxisme qui nous sert de guide. Nous avons dit : en Palestine, il y a les deux composantes arabe et juive : il faut que ces deux composantes, dans l’égalité des droits, constituent une nation palestinienne. L’Etat israélien est un facteur réactionnaire et contre-révolutionnaire. L’histoire connaît aujourd’hui des nations comme la Suisse. Nous disons : pour qu’il puisse y avoir cette nation palestinienne, qui est la seule voie du progrès et de paix dans cette région du monde, alors il faut combattre pour la Constituante palestinienne, une Constituante qui déterminera les droits égaux et les devoirs de chacune des composantes, juive et arabe, dans une seule nation. Voilà pourquoi nous sommes contre l’Etat d’Israël. On nous a rétorqué, on nous a dit depuis des années : c’est là une utopie.
Les réalistes, tous ceux qui nous ont expliqué que notre position et notre combat étaient utopiques, où ont-ils mené les peuples ? Où mènent-ils aujourd’hui cette région du monde où se déchaînent le feu, le massacre, le dénuement ?
Non, il n’y a pas d’autre issue que l’issue démocratique, et l’issue démocratique qui, seule, peut amener la paix dans cette région passe par la disparition de l’Etat d’Israël, passe par la Constituante palestinienne, édifiant la nation palestinienne avec ses deux composantes.
Tous les plans, toutes les solutions qui ne partent pas de cette solution démocratique n’ont d’autre réalité que les massacres à répétition. Il y a eu la guerre de 1948, il y a eu la guerre en 1956, il y a eu la guerre en 1967, il y a eu « Septembre noir » de 1970, ce Septembre noir qui a vu le roi de Jordanie utiliser les forces que l’impérialisme américain lui avaient fournies pour écraser ou tenter d’écraser les Palestiniens. Il y a eu guerre en 1973, il y a eu Tall el-Zaatar en 1976. Le maintien de l’Etat d’Israël ne peut conduire qu’à la guerre. Les réalistes vous disent que c’est une utopie que la lutte pour la nation palestinienne, mais pourtant c’est la lutte du prolétariat international, la lutte solidaire des peuples, celle qui seule peut donner la dimension de la libération et de l’émancipation, parce qu’elle est la lutte révolutionnaire des peuples du Moyen-Orient, des peuples du Proche-Orient, dont la révolution palestinienne est le fer de lance (…).
Et parce que la solution démocratique passe par la victoire de la révolution palestinienne, qui est le fer de lance de la libération de tous les peuples de cette région du monde, tous ceux qui sont intéressés à la défense des intérêts d’exploitation et d’oppression ne bougent pas. Ils ne bougent pas parce que tous, en dépit de leurs divergences et contradictions, veulent la défaite de la révolution palestinienne (…).
Nous le disons, la démarche démocratique non seulement ouvre la seule véritable solution aux questions qui se posent dans cette région du monde, mais parce qu’elle est la solution démocratique, elle seule peut sauver les traditions démocratiques millénaires du peuple juif. Israël est né en négation des traditions démocratiques du peuple juif (…). Avec l’Etat d’Israël, c’est l’inculture, la pire réaction, l’utilisation des milices fascistes. Begin, Sharon sont les fossoyeurs de ces traditions, l’Etat d’Israël en est la négation.
A ceux-là, et nous le comprenons, qui rappellent l’holocauste organisé par les nazis, nous disons : le corps éventré et disloqué d’un enfant juif du ghetto de Varsovie ne saurait avoir un prix plus grand que le corps éventré et disloqué de l’enfant palestinien ou libanais de Tyr, de Saïda ou de Beyrouth. Le crime des uns n’excuse pas le crime des autres (…). »
II – Quelques réflexions pour une approche marxiste de la question palestinienne
Extraits d’une contribution de Pierre Lambert, « Quelques réflexions pour une approche marxiste de la question palestinienne (1er septembre 2004) », publiée dans la revue Dialogue du 20 septembre 2004.
1) La laïcité de l’Etat est l’étape nécessaire de l’émancipation humaine, qui présuppose l’égalité civile et l’émancipation politique, comme conséquence de la révolution démocratique (bourgeoise).
