Respect de la démocratie ! Non aux magouilles de la Ve République !
Le gouvernement démissionne mais continue les « affaires courantes ». Près de 700 décrets et arrêtés ont été signés depuis le 7 juillet notamment pour suspendre les jours de repos des ouvriers agricoles ou encore pour appliquer la loi raciste « asile et immigration ».
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Après avoir un temps refusé la démission de Gabriel Attal et de son gouvernement, Emmanuel Macron l’a finalement acceptée, ce mardi 16 juillet, après un Conseil des ministres au cours duquel le président de la République a appelé son camp à faire une proposition « en vue d’une coalition majoritaire ou d’un large pacte législatif » , expression empruntée – à dessein – à Laurent Wauquiez, chef du nouveau groupe La Droite républicaine (ex-Républicains) avec laquelle le chef de l’Etat n’a pas perdu espoir de pouvoir sceller un accord de gouvernement.
Rejetés de toute part, battus dans les urnes à trois reprises en un mois, Macron et ses alliés cherchent à peser de tout le poids qui leur reste pour faire disparaître le Nouveau Front populaire et son programme, ou, à défaut, de le dénaturer. Depuis plusieurs jours, les voix de son camp s’élèvent pour faire des appels du pied grossiers aux formations du Nouveau Front populaire (NFP).
Appels du pied grossiers
Gérald Darmanin se dit prêt à gouverner avec le parti socialiste (PS) s’il se sépare du « programme économique délirant » de La France Insoumise (LFI). L’ancienne ministre macroniste de la Transition écologique, Barbara Pompili, plaide de son côté pour une large coalition pourvu que le NFP « tend(e) la main aux autres groupes républicains de l’Assemblée » . François Bayrou, quant à lui, affirme qu’ « il n’y a qu’une majorité solide possible, majorité large, majorité de républicains de gauche, du centre et de droite qui puisse agir et être respectée. »
Stratégie, somme toute, classique de la part d’Emmanuel Macron, qui cherche à trouver une issue à la crise qui étreint la minorité présidentielle et les institutions de la Ve République.
En réponse, que constate-t-on ?
Lorsqu’il s’est agi de proposer une candidature insoumise au poste de Premier ministre, il y a eu refus catégorique du PS, du Parti communiste français (PCF) et des Verts. Lorsqu’il s’est agi de proposer la candidature d’Huguette Bello, il y a eu encore refus. En revanche, le PS, le PCF et Les Verts se sont mis d’accord pour proposer la candidature de Laurence Tubiana qui revendique publiquement de ne pas appliquer la totalité du programme du NFP pour aller chercher un « gouvernement d’urgence républicaine » (cf. page 3).
Les millions qui ont voté pour le programme du NFP sont en droit de s’interroger ou d’en tirer des conclusions : qu’est-ce que fabriquent le PS, le PCF et Les Verts ? Veulent-ils saborder la victoire électorale du 7 juillet ?
Une chose est sûre : ces magouilles qui visent à reconstituer une majorité avec les macronistes sont contradictoires à l’aspiration de millions à battre Macron et sa politique.
Elles sont contradictoires avec l’exigence portée par 80 % de la population de voir la réforme des retraites abrogée1Coup sur coup, le Conseil d’orientation des retraites en juin et le Conseil de suivi des retraites ce 15 juillet viennent d’alerter sur le déficit du système des retraites, qui nécessiterait selon eux de nouvelles mesures de régression sociale. Coïncidence ?. Elles sont contradictoires avec la volonté de millions et de millions de voir appliquer le programme du NFP pourtant arrivé en tête des législatives.
A juste titre, à l’annonce de ce qu’il est convenu d’appeler une « provocation », le député LFI Paul Vannier a réagi en ces termes : « Je ne peux pas croire qu’après avoir opposé son véto à la candidature d’Huguette Bello, Olivier Faure se prépare à tenter d’imposer au Nouveau Front populaire une candidature Macron compatible pour Matignon. Ce serait une trahison de l’engagement pris devant des millions d’électeurs. »
En agissant ainsi, tous ces gens-là pensent-ils vraiment pouvoir effacer les 8 millions d’électeurs qui se sont portés sur le programme du NFP, un programme résolument de rupture, qui contient des mesures d’urgence vitale pour la population laborieuse, à commencer par l’abrogation de la réforme des retraites, l’augmentation des salaires par la hausse du Smic à 1 600 € ou encore le blocage des prix ?
Pensent-ils vraiment que les millions de voix qui se sont portées sur le programme de rupture vont accepter ces magouilles qui visent au bout du compte à permettre à Macron et aux institutions de la Ve République de se maintenir ?
Rappelons que cet énième artifice de la Constitution de la Ve République intitulé « gouvernement en affaires courantes » (cf. encadré et page 7) permet à l’exécutif de continuer de taper : pas moins de 677 décrets et arrêtés ont été signés depuis la déroute électorale du 7 juillet ! Et pas des moindres : décret décidant la suspension des jours de repos des ouvriers agricoles, annonce de nouvelles coupes budgétaires de 7 milliards (soit l’équivalent de 10 % du budget de l’Education nationale !), décrets appliquant la loi raciste « asile et immigration » , décrets pour déréguler le droit de l’environnement en vigueur…
Chacun peut avoir ses motivations propres, ambitions démesurées, incompréhension totale des mouvements politiques et sociaux profonds, retour aux anciennes pratiques de non-respect du mandat… Mais tous sont confrontés à un fait incontournable : la réalité.
Les millions qui ont voté NFP l’ont fait malgré les propagandes mensongères et les pressions de toute part, avec un but précis : refus de la désagrégation sociale, refus de toutes les politiques anti-ouvrières de la Ve République. Ils n’ont voté ni pour Macron ni pour le retour de la politique de Hollande. Il serait plus sage de respecter ce vote. De toute façon, la masse le fera respecter.
Le Medef pour le maintien de la politique de Hollande et de MacronExtrait du communiqué du Medef, 9 juillet « La politique économique menée depuis 9 ans, qui a produit des résultats en termes de croissance et d’emplois doit se poursuivre et s’amplifier car elle est la bonne réponse pour affronter les défis des transitions écologique et numérique que le pays doit relever. (…) Un alourdissement de la fiscalité sur les particuliers comme sur les entreprises, une revalorisation brutale du SMIC et une indexation automatique des salaires sur l’inflation, un renoncement à la réforme des retraites ou à celle du marché du travail, un blocage des prix auraient immanquablement des effets récessifs, plongeant la France dans une crise économique profonde et durable. » |
Aux confins de la Ve RépubliqueMardi 16 juillet, le gouvernement a officiellement démissionné, dix jours après que Macron avait refusé la démission du Premier ministre Gabriel Attal. Sur le perron de l’Elysée, le gouvernement pose tout sourire (cf. photo). Certains ont d’ailleurs perdu les élections. Macron et son gouvernement ont subi trois revers électoraux, le gouvernement a démissionné… mais il est toujours là. But de l’opération ?
En clair, des ministres s’apprêtent à cumuler pouvoir exécutif et pouvoir législatif. Macron s’apprête à piétiner un des principes fondateurs de la démocratie, la séparation des pouvoirs. « Cette pratique est illégale, tout le monde le sait, mais personne ne s’en offusque », dénonce Jean-Philippe Derosier, professeur de droit public à Lille (Nord) cité dans Ouest-France. Il est vrai que certains préfèrent détourner l’attention en tapant sur LFI et sur le programme du NFP. Et pendant ce temps-là, le « gouvernement des affaires courantes » empile les décrets réactionnaires… R. A. |
