Etats-Unis : la Coalition syndicale nationale pour le cessez-le-feu représente 60 % des syndiqués du pays

C’est le résultat d’une bataille menée pied à pied dans les organisations syndicales américaines. L’existence même de cette coalition est un point d’appui important pour l’indépendance syndicale aux Etats-Unis.

Par Devan Sohier
Publié le 2 mars 2024
Temps de lecture : 3 minutes

Sept syndicats nationaux américains viennent d’annoncer la formation d’une Coalition syndicale nationale pour le cessez-le-feu, incluant également de nombreuses structures locales. Au nombre des membres de cette coalition, on compte les trois plus gros syndicats nationaux des Etats-Unis (le syndicat d’enseignants NEA, le syndicat du secteur du service SEIU, et le syndicat d’enseignants AFT, plus gros syndicat de la confédération américaine AFL-CIO). Au total, les syndicats membres de cette coalition regroupent 9 millions de syndiqués, soit 60 % des syndiqués aux Etats-Unis.

C’est le résultat d’une bataille menée pied à pied dans les organisations syndicales américaines. Dès le début de l’assaut mené par Israël sur Gaza, des syndicats ont pris position pour un cessez-le-feu immédiat : des syndicats locaux d’enseignants, de dockers, etc.

Le syndicat d’électriciens UE a pris l’initiative d’un appel national, pointant le rôle du gouvernement Biden dans la situation de la bande de Gaza, et se concluant par : « C’est maintenant au tour du mouvement ouvrier de faire entendre sa voix et d’exiger un cessez-le-feu. Ensemble, nous pouvons nous dresser pour la justice et un meilleur avenir pour les travailleurs du monde entier. »

Cet appel a notamment été signé par le syndicat de travailleurs de l’automobile UAW, qui vient d’arracher de substantielles augmentations pour les travailleurs du secteur après quarante jours de grève, par le syndicat de personnels navigants commerciaux AFA, par le syndicat d’infirmières NNU ; ces syndicats sont des syndicats combatifs, recourant régulièrement à la grève pour défendre les intérêts de leurs membres.

Cet appel s’appuie explicitement sur la prise de position de treize membres du Parlement américain qui, derrière Rashida Tlaib, représentante démocrate membre de l’organisation socialiste DSA, exige du gouvernement Biden un cessez-le-feu.

Cette bataille dans les syndicats a également arraché des prises de position de la NEA, du SEIU et de l’AFT pour un cessez-le-feu, moins explicite sur le rôle des Etats-Unis et de leur gouvernement. Elle a enfin obtenu une prise de position de la confédération syndicale AFL-CIO pour un cessez-le-feu.

Un élément de rupture avec le Parti démocrate

La formation de cette coalition est une nouvelle avancée dans ce combat : même si ces trois gros syndicats n’ont pas formellement signé l’appel initié par UE, ils participent à une coalition qui appelle à le signer, et a organisé le 22 février dernier un webinaire avec notamment les présidents de l’UAW et du NEA, ainsi que les parlementaires démocrates Rashida Tlaib et Summer Lee, soutenues par DSA.

Le Parti démocrate de Joe Biden est dépendant des syndicats pour ses campagnes électorales : il a besoin de leurs finances, de leur capacité à mobiliser des syndiqués pour mener ses campagnes, et de la base électorale qu’ils représentent ; et la plupart des syndicats se sont prêtés bien volontiers à ce rôle depuis des décennies, qu’il s’agisse de la confédération AFL-CIO, ou de syndicats tels que le NEA ou l’AFT.

S’il ne s’agit pas à ce stade d’une rupture en tant que telle avec le Parti démocrate, cette dénonciation de la politique du gouvernement Biden sur un sujet de politique internationale est un coin enfoncé dans le dispositif habituel du soutien syndical aux démocrates. Dans une situation où Biden est candidat à sa réélection, et a pour seul opposant à l’investiture démocrate un parlementaire qui a voté toutes les mesures de son gouvernement, Rashida Tlaib a appelé à voter blanc dans les primaires démocrates pour s’opposer au soutien du gouvernement Biden. Le soutien apporté par la coalition syndicale à sa position sur Gaza renforce la rupture avec le gouvernement Biden.

Le Parti démocrate est en crise. Il n’est pas parvenu à dégager d’autres candidats qu’un Biden, affaibli par l’âge ; s’il conserve le soutien formel des principaux syndicats américains, leur base ne lui accorde aucune confiance, et amène leur direction à prendre leurs distances avec le gouvernement.

Il est impossible de prévoir les développements qui auront lieu d’ici aux élections présidentielles de novembre prochain et ceux qui en résulteront. Mais l’existence même de cette coalition est un point d’appui important pour l’indépendance syndicale aux Etats-Unis.