On constate que l’Etat d’Israël refuse l’égalité civile réelle aux 1 300 000 Arabes qui vivent dans les frontières de l’Etat d’Israël. Ce qui conduit à refuser la reconnaissance du droit à la nation pour les Palestiniens expulsés d’Israël.
2) L’Etat théocratique d’Israël ne reconnaît comme « citoyens » que les Juifs. Par là même, il ne peut que nier la qualité de citoyens aux Arabes.
En conséquence, le droit au retour ne peut être une réalité concrète que dans un seul Etat, où chaque citoyen, arabe et juif, aurait acquis la citoyenneté. Dès lors, la prétendue revendication des deux Etats sur le territoire de la Palestine est au mieux une duperie (…).
Ces diverses hypothèses sont un leurre, dont le but est de masquer la seule solution démocratique : droit inconditionnel au retour pour tous les Palestiniens arabes contraints à l’exil ?
3) L’Etat théocratique est un Etat fondé sur la religion, alors que celle-ci, d’un point de vue démocratique (laïque), est une affaire privée.
4) La question palestinienne se ramène finalement à la question de la démocratie, dont le peuple palestinien (dans ses composantes juive et arabe) définira la forme et le contenu, avec la reconnaissance des droits égaux dans un seul Etat couvrant toute la Palestine historique (Etat d’Israël, Cisjordanie…).
5) Marx, dans La Question juive, donne la clé :
« Cette opposition laïque, à laquelle la question juive se ramène finalement, le rapport de l’Etat politique avec ses présuppositions, qu’il s’agisse des éléments matériels, tels que la propriété privée, ou des éléments spirituels, tels que la culture, la religion, cette opposition de l’intérêt général à l’intérêt privé, la scission entre l’Etat politique et la société bourgeoise, ces oppositions profanes, Bauer les laisse subsister, tandis qu’il polémique contre leur expression religieuse. »
Marx répond :
« L’émancipation politique constitue, assurément, un grand progrès. Elle n’est pas, il est vrai, la dernière forme de l’émancipation humaine, mais elle est la dernière forme de l’émancipation humaine dans l’ordre du monde actuel. Entendons-nous bien : nous parlons ici de l’émancipation réelle, de l’émancipation pratique. »
6) On peut tourner et retourner la question. Il n’est aucune autre solution à la question palestinienne que le droit des Palestiniens (arabes) à la nation, c’est-à-dire à la conquête de leur émancipation politique. Laquelle, si elle est appelée à devenir une réalité, implique le refus de l’Etat théocratique d’Israël, qui érige la religion en attribut de l’Etat.
7) La revendication de l’émancipation politique implique donc nécessairement la constitution d’un Etat laïque qui considère la religion, quelle qu’elle soit, comme une affaire privée. L’Etat théocratique (quelle qu’en soit la religion) ne peut reposer que sur l’arbitraire. L’Etat théocratique consacre la distinction entre l’Arabe et le Juif comme un état politique, imposant au Palestinien arabe la négation de ses droits de citoyens. La réponse démocratique ne peut être qu’un seul Etat garantissant des droits égaux.
8) Ce qui amène à une considération : à l’époque de l’impérialisme, le pourrissement de la société organisée sur la propriété privée des moyens de production inclut la destruction de la démocratie, donc de l’émancipation politique. La religion devient le support de la société pourrissante de la propriété privée (Etat d’Israël comme marchepied dans le Moyen-Orient de l’impérialisme américain pour déstructurer toutes les nations).
9) « Le véritable Etat n’a pas besoin de la religion (chrétienne) pour se compléter comme Etat. L’Etat démocratique, le véritable Etat, n’a pas besoin de la religion pour son achèvement politique » (Marx).
Commentaire : l’Etat sioniste ne peut que remettre en cause les bases de la démocratie, d’une part, en refusant « l’Etat démocratique » aux Arabes, et, d’autre part, en amenant, par voie de conséquence, à l’anéantissement programmé de la « démocratie » pour les Juifs.
10) En Palestine, l’Etat confessionnel se trouve imbriqué, du point de vue de la démocratie, dans une contradiction insoluble qu’il cherche à surmonter en niant aux Arabes (Palestiniens) le droit d’être des citoyens, le droit à la nation. Par là même, la prétendue revendication des deux Etats est une duperie antidémocratique pour les Arabes palestiniens qui vivent dans l’Etat théocratique d’Israël et dans toute la Palestine. Ainsi, le droit au retour est inséparable de la revendication d’un seul Etat palestinien, avec des droits égaux pour les deux composantes, arabe et juive.
