Juillet 1789 : coup de force royal et riposte populaire
Toute personne qui connaît un peu le déroulement de la Révolution, notamment des journées de juillet 1789, est stupéfiée de la ressemblance entre le comportement de Macron et celui de Louis XVI.
- Histoire

Bien évidemment, comparaison n’est pas raison. Mais la raison n’interdit pas les comparaisons. Toute personne qui connaît un peu le déroulement de la Révolution, notamment des journées de juillet 1789, est stupéfiée de la ressemblance entre le comportement de Macron et celui de Louis XVI. La question psychologique nous importe peu (et il n’est pas exclu, au demeurant, que le portrait ne tourne pas en faveur de Louis XVI tant l’impudence macronienne est aveuglante). Ce qui compte est la paralysie sociale et politique aboutissant, d’une part, à la paralysie institutionnelle, d’autre part, à la solution de cette paralysie par l’intervention populaire.
Dans une situation de crise endémique de la fin des années 1780, le roi se décide à convoquer les Etats généraux. Rappelons que, contrairement à une vulgate trop répandue, les Etats généraux ne sont pas une structure révolutionnaire mais une structure de l’Ancien Régime dont la fonction est de conseiller le roi.
Ainsi, Louis XVI peut espérer reprendre l’initiative et faire semblant de recevoir les doléances émises pour mieux gouverner à sa guise. C’est un tour de passe-passe. Faire semblant d’écouter le peuple pour mieux le berner. Et utiliser des institutions réactionnaires.
Le débat évolue à partir du moment où les Etats généraux sont convoqués. Le roi en agissant ainsi unifiait et centralisait le débat. Tant qu’il le contrôlait, aucun problème ; or ce n’est pas là que gisait le problème mais dans l’immense et permanente émeute qu’était le pays dans l’automne et l’hiver 1788-89. Les deux phénomènes (Etats généraux et révolte paysanne) auraient pu coexister sans se rencontrer. C’est l’impétuosité de la seconde qui a disloqué les premiers.
Les Etats Généraux ne pouvaient, en eux-mêmes, être une issue. Ils étaient une représentation des ordres privilégiés et d’une partie avantagée du Tiers qui ne pouvait répondre aux aspirations populaires mais qui devait contraindre les ordres privilégiés. L’intervention permanente (et souvent sous-estimée par l’historiographie) des couches populaires, la révolte qui parcourait le pays à cette époque ont forcé le destin.
Le 5 mai, commence la séance solennelle d’ouverture. La déception est grande, le discours du Roi est insignifiant, il rappelle son rôle de Père pacifique, « premier ami de ses peuples ». Certes, mais encore ? Tout ça pour ça, dirait-on de nos jours.
C’est le Tiers Etat qui est à l’initiative mais qui, et cela est normal, ruse encore avec l’ancien système. Cette attitude louvoyante n’est pas de la pusillanimité, bien au contraire. La pusillanimité viendra plus tard, quand les Constituants verront derrière eux la masse menaçante des paysans, des sans-culottes, des femmes du peuple. Mais c’est cette masse qui, au grand désespoir des Constituants, va assurer leur victoire. Le conflit, très provisoirement et très ponctuellement, est encore contenu dans l’Assemblée.
Le 17 juin, les Etats généraux prennent le nom d’« Assemblée nationale ». La crise révolutionnaire a surgi par l’institution la plus réactionnaire du pays (les Etats généraux chargés de conseiller le roi) qui se transforme en son contraire en devenant assemblée nationale.
Le roi essaye de reprendre l’initiative mais il a un coup de retard. Il ordonne la fermeture de la salle de réunion du Tiers. C’est trop peu et c’est trop. Qu’à cela ne tienne, le Tiers se réunit dans une salle voisine dite du « jeu de Paume » (20 juin). Renforcés dans leur détermination par la mollesse royale, les députés jurent de « ne jamais se séparer… jusqu’à ce que la Constitution fût établie ». C’est le « serment du jeu de Paume ». Chaque jour qui passe voit un cran supérieur dans l’escalade. L’Assemblée est cernée par la troupe et le roi, se déplaçant en personne, ordonne la dispersion de l’Assemblée sous la forme qu’elle s’est donnée (23 juin). Les députés du Tiers refusent. Mirabeau s’écrie qu’ils ne sortiront que par la « force des baïonnettes ». Episode fameux même si personne ne sait les propos exacts. Les émeutes prennent un tour plus violent. Ainsi, le 30 juin, plusieurs milliers de manifestants prennent d’assaut la prison de l’Abbaye pour délivrer des soldats révoltés.
Poussée par cette agitation, l’Assemblée nationale devient « Assemblée constituante » (9 juillet), c’est encore un peu plus s’attaquer au pouvoir du Roi. De son côté, Louis XVI ne peut rester sans réaction ; il réunit des troupes sûres autour de Paris et chasse Necker le 11 juillet, ce dernier s’était mis en retrait prudemment depuis l’ouverture des Etats. C’est un coup de force. Peu importe qu’il ait une apparence de légalité. Louis XVI a le droit de procéder ainsi. Comme Macron a le droit par la Constitution de 1958 de négliger le vote populaire.
Le coup de force aurait très bien pu réussir. Une donnée est essentielle et va transformer ce coup de force en ouverture de la crise révolutionnaire. Les masses, leur intervention.
Dès le 11 juillet, les barrières d’octroi qui contrôlaient l’entrée des denrées de première nécessité dans Paris sont brûlées par des groupes massifs de manifestants. Les forces de l’ordre ne peuvent rien faire.
Au matin du 14 juillet, par dizaines de milliers, les Parisiens s’attaquent aux armureries, prennent les Invalides puis se dirigent vers la Bastille, prison et forteresse symbole de l’absolutisme. Mais l’accès leur est refusé, une bataille s’engage, et après de longs affrontements entrecoupés de négociations, la foule envahit la forteresse. Car, en réalité, l’événement majeur est là. Bien plus qu’une victoire militaire sans grande importance, qui ne change rien au rapport des forces et qui est tout dans le symbole (ce qui ne veut pas dire que cette victoire symbolique fut secondaire), c’est l’impossibilité politique du pouvoir de contrôler la situation qui marque la journée. C’est l’intervention populaire qui, avant le 14 juillet, a tout changé. Paris n’est plus aux ordres du roi.
Le 14 juillet au soir, le roi est nu.
Comparaison n’est pas raison. Vraiment ?
