« Nous devons penser d’abord aux millions qui ont manifesté pour le retrait de la réforme des retraites »
LA PAROLE À ASTRID PETIT, SYNDICALISTE : « Comme beaucoup de mes camarades de la CGT, je suis attentivement tout ce qui se discute sur les retraites. C’est donc avec un certain étonnement que j’ai pris connaissance des propos de notre secrétaire générale hier au micro de RTL. »
- Actualité politique et sociale, Retraites

Comme beaucoup de mes camarades de la CGT, je suis attentivement l’actualité, notamment tout ce qui se discute sur la question des retraites. Comme beaucoup, je me suis battue pendant des mois pour obtenir le retrait de la réforme des retraites l’an passé et je suis fière que ma confédération ait porté haut et fort, pendant toute la durée du conflit, ce mot d’ordre.
C’est donc avec un certain étonnement que j’ai pris connaissance des propos de notre secrétaire générale, qui a déclaré hier au micro de RTL, à propos de la proposition de loi du Rassemblement national visant à abroger la loi retraites : « Ça s’appelle une imposture sociale, cette proposition de loi. Pourquoi ? Parce que d’abord, elle n’arrivera jamais au Sénat, étant donné que le Rassemblement national n’y a pas de groupe, et ensuite parce que ce n’est pas financé ».
Elle poursuit : « Pour abroger la réforme des retraites, il faut proposer un financement pour garantir le financement de notre système de retraite par répartition. (…) Nous, nous pensons qu’il faut amender le projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Je sais qu’il y aura beaucoup d’amendements qui vont être déposés en ce sens ». Et de conclure : « J’appelle le gouvernement à laisser les députés voter et à respecter leur vote ».
Pour ma part, je suis parfaitement d’accord avec Sophie Binet pour dire que le Rassemblement national (RN) est une « imposture sociale ». Cela ne fait aucun doute : leurs députés n’ont jamais soutenu les manifestations monstres pour le retrait de la réforme, voire même ils s’y sont opposés.
Et pour cause, il suffit de lire leurs déclarations sur les syndicats : Louis Alliot, premier vice-président du RN, a affirmé froidement : « Les syndicats sont les croque-morts du monde économique et du travail, ils ont toujours accompagné le désarroi des gens mais n’ont jamais réussi à s’opposer à rien. Ils ne servent à rien. » (août 2022). Marine Le Pen elle-même n’avait-elle pas déclaré il n’y a pas si longtemps que « le verrou syndical est le premier verrou à faire sauter pour débloquer l’économie » ?
Là où j’ai un problème avec les propos de la secrétaire générale de la CGT, c’est sur l’attitude à adopter. J’ai du mal à comprendre : parce que la proposition ne pourra pas aller au bout, ou parce qu’elle n’est pas financée, il faudrait voter contre ?
Mais avec une telle rhétorique, alors il faudrait appeler à voter contre un paquet de nos revendications ! Car, pour la majorité d’entre elles, elles n’ont aucune chance d’aboutir, d’abord et avant tout du fait de la configuration de l’hémicycle. Et pour un paquet d’entre elles, on ne se pose pas la question de savoir si elles sont financées : on les exige, c’est tout !
Donc, au prétexte que le RN s’approprie frauduleusement le mot d’ordre d’abrogation, on ne peut plus défendre ce mot d’ordre ? Il ne faudrait plus le voter ? Il n’appartiendrait plus, ni à la CGT, ni aux millions qui ont manifesté pendant des mois l’an passé ?
Au passage, je me permets de faire remarquer qu’avec la procédure de l’amendement au projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), il n’y a pas plus de chance que la procédure aille, elle aussi, au bout : c’est même le contraire. Qui peut ignorer que, pour le PLFSS, comme pour le PLF, le gouvernement peut utiliser autant de 49-3 qu’il le souhaite ?
En fait, on est en train de nous refaire le coup du « front républicain », là ! Parce que cette proposition provient du RN, alors on devrait abandonner nos revendications ?
Faire cela, ce serait précisément tomber dans le piège tendu à la fois par le RN, mais aussi par Macron : qui a intérêt à ce que l’abrogation des 64 ans et des 43 annuités ne passe pas, sinon Macron lui-même ? À l’inverse, qui a intérêt à ce que l’abrogation passe, sinon les plus de 80 % qui sont contre la loi retraite ?
Nous devons penser d’abord aux millions qui ont manifesté l’an dernier pour le retrait de la réforme des retraites, aux dizaines de milliers confrontés immédiatement à un report de l’âge de leur départ en retraite. Et ces millions veulent d’abord en finir avec la réforme des retraites, et pour eux, le plus tôt sera le mieux !
Chacun comprend bien que, si l’abrogation des 64 ans et le retour aux 42 annuités trouvaient une majorité, ce serait un coup majeur porté à Macron et, en dernière analyse, au RN également.
En tout cas, moi, je suis à fond pour ! Et à écouter les collègues dans les services, et les syndiqués autour de moi, je ne suis pas la seule, loin de là…