C’est à partir de là que les deux composantes pourraient définir elles-mêmes la forme et le contenu de la Palestine démocratique.
11) Marx écrit : « En s’émancipant de la religion (au niveau de l’Etat), on laisse subsister la religion, bien que ce ne soit plus une religion privilégiée. »
« L’émancipation de l’Etat de la religion n’est pas l’émancipation de l’homme réel de la religion (…). Nous disons aux Juifs : c’est parce que vous pouvez être émancipés politiquement sans vous détacher complètement et absolument du judaïsme que l’émancipation politique elle-même n’est pas l’émancipation humaine. »
« Les droits de l’homme ne sont pas un don de la nature ni une dot de l’histoire passée, mais le prix de la lutte contre le hasard de la naissance et contre les privilèges, que l’histoire a jusqu’à présent transmis de génération en génération. Ce sont les résultats de la culture (bildung) et seul peut les posséder celui qui les a mérités et acquis. »
12) La liberté politique est contenue dans les droits civiques : participation à la vie de l’Etat, qui ne suppose nullement la suppression de la religion — ni de la religion juive, ni de la religion musulmane.
Les Palestiniens arabes ne peuvent-ils bénéficier, comme les Palestiniens juifs, des mêmes droits égaux ? Et cela n’est possible que dans un seul Etat. (…)
14) Marx : « L’homme s’émancipe politiquement de la religion, en la rejetant du droit public dans le droit privé. » « L’émancipation politique ne vise pas à la suppression des religions, mais à les remettre à leur place dans le droit privé. »
C’est une œuvre vouée à l’échec que de chercher à concilier l’Etat théocratique hébreu et l’émancipation politique.
Deux conséquences au moins :
— La première : l’Etat théocratique n’a pu voir le jour et ne peut subsister que par l’oppression du peuple palestinien, expulsé de ses terres. Pour les Palestiniens voués à l’exil et pour ceux qui vivent dans les limites de l’Etat hébreu dans une situation de « sans-droits ». Pour ceux qui ont été chassés de leur terre et parqués depuis des dizaines d’années dans les camps.
— La deuxième conséquence, c’est la guerre inhumaine menée par l’Etat sioniste. Guerre dans laquelle l’Etat sioniste ne subsiste que comme instrument direct et subordonné de la politique américaine. Laquelle, tout à la fois, l’utilise et conduit à l’impasse les Juifs et les Arabes (…).
18) Il faut assimiler ce qu’écrit Marx :
« Si la religion doit être reléguée au nombre des intérêts privés et expulsée de la communauté considérée en son essence (…), il ne faut pas se faire illusion sur la limite de l’émancipation politique. »
« L’émancipation sociale », l’expropriation de la propriété privée des moyens de production, est la condition pour sauver l’humanité de la barbarie, dont la situation des Palestiniens est une expression, comme la situation dans les pays d’Afrique, de l’ex-URSS et qui s’avance dans le monde entier. Mais s’il est vrai que l’émancipation politique n’est pas l’émancipation humaine, elle en est une condition.
19) Marx poursuit :
« La scission de l’homme en homme public et en homme privé implique le passage à la société bourgeoise. »
Il ajoute que le passage de la religion dans le droit privé « n’est pas une étape, mais bien l’achèvement de l’émancipation politique », que Marx distingue de l’émancipation humaine — laquelle ne sera atteinte que par la suppression révolutionnaire de la propriété privée.
III – Sionisme et Panarabisme
Un extrait du Cercle d’études marxistes tenu par Pierre Lambert le 30 octobre 1970 sur le thème « Révolution et contre-révolution au Moyen-Orient » (La Vérité, n° spécial, « La IVe Internationale et la question palestinienne », août 2016, pages 47-66).
Il faut savoir que la constitution d’un foyer national juif en Palestine a été décidée par M. Balfour, chef du gouvernement de l’impérialisme anglais, le 2 novembre 1917. Peu auparavant, en 1915, la Grande-Bretagne, qui était en guerre contre la Turquie, se déclarait prête à soutenir l’indépendance des Arabes. L’agent de l’impérialisme Lawrence appuyait la dynastie des Hachémites, champions de la nation arabe et champions de l’arabisme.
Il faut savoir qu’à la conférence de paix de Versailles, après la première guerre impérialiste, un des Hachémites, qui deviendra ensuite roi d’Irak, a réclamé l’indépendance pour les peuples d’Asie parlant arabe ; et que, le 2 juin 1922, M. Churchill a dit : « La déclaration Balfour reconnait comme mission au foyer juif en Palestine le développement de la communauté juive existante avec l’aide des Juifs des autres parties du monde, en sorte qu’elle puisse devenir un centre pour lequel le peuple juif dans son ensemble prendra de l’intérêt et de la fierté pour des raisons de religion et de race ».
Churchill, en même temps qu’il exposait ce qui est le fond même du sionisme, donnait au même moment l’indépendance politique à la Transjordanie, en y portant au pouvoir un autre Hachémite, aïeul du roi-boucher Hussein. C’est l’impérialisme qui, pour diviser les peuples du Proche et du Moyen-Orient contre eux-mêmes, pour préserver et développer les positions de l’impérialisme britannique, les positions de l’impérialisme mondial dans cette région du monde, a conjointement créé les bases du sionisme et les bases de la « nation arabe ».
Un problème est ici à poser, qui est d’une extrême importance : il ne suffit pas de démontrer par les faits comment le sionisme et le pan-arabisme sont des obstacles créés de toutes pièces par l’impérialisme contre la révolution dans les pays du Proche et du Moyen-Orient. Ce sont là, aujourd’hui, où la barbarie impérialiste envahira la planète si la révolution prolétarienne ne l’abat pas, des questions vitales.
Au moment où le capitalisme était encore facteur de progrès et de civilisation, la question juive, héritée du Moyen Age, tendait à se résorber par une assimilation de plus en plus grande des Juifs dans les nations occidentales.
Le sionisme, proclamé au congrès de BâIe en 1897, n’avait alors aucune prise sur les travailleurs et sur le peuple juif. Les chiffres le prouvent : entre 1890 et 1917, 3 057 000 Juifs ont émigré d’Europe orientale vers l’Occident, 60 000 vers la Palestine, soit une moyenne de 1 800 par an (…).
Il est évident que la situation a changé… Des millions et des millions de Juifs ont péri dans les camps de concentration nazis. Et la question juive aujourd’hui a une autre dimension, une autre densité, elle est chargée d’un pouvoir émotionnel important, elle est un problème particulièrement difficile à résoudre.
Mais, pas plus difficile que ne le sont de nombreux problèmes qui aujourd’hui se trouvent posés à l’échelle de l’humanité, dans la phase de la décadence de l’impérialisme, où, d’une manière directe, l’humanité risque de s’effondrer dans la barbarie. Les camps de concentration nazis n’étaient que la préfiguration de la barbarie envahissante (…).
Mais il est évident qu’il faut d’abord préciser la nature de l’Etat d’Israël : l’Etat d’Israël est un Etat compradore qui ne survit que par les subsides de l’impérialisme américain (…). Il y a assistance des Etats-Unis dans tous les domaines ; cette assistance est une assistance militaire, une assistance technique, une assistance économique; elle vise à forger, à consolider les rapports de production et d’échange capitalistes à la campagne comme dans l’industrie ; elle vise à renforcer un Etat théocratico-militaire, un Etat dans lequel, en 1966, il y avait 100 000 chômeurs avant la guerre des six jours, un Etat dans lequel le syndicat officiel, la Histadruth1« Syndicat » officiel qui constitue un pilier de l’Etat d’Israël., a accepté, en 1968, le blocage des salaires pour deux ans, ce qui faisait dire à Moshe Dayan (ministre de la Défense, Ndlr) : « C’est là un des bienfaits de la guerre. »
Voilà ce qu’est l’Etat d’Israël, un Etat bourgeois compradore, artificiel, un Etat qui a été mis en place par Staline et Truman pour empêcher la révolution dans les pays arabes, un Etat qui divise les travailleurs juifs et les travailleurs arabes, un Etat qui coupe les travailleurs juifs du prolétariat international.